Baekdu Daegan : le record de Clemquicourt ne pourra probablement pas être homologué
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Pourquoi le record de Clemquicourt risque de ne pas être homologué ?
Important : cela ne signifie pas que la traversée est “facile” ou “fausse”. L’effort physique reste immense. En revanche, dans l’univers très codifié des FKT, le respect exact de la trace officielle est généralement indispensable pour qu’un record puisse être homologué.
En Corée, Clemquicourt choisit la “vraie” trace… au prix du record officiel
Quelques jours après le début de sa traversée du Baekdu Daegan Ridge Trail en Corée du Sud, Clément Deffrenne a lui-même reconnu que sa tentative de FKT pourrait finalement ne jamais être validée officiellement. Et à écouter ses explications, on comprend rapidement pourquoi.
Dans une vidéo publiée au sixième jour de son aventure, le traileur français raconte avoir volontairement quitté l’itinéraire aujourd’hui utilisé comme référence afin de revenir sur une version plus ancienne de la crête, considérée selon lui comme plus fidèle à l’esprit historique du Baekdu Daegan.
Le problème, c’est que certains de ces passages seraient aujourd’hui fermés, interdits ou tout simplement incompatibles avec les standards de validation d’un Fastest Known Time.
Une trace “mystique” mais problématique pour un record officiel
Dans sa vidéo, Clemquicourt explique sa frustration de ne pas suivre ce qu’il appelle “la trace mystique” ou encore “la trace légendaire que les locaux font”. Il raconte également qu’un homme croisé dans un village lui aurait conseillé de rester coûte que coûte sur la ligne historique de crête, même si certains secteurs sont aujourd’hui considérés comme fermés ou illégaux.
C’est précisément ce point qui change toute la lecture du projet.
Or, dans cette séquence, Clemquicourt reconnaît lui-même qu’il s’écarte volontairement de cette logique.
“Depuis le début, on sait qu’on s’en fout un peu du record officiel et qu’on l’aura pas parce que cette crête, elle est un peu illégale.”
Quelques secondes plus tard, il ajoute même :
“Du coup, il n’y aura pas de record officiel possible.”
Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une homologation classique du FKT.
Cette histoire pose aussi la question de la préparation d’un tel projet
Au-delà du simple débat autour du record, cette séquence soulève forcément une autre interrogation : comment une question aussi centrale que celle de la trace n’a-t-elle pas été totalement clarifiée avant le départ ?
Car dans ce type de projet, la difficulté ne réside pas uniquement dans la capacité à courir 700 kilomètres et plus de 60 000 mètres de dénivelé positif. Toute la préparation autour de la trace devient presque aussi importante que l’entraînement lui-même. Les athlètes qui se lancent dans des FKT internationaux passent parfois des mois à vérifier les autorisations, les fermetures de sentiers, les variantes GPS ou encore les réglementations locales, surtout lorsque les itinéraires traversent des zones protégées ou culturellement sensibles.
Or ici, Clemquicourt explique qu’il découvre en pleine aventure que la ligne de crête qu’il considère comme la “vraie” trace du Baekdu Daegan ne correspond pas forcément à l’itinéraire officiellement reconnu aujourd’hui. À ce niveau de médiatisation, avec une équipe vidéo complète sur place et un projet présenté dès le départ comme une tentative de FKT, beaucoup vont forcément se demander si cette problématique n’aurait pas dû être tranchée bien avant le début de l’aventure.
Plus qu’un record, un projet de film et d’aventure
Ce qui ressort surtout de cette vidéo, c’est l’impression que le projet évolue progressivement vers autre chose qu’une simple quête de record. Depuis le départ, le Baekdu Daegan est présenté comme une immense traversée de près de 700 kilomètres à travers les montagnes coréennes, mais la dimension narrative et cinématographique semble désormais occuper une place centrale.
Dans cette nouvelle séquence, Clemquicourt parle beaucoup des images du film, de la pression ressentie par l’équipe et du besoin de “redonner du sens” au projet. À un moment, il explique même qu’il avait eu l’impression que “le projet était terminé” lorsqu’il avait dû quitter la ligne historique de la crête.
Petit à petit, le sujet semble donc se déplacer. L’enjeu n’est plus seulement de battre un chrono officiel, mais de vivre une aventure jugée plus authentique, plus engagée et plus fidèle à l’imaginaire presque spirituel qui entoure le Baekdu Daegan en Corée.
Le paradoxe du trail moderne
Cette histoire illustre finalement assez bien une contradiction devenue fréquente dans le trail moderne et les grands projets d’aventure.
– D’un côté, les réseaux sociaux, les sponsors et les plateformes vidéo poussent les athlètes à construire des récits toujours plus immersifs, plus spectaculaires et plus émotionnels.
– De l’autre, les communautés FKT reposent sur des règles extrêmement précises, avec des traces GPS codifiées et des standards de validation très stricts.
Le problème, c’est qu’entre le storytelling de l’aventure et la réalité administrative du terrain, les deux logiques ne cohabitent pas toujours facilement.
Et c’est précisément ce que semble découvrir Clemquicourt en Corée du Sud.
Un choix qui va forcément diviser dans le trail
Évidemment, cette décision risque de provoquer beaucoup de débats dans le monde du trail.
– Certains considéreront qu’un record n’a de valeur que s’il respecte exactement les mêmes règles pour tous, avec une trace identique et parfaitement reproductible.
– D’autres, au contraire, verront dans cette démarche une forme de retour à l’esprit originel des grandes traversées, où l’expérience de la montagne et la fidélité au terrain priment sur la pure logique GPS.
Et c’est exactement ce qui apparaît dans le discours de Clemquicourt lorsqu’il oppose régulièrement la “vraie” crête aux variantes plus faciles ou plus modernes utilisées aujourd’hui.
Ce n’est peut-être pas un échec sportif
Attention cependant à ne pas tout mélanger. Le fait qu’un record ne puisse probablement pas être homologué ne signifie pas que la performance physique disparaît. Traverser une telle distance sur des crêtes aussi techniques reste un défi immense, avec ou sans validation officielle.
Mais cette histoire rappelle surtout qu’un projet d’aventure moderne ne se prépare plus seulement avec des jambes et du mental. Il se prépare aussi logistiquement, juridiquement, culturellement et parfois même politiquement.
Et dans le cas du Baekdu Daegan, cette dimension semble avoir fini par rattraper le projet en pleine course.
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