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🎧 Kilian Jornet soigne son genou, Rémi Bonnet vient de renoncer à Sierre-Zinal pour une déchirure au mollet, Mathieu Blanchard ne courra pas cet été à cause de son talon, tandis que Katie Schide et Germain Grangier traversent de longues périodes d’incertitude médicale.
L’infirmerie du trail mondial semble ne jamais désemplir. Pourtant, ces athlètes bénéficient d’un suivi dont la majorité des amateurs ne peut que rêver.
Médecins du sport, kinésithérapeutes, physiothérapeutes, entraîneurs, préparateurs physiques, nutritionnistes, examens d’imagerie disponibles rapidement : sur le papier, les meilleurs traileurs du monde disposent de toutes les armes pour protéger leur corps.
Ils sont également professionnels. Leur corps constitue leur principal outil de travail. On pourrait donc imaginer qu’ils savent mieux que quiconque quand ralentir, quand consulter et quand renoncer.
Pourtant, les blessures continuent de bouleverser leurs saisons. Certaines disparaissent en quelques semaines. D’autres résistent pendant des mois malgré les rendez-vous, les examens et les tentatives de reprise.
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L’infirmerie du trail mondial ne désemplit pas en 2026
Les exemples récents s’accumulent.
Rémi Bonnet vient de renoncer à Sierre-Zinal après la découverte d’une petite déchirure musculaire au mollet. Après avoir échangé avec son médecin, son kinésithérapeute, son entraîneur et son équipe, le Suisse a préféré abandonner l’un de ses grands objectifs plutôt que de risquer de compromettre également l’OCC.
Kilian Jornet souffre quant à lui d’un genou douloureux depuis plusieurs mois. Diminué à Zegama, il a ensuite abandonné la Western States avant d’annoncer son forfait pour Sierre-Zinal. Son objectif est désormais de laisser suffisamment de temps à son genou avant un éventuel retour sur l’UTMB.
Mathieu Blanchard est blessé. Mathieu Blanchard a révélé qu’une douleur au talon était apparue en avril. Un œdème avait d’abord été jugé bénin, mais la douleur est revenue à chaque augmentation de sa charge d’entraînement. Après plusieurs reprises avortées, il a finalement annoncé qu’il ne participerait à aucune course cet été.
Katie Schide a, elle aussi, multiplié les consultations, les examens, le repos et les activités de remplacement. Une fasciite plantaire persistante, accompagnée de symptômes nerveux au pied, l’a finalement contrainte à renoncer à la Hardrock 100.
Son compagnon Germain Grangier a connu une situation encore plus spectaculaire. Ses symptômes apparaissaient surtout après de très longues heures d’effort, puis disparaissaient avant certains examens. Il a fallu plus d’un an d’investigations avant qu’une compression neurodynamique soit identifiée.
Le cas de Casquette Verte est différent. Sa fracture de la cheville est survenue après une chute : aucun suivi médical ne peut supprimer totalement les accidents traumatiques liés au terrain.
L’impression d’une hécatombe permanente doit tout de même être nuancée.
Nous connaissons les blessures de Kilian Jornet, Mathieu Blanchard ou Katie Schide parce que leur calendrier est suivi, que leurs forfaits deviennent des informations et que chaque interruption de leur saison est commentée.
Lorsqu’un amateur souffre du tendon d’Achille pendant six mois, cela ne fait pas la une des médias spécialisés.
Il n’existe pas, à notre connaissance, de statistique permettant d’affirmer que les élites mondiales du trail se blessent davantage que l’ensemble des pratiquants. Leurs blessures sont simplement beaucoup plus visibles.
Les élites se blessent parce que le haut niveau les oblige à flirter avec leurs limites
Le meilleur suivi médical du monde ne change pas la nature du sport pratiqué.
Pour devenir l’un des meilleurs traileurs de la planète, il faut accumuler des volumes d’entraînement considérables, des milliers de mètres de dénivelé, des descentes très exigeantes, des stages en altitude et des compétitions pouvant durer de dix à trente heures.
Cette accumulation de contraintes sollicite principalement le bas du corps. Chez les coureurs d’ultra, la cheville, le genou, la jambe, le pied et le tendon d’Achille figurent parmi les zones particulièrement exposées aux blessures musculosquelettiques.
Le corps doit recevoir une charge suffisamment importante pour progresser. Mais dès que cette charge dépasse temporairement sa capacité d’adaptation, le risque de blessure augmente.
Le Comité international olympique rappelle que le lien entre charge et blessure est complexe : un entraînement correctement construit protège l’athlète en renforçant ses capacités, tandis qu’une hausse excessive, une récupération insuffisante ou une succession de contraintes peuvent accroître les risques.
Le paradoxe est donc insoluble.
Pour être performant, un athlète doit régulièrement s’approcher de sa limite. Pour être certain de ne jamais se blesser, il devrait rester suffisamment loin de cette même limite. Or il ne serait alors probablement plus une élite mondiale.
Les élites sont pourtant payées pour faire attention à leur corps
C’est sans doute la partie la plus difficile à comprendre pour le public.
Mais une élite n’est pas uniquement payée pour être en bonne santé.
Elle doit aussi courir, obtenir des résultats, respecter un calendrier, participer aux événements de ses partenaires, développer des produits et rester visible. Sans compétition, une grande partie de la valeur sportive et médiatique attendue disparaît.
La prudence absolue et les impératifs du métier peuvent donc entrer en contradiction.
Une douleur apparaît à six semaines d’un objectif majeur. Faut-il arrêter immédiatement et perdre plusieurs mois de préparation ? Peut-on continuer en réduisant la charge ? La douleur est-elle seulement gênante ou révèle-t-elle une lésion susceptible de s’aggraver ? Peut-on tenter une reprise sans prendre un risque déraisonnable ?
Ces décisions ne reposent jamais sur une simple réponse « oui » ou « non ».
Les travaux consacrés au retour à la compétition décrivent justement un processus partagé entre le sportif, le médecin, le kinésithérapeute, l’entraîneur et parfois d’autres acteurs. La guérison biologique, la capacité à supporter la charge, le risque de rechute, l’importance de la compétition et l’acceptation du risque par l’athlète doivent être considérés ensemble.
Pourquoi certaines blessures durent-elles malgré tous les soins ?
Parce qu’une blessure n’est pas une panne mécanique dont il suffirait de remplacer la pièce.
Un examen peut identifier une lésion, mais il ne peut pas obliger un tendon, un fascia, un muscle, un nerf ou un os à récupérer immédiatement. Les traitements peuvent accompagner la cicatrisation, diminuer les symptômes et reconstruire progressivement la capacité à courir. Ils ne suppriment pas le temps biologique nécessaire.
La difficulté apparaît souvent au moment de la reprise.
L’athlète peut ne plus avoir mal au repos, marcher normalement et supporter quelques footings. Puis la douleur réapparaît dès que le volume, l’intensité ou le dénivelé augmentent. C’est exactement le scénario décrit récemment par Mathieu Blanchard : chaque reprise alimentait l’espoir d’une guérison, avant que la montée en charge ne réveille son talon.
La blessure de Katie Schide montre aussi qu’un diagnostic connu ne garantit pas une résolution rapide. Malgré les rendez-vous, les examens et la réduction de l’entraînement, elle ne parvenait toujours pas à courir sans douleur ni appréhension.
Les médecins ne trouvent pas toujours immédiatement ce qui ne va pas
Le public imagine parfois que la multiplication des spécialistes devrait mécaniquement produire un diagnostic.
Ce n’est pas toujours le cas.
Certaines pathologies sont évidentes sur une radiographie ou une IRM. D’autres ne se manifestent que dans des circonstances très précises : après plusieurs heures d’effort, à une certaine intensité ou lors d’un mouvement particulier.
L’histoire de Germain Grangier constitue un exemple presque caricatural. Ses jambes perdaient progressivement leur force pendant les ultras, mais ses symptômes pouvaient avoir disparu le lendemain. Les examens réalisés au repos ne reproduisaient donc pas nécessairement le phénomène. Ce n’est qu’en étant examiné dans une période symptomatique et par des spécialistes de la compression dynamique des nerfs que la piste a pu être identifiée.
Consulter davantage ne signifie donc pas forcément que les premiers médecins étaient incompétents. Cela peut simplement révéler une pathologie complexe, difficile à observer ou encore mal connue.
Alors, à quoi servent toutes ces « cohortes » de médecins et de kinés ?
Elles ne servent pas à rendre les athlètes invincibles.
Leur rôle est de réduire les risques, repérer les signaux inquiétants, poser un diagnostic lorsqu’il est possible, organiser la rééducation et déterminer jusqu’où l’athlète peut aller sans mettre durablement sa santé en danger.
Le forfait de Rémi Bonnet illustre précisément l’utilité de cet encadrement. Les examens ont détecté une petite déchirure. Le Suisse aurait peut-être pu prendre le départ de Sierre-Zinal en serrant les dents. Son équipe lui a permis de mesurer le risque et de renoncer avant de transformer une lésion limitée en problème majeur.
Lorsqu’un médecin conseille à une élite de ne pas courir et que celle-ci déclare forfait, le public voit un nouvel athlète blessé.
Mais du point de vue médical, ce forfait peut justement représenter une réussite : la prévention d’une aggravation.
Le meilleur médecin ne peut pas protéger un athlète contre lui-même
L’encadrement possède toutefois une limite évidente.
Le médecin peut conseiller. Le kinésithérapeute peut constater qu’une fonction n’est pas totalement revenue. L’entraîneur peut recommander de diminuer la charge. Mais l’athlète reste celui qui ressent la douleur, décrit ses symptômes et accepte ou refuse le niveau de risque.
Dans le sport de haut niveau, la volonté qui permet de terminer un ultra malgré l’épuisement peut devenir un défaut lorsqu’elle conduit à banaliser une douleur.
Les champions sont précisément des personnes habituées à continuer lorsque leur corps leur demande de s’arrêter. Distinguer la souffrance normale de l’effort d’un signal annonçant une blessure constitue l’une des difficultés majeures de leur métier.
La médecine peut aider à tracer cette frontière. Elle ne peut pas toujours l’imposer.
En résumé, les médecins limitent les dégâts mais ne suppriment pas les blessures
Les élites ne se blessent pas nécessairement parce qu’elles sont mal suivies ou parce que leurs médecins ne servent à rien.
Elles se blessent parce qu’elles imposent à leur corps des charges extrêmes, évoluent en permanence près de leurs limites et pratiquent un sport dans lequel les chutes, les lésions de surcharge et les douleurs persistantes font partie du risque professionnel.
Leur encadrement leur offre un immense avantage : un accès rapide aux soins, une surveillance plus précise et de meilleures conditions de rééducation.
Mais il ne leur donne pas un corps différent du nôtre.
Et parfois, la preuve que les médecins ont correctement fait leur travail n’est pas une victoire ou un retour express. C’est justement un forfait annoncé avant qu’une petite douleur ne détruise toute une saison.
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