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Courir plusieurs kilomètres sur un urinoir, une machine à café ou un lavabo : c’est le défi improbable lancé par un créateur néerlandais qui transforme ses activités Strava en vidéos volontairement absurdes.
Sur Strava, certains collectionnent les kilomètres, les records personnels ou les segments. Le compte Instagram JOSSA (@jossa.42195) a choisi une autre voie : courir sur place dans des endroits où personne n’aurait normalement l’idée d’enfiler une paire de chaussures de running.
Ses vidéos sont désormais reprises à l’étranger, notamment en France, où son concept est parfois présenté comme une manière de se moquer des utilisateurs de Strava. Le créateur parle plutôt d’un défi consistant à courir dans des endroits improbables.
🎥 Voir la vidéo de JOSSA qui court 4 km sur un urinoir pour énerver les utilisateurs de Strava
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4,02 km sur un urinoir en 40 minutes
- La séquence qui circule actuellement le montre installé sur les rebords d’un urinoir, dans un espace à peine assez large pour poser les pieds.
Les statistiques affichées annoncent 4,02 km en 40 min 31 s, soit une allure moyenne de 10 min 04 s/km. - Dans une autre vidéo, il se place au-dessus d’une machine à café : 2,56 km en 30 min 38 s, à 11 min 57 s/km.
- Sur un lavabo, l’écran affiche cette fois 1,97 km en 59 min 21 s, soit 30 min 04 s/km.
Il court sur place, en piétinant pendant plusieurs dizaines de minutes sur l’urinoir, la machine à café ou le lavabo.
Un défi construit autour de la course à pied
En remontant au compte original, on découvre que ces vidéos ne sont pas totalement isolées.
JOSSA publie une série baptisée en néerlandais « rennen op random plekken », que l’on peut traduire par « courir dans des endroits aléatoires ».
Certaines publications sont numérotées par journée et le concept repose aussi sur une mécanique simple : chaque nouvel abonné ajoute des mètres à parcourir.
Le projet ressemble donc davantage à une forme de gamification absurde de la course à pied qu’à une simple tentative de tricher sur Strava.
Peut-on vraiment enregistrer 4 km en restant sur place ?
C’est la principale question soulevée dans les commentaires.
Plusieurs internautes estiment qu’un GPS ne peut pas comptabiliser quatre kilomètres lorsque le coureur reste quasiment au même endroit.
Mais une activité publiée sur Strava ne repose pas forcément uniquement sur le GPS du téléphone. La distance peut provenir d’une montre, d’un autre appareil connecté ou d’une application compatible.
En intérieur, les données GPS peuvent aussi devenir imprécises. Un mauvais signal peut provoquer une dérive de la position et donc ajouter artificiellement de la distance.
Avec les seules vidéos publiées, il est donc impossible de savoir précisément comment les kilomètres affichés ont été calculés.
Cela ne permet ni de confirmer que les 4,02 km correspondent exactement à ses mouvements, ni d’affirmer que les chiffres ont été inventés.
Pourquoi ses vidéos énervent autant les utilisateurs de Strava
Ce qui agace dans les vidéos de JOSSA ne tient pas seulement au fait de le voir courir sur un urinoir ou au-dessus d’une machine à café.
Le vrai point sensible, c’est ce qu’il fait des chiffres.
Sur Strava, une distance, une allure ou un temps sont normalement perçus comme la trace d’un effort réel. Lorsqu’il affiche 4 km alors qu’il a couru sur place dans quelques dizaines de centimètres carrés, il détourne ces indicateurs et les prive volontairement de leur sérieux.
C’est précisément ce décalage qui déclenche les réactions. Pour une partie des coureurs, Strava reste un carnet d’entraînement, mais c’est aussi devenu un espace où l’on expose ses performances, où l’on compare ses sorties et où l’on reçoit des kudos. En jouant avec ces codes, JOSSA ne se moque donc pas seulement d’une application : il touche à une certaine manière de vivre la course à pied, dans laquelle les chiffres finissent parfois par compter presque autant que les sensations.
Ses vidéos fonctionnent d’autant mieux qu’elles poussent cette logique jusqu’à l’absurde. Si 4 km restent 4 km dès lors qu’ils sont affichés à l’écran, que vaut encore la performance lorsque le contexte disparaît complètement ? C’est cette petite provocation qui amuse certains utilisateurs et en exaspère d’autres.
Pourquoi JOSSA fait-il ça ?
Il faut toutefois éviter de présenter son projet comme une attaque frontale contre Strava. Son concept est d’abord construit pour les réseaux sociaux : il court dans des endroits improbables et associe sa progression au nombre de nouveaux abonnés, chaque follower supplémentaire lui imposant de parcourir quelques mètres de plus.
Le système est particulièrement efficace parce qu’il crée sa propre boucle. Plus ses vidéos sont absurdes, plus elles ont de chances d’être regardées et partagées. Plus elles circulent, plus il gagne des abonnés. Et plus il gagne des abonnés, plus il doit courir longtemps lors de la vidéo suivante.
La course à pied devient donc moins une fin qu’un outil de mise en scène. L’enjeu n’est pas de battre un record, de courir vite ou de préparer une compétition, mais de trouver un nouveau décor suffisamment improbable pour surprendre les internautes. L’urinoir, le lavabo ou la machine à café ne sont finalement que les accessoires d’un concept pensé pour être immédiatement compréhensible et facilement partageable.
Le paradoxe : il se moque de Strava tout en reproduisant la même logique
C’est là que le concept devient plus intéressant qu’il n’en a l’air. JOSSA détourne une culture fondée sur les kilomètres, les chronos et la validation sociale, mais il construit lui-même son succès sur exactement les mêmes ressorts.
Sur Strava, certains coureurs accumulent les kilomètres, les segments ou les kudos. Sur Instagram, lui accumule les vues et les abonnés. Dans les deux cas, une pratique physique se retrouve transformée en chiffres visibles publiquement, auxquels on finit par attribuer une valeur.
Sa règle qui relie directement le nombre d’abonnés à la distance à parcourir pousse même cette logique encore plus loin : sa popularité numérique devient littéralement une performance physique. Il moque donc très bien l’obsession du chiffre, mais il ne s’en extrait jamais vraiment. Il la déplace simplement d’une plateforme à une autre.
Et si les gens qui s’énervent faisaient partie du concept ?
C’est peut-être le dernier ressort de ces vidéos. Les internautes qui s’indignent, expliquent que la distance est impossible ou calculent sérieusement son allure participent directement à leur diffusion. Chaque commentaire, même négatif, augmente l’engagement autour de la publication et contribue à la rendre plus visible.
Les personnes qui veulent démontrer que le défi est absurde alimentent donc malgré elles le mécanisme qu’elles critiquent. Plus la vidéo provoque de réactions, plus elle circule ; plus elle circule, plus JOSSA gagne d’abonnés ; et plus il gagne d’abonnés, plus son prochain défi s’allonge.
C’est ce qui rend le concept plus malin qu’il n’en a l’air. JOSSA se moque d’une course à pied transformée en chiffres, en performances affichées et en validation sociale, tout en utilisant exactement les mêmes ressorts pour faire grandir son propre compte. Il ne sort donc pas vraiment de la logique qu’il détourne : il la déplace simplement de Strava vers Instagram.
Et c’est sans doute pour cela que ses vidéos fonctionnent aussi bien. Elles ne se contentent pas de montrer un homme courant sur un urinoir : elles jouent avec une obsession très contemporaine du running, celle qui consiste à devoir mesurer, publier et faire valider presque chaque kilomètre parcouru.
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