Sur l’Everest, Inoxtag avait déjà été accusé de participer au problème
La polémique ne date pas de la Patagonie. Après la sortie de Kaizen, plusieurs observateurs avaient salué la capacité d’Inoxtag à montrer la réalité de l’Everest, notamment les files d’alpinistes et les déchets accumulés sur la montagne, tout en lui reprochant de participer lui-même à cette surfréquentation.
Le paradoxe était déjà là : montrer les dérives d’un modèle tout en en faisant partie.
L’Everest est devenu depuis longtemps le symbole d’une montagne transformée en destination mondiale, avec oxygène, cordes fixes, encadrement lourd, Sherpas, logistique importante et candidats au sommet toujours plus nombreux. Inoxtag n’a évidemment pas créé ce système, mais son expédition s’y est inscrite.
Aujourd’hui, Inoxtag repart pour une mission scientifique en Patagonie
Deux ans plus tard, le Youtubeur se retrouve en Patagonie aux côtés de Mike Horn. Leur expédition de trois semaines comporte une mission présentée comme scientifique : aller chercher de l’eau dans les profondeurs d’un glacier puis installer une caméra destinée à rester sur place pendant deux ans.
Mais le changement de décor ne fait pas disparaître la question environnementale. Il la déplace.
Après avoir été critiqué pour avoir participé à la fréquentation de l’Everest, Inoxtag se retrouve désormais dans un projet qui revendique une dimension scientifique et environnementale.
Une mission environnementale nécessite elle aussi de parcourir la planète
C’est là que se trouve le cœur du débat.
Une expédition en Patagonie suppose forcément de déplacer des personnes, du matériel et une équipe vers une région très éloignée. À ce stade, les informations publiques ne permettent pas de chiffrer précisément l’empreinte carbone du projet ni de détailler tous les moyens de transport utilisés.
Il serait donc abusif d’inventer un bilan carbone.
En revanche, une contradiction générale existe : plus une mission vise des espaces reculés et fragiles, plus elle nécessite justement des moyens importants pour les atteindre.
Ce paradoxe ne concerne d’ailleurs pas uniquement Inoxtag. Il traverse une grande partie des expéditions environnementales contemporaines.
Mike Horn connaît lui aussi cette contradiction
Mike Horn a construit plusieurs de ses projets récents autour de la sensibilisation environnementale et de l’observation de milieux fragiles. Son univers associe depuis longtemps exploration, communication, partenaires et projets environnementaux.
Mike Horn n’est pas scientifique : son rôle est celui d’un explorateur capable d’atteindre des zones difficiles d’accès et de médiatiser les missions auxquelles il participe.
La question n’est donc pas de savoir si Mike Horn ou Inoxtag ont le droit d’aller sur un glacier. Elle est plutôt de savoir si la médiatisation massive de ces milieux contribue davantage à leur protection ou à leur transformation en nouveaux objets de désir touristique.
Inoxtag ne va évidemment pas « détruire » la Patagonie à lui seul
Le titre est volontairement provocateur. Pris au sens littéral, il serait absurde de prétendre qu’un Youtubeur va à lui seul « pourrir » un glacier parce qu’il y passe trois semaines.
L’expédition comporte même une mission présentée comme utile à la recherche et peut permettre de sensibiliser un public immense à la fragilité des glaciers.
Le véritable enjeu dépasse l’impact direct de quelques personnes sur place. Il concerne aussi l’effet culturel des images diffusées ensuite auprès de millions de spectateurs.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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