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🎧 Depuis le passage à l’heure d’hiver, le 25 octobre 2026, de nombreux coureurs doivent désormais effectuer leurs entraînements du soir dans l’obscurité. Pour beaucoup, courir la nuit c’est une nouvelle habitude à adopter.
Et ce changement de luminosité peut avoir des conséquences sur leur allure. Un témoignage publié par le média spécialisé iRunFar évoque une perte de 15 à 20 secondes au kilomètre, à effort ressenti équivalent. Un phénomène que le traileur professionnel Gabe Joyes connaît lui aussi et qui trouve des éléments d’explication dans plusieurs travaux scientifiques consacrés à la vision et au déplacement.
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Avec l’heure d’hiver, il faut aller courir la nuit dans le noir
Depuis dimanche 25 octobre 2026, la France est repassée à l’heure d’hiver. À 3 heures du matin, les horloges ont été reculées à 2 heures, conformément au calendrier européen. Ce changement entraîne un coucher du soleil plus précoce à l’heure affichée, avec des conséquences immédiates pour les personnes qui pratiquent la course à pied après leur journée de travail.
Alors qu’il était encore possible de courir en profitant de la lumière naturelle quelques semaines auparavant, les sorties de fin d’après-midi et de début de soirée nécessitent désormais une lampe frontale, notamment sur les chemins et les sentiers.
Mais au-delà des contraintes matérielles, un autre phénomène peut apparaître : une diminution de la vitesse de course, même lorsque le coureur a l’impression de fournir exactement le même effort.
Cette observation a récemment été évoquée dans les colonnes du média américain iRunFar.
Une coureuse constate une perte de 15 à 20 secondes au kilomètre
Dans un article publié le 27 octobre 2026 sur iRunFar, le traileur professionnel et entraîneur américain Gabe Joyes répond à plusieurs questions de lecteurs concernant l’entraînement et la pratique de l’ultra-trail.
Une lectrice prénommée Ann lui explique avoir remarqué un ralentissement régulier pendant ses sorties automnales et hivernales.
Lorsqu’elle court dans l’obscurité, son allure est inférieure de 15 à 20 secondes par kilomètre à celle qu’elle maintient habituellement en journée, alors même que son effort ressenti reste comparable.
Sur une sortie de 10 km, cette différence représente déjà 2 min 30 s à 3 min 20 s supplémentaires.
Gabe Joyes lui répond qu’il observe personnellement un ralentissement encore plus important lorsqu’il court de nuit.
Le coureur américain, vainqueur du Mammoth 200 Mile 2026, explique ce phénomène principalement par les difficultés rencontrées par le cerveau pour analyser l’environnement lorsque la luminosité diminue.
Il insiste notamment sur les obstacles, les irrégularités du terrain et les ombres produites par l’éclairage artificiel.
Il faut toutefois distinguer le témoignage de cette coureuse d’une mesure scientifique générale. Les 15 à 20 secondes par kilomètre correspondent à son expérience personnelle et ne constituent pas une moyenne applicable à tous les pratiquants.
Pourquoi le cerveau peut-il obliger les coureurs à ralentir dans l’obscurité ?
En course à pied, la vision ne sert pas uniquement à identifier la direction à suivre. Elle permet également d’anticiper les obstacles, d’évaluer les distances et d’adapter les appuis.
Sur un sentier, le coureur doit continuellement analyser les racines, les pierres, les changements de pente et les irrégularités du sol.
Lorsque la luminosité diminue, certaines de ces informations deviennent plus difficiles à percevoir. Le coureur peut alors modifier spontanément sa manière de se déplacer, notamment en réduisant sa vitesse pour conserver une marge de sécurité.
Ce rôle de la vision a notamment été étudié dans une recherche intitulée Visual control of foot placement when walking over complex terrain, publiée en 2013.
Les chercheurs ont observé la manière dont des participants adaptaient leurs déplacements lorsque leur champ de vision était progressivement limité sur un parcours comprenant des obstacles.
Les résultats montrent qu’une visibilité trop restreinte vers l’avant augmente le nombre de contacts avec les obstacles et peut ralentir la progression.
Les auteurs soulignent notamment l’importance de pouvoir observer le terrain sur une distance correspondant à au moins 2 longueurs de pas pour préparer correctement les appuis.
Cette étude concernait la marche et non directement le trail running. Elle permet néanmoins de mieux comprendre pourquoi la réduction du champ visuel peut perturber les déplacements sur terrain irrégulier.
Des études montrent que le manque de visibilité peut aussi augmenter la dépense énergétique
La question ne concerne pas uniquement la vitesse.
Une étude publiée dans la revue scientifique Military Medicine a examiné les conséquences d’une visibilité réduite sur le coût énergétique des déplacements nocturnes.
Les chercheurs ont suivi 14 élèves militaires qui devaient marcher à 4 km/h sur une route en gravier et sur un sentier forestier légèrement vallonné.
Plusieurs conditions de visibilité ont été comparées, notamment l’utilisation d’une lampe frontale, l’absence de vision et le port de dispositifs de vision nocturne.
Les résultats ont montré une augmentation de la consommation d’oxygène lorsque la vision était absente ou limitée, par rapport à la condition avec lampe frontale.
Cette augmentation atteignait 5 à 8 % sur la route en gravier et 6 à 14 % sur le sentier forestier.
Autrement dit, dans les conditions expérimentales étudiées, se déplacer à une vitesse identique pouvait demander davantage d’énergie lorsque les informations visuelles étaient dégradées.
Ces résultats ne signifient pas qu’un coureur dépense systématiquement 14 % d’énergie supplémentaire lorsqu’il utilise une frontale. L’étude portait sur la marche, dans des conditions particulières de visibilité réduite.
Elle confirme néanmoins que la qualité des informations visuelles peut influencer l’efficacité du déplacement.
Les résultats détaillés sont consultables dans l’étude scientifique publiée dans Military Medicine.
Pourquoi une lampe frontale puissante ne suffit pas toujours à maintenir son allure
L’utilisation d’une frontale permet évidemment de retrouver une partie de la visibilité perdue avec la disparition de la lumière naturelle.
Mais cet éclairage ne reproduit pas exactement les conditions rencontrées en journée.
Dans son témoignage publié par iRunFar, Gabe Joyes souligne notamment que les lampes frontales peuvent produire des ombres importantes derrière les pierres, les racines ou les autres coureurs.
Ces zones contrastées compliquent parfois la lecture du relief.
L’éclairage reste également concentré sur une portion du terrain, contrairement à la lumière du jour qui permet généralement d’observer plus largement l’environnement.
Un coureur peut ainsi distinguer parfaitement le sol situé à quelques mètres devant lui tout en disposant de moins d’informations sur les côtés ou sur les obstacles plus éloignés.
Cette différence est particulièrement importante en trail, où l’anticipation des appuis joue un rôle essentiel dans la fluidité de la course.
Sur une route régulière et correctement éclairée, l’effet peut être beaucoup plus limité. À l’inverse, sur un sentier technique, humide ou encombré de racines, les difficultés de perception peuvent devenir plus importantes.
Ce n’est pas parce qu’on court moins vite la nuit qu’on est moins en forme
Le passage à l’heure d’hiver peut modifier les conditions d’entraînement sans que la condition physique du coureur ait changé.
Une allure habituellement confortable en pleine journée peut devenir plus difficile à maintenir lorsque la visibilité se dégrade.
Il serait donc trompeur de comparer directement 2 séances réalisées sur le même parcours, l’une en plein jour et l’autre de nuit, sans tenir compte de cette différence.
Pour les coureurs qui préparent un trail, cela signifie notamment que les séances nocturnes ne doivent pas nécessairement être évaluées uniquement à partir du chrono.
L’effort ressenti, la fréquence cardiaque, la technicité du terrain et les conditions météorologiques peuvent apporter des informations complémentaires.
Il convient également de distinguer les conséquences de la baisse de luminosité de celles du changement d’heure sur le sommeil.
Le gouvernement français rappelle que le décalage horaire saisonnier peut temporairement perturber l’horloge biologique et provoquer de la fatigue chez certaines personnes.
Ces 2 phénomènes peuvent se cumuler, mais ils ne doivent pas être confondus.
Comment adapter ses entraînements après le passage à l’heure d’hiver ?
Pour les coureurs qui s’entraînent régulièrement après le travail, plusieurs adaptations peuvent permettre de conserver des séances efficaces.
La première consiste à privilégier l’effort plutôt que de chercher systématiquement à reproduire les allures obtenues en journée. Sur les chemins techniques, accepter de ralentir permet de mieux anticiper les obstacles.
Le choix de l’éclairage est également important. Une frontale adaptée au terrain, correctement orientée et disposant d’une autonomie suffisante facilite la lecture du parcours. Sa puissance ne constitue toutefois pas le seul critère : la répartition du faisceau et le confort visuel comptent également.
Pour les séances rapides, un parcours régulier et bien éclairé peut être préférable à un sentier technique parcouru dans l’obscurité.
Enfin, sur route, la visibilité du coureur par les autres usagers constitue une priorité supplémentaire.
À l’occasion du passage à l’heure d’hiver 2026, la Sécurité routière a rappelé que les accidents impliquant des piétons augmentent de près de 35 % pendant l’heure de pointe du soir dans la semaine qui suit le changement d’heure, selon les données de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière.
Même si cette statistique concerne les piétons et non spécifiquement les coureurs, elle souligne l’importance des vêtements et accessoires rétroréfléchissants lors des entraînements à proximité de la circulation.
Cette recommandation figure notamment dans les consignes de sécurité diffusées par les services de l’État à l’occasion du changement d’heure.
Faut-il accepter de perdre quelques secondes au kilomètre pendant l’hiver ?
Le témoignage publié par iRunFar met en évidence une situation familière pour de nombreux pratiquants : courir dans l’obscurité peut donner l’impression de fournir davantage d’efforts pour une vitesse inférieure.
Les études scientifiques disponibles montrent que la réduction des informations visuelles peut modifier les appuis, la vitesse de déplacement et la dépense énergétique.
Elles ne permettent cependant pas d’affirmer que tous les coureurs perdent précisément 15 à 20 secondes par kilomètre dès que la nuit tombe.
La différence dépend notamment du terrain, de l’éclairage, de l’expérience du coureur et de sa capacité à anticiper les obstacles.
Avec le retour de l’heure d’hiver, la meilleure stratégie n’est donc pas nécessairement de chercher à conserver coûte que coûte ses chronos estivaux.
Ralentir de quelques secondes au kilomètre peut simplement traduire une adaptation aux conditions de visibilité, sans remettre en cause les progrès réalisés à l’entraînement.
Sources
- iRunFar, 27 octobre 2026 : Gabe Joyes, Ask the Pro: Estimating Race Times, Sleep Deprivation, and Increasing Volume Post-Injury. Témoignage d’une lectrice sur la perte de vitesse nocturne et réponse du traileur professionnel. Source citée et accessible dans le corps de l’article
- Recherche scientifique, 2013 : Visual control of foot placement when walking over complex terrain. Étude sur l’importance de la vision dans l’anticipation des obstacles, référencée dans PubMed.
- Military Medicine, 2023 : Increased Metabolic Demand During Outside Walking in Darkness With No Vision or With Visual Aid. Étude sur les conséquences d’une visibilité limitée sur la dépense énergétique.
- Service-Public.fr, 2026 : Passage à l’heure d’hiver 2026. Date officielle du changement d’heure en France.
- Gouvernement français, octobre 2026 : informations sur les effets du changement d’heure sur l’horloge biologique.
- Sécurité routière, octobre 2026 : recommandations de visibilité et données d’accidentologie concernant les usagers vulnérables après le passage à l’heure d’hiver.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.










