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🎧 Alors que les marques de nutrition sportive multiplient les innovations et que les traileurs cherchent à consommer toujours plus de glucides pendant leurs courses, Manu Merillas prend le contre-pied de cette tendance.
Le champion espagnol s’inquiète d’une dépendance croissante aux gels énergétiques, y compris chez les coureurs amateurs. Une prise de position qui relance une question essentielle : faut-il vraiment manger autant pour bien courir ?
Manu Merillas estime que les traileurs consomment beaucoup trop de gels énergétiques
Dans le trail moderne, la nutrition est devenue presque aussi importante que l’entraînement. Sur les réseaux sociaux, les protocoles alimentaires se multiplient, avec des objectifs de 60, 90, voire 120 grammes de glucides par heure. Les fabricants proposent des gels toujours plus concentrés, tandis que les coureurs apprennent à entraîner leur système digestif pour absorber davantage d’énergie.
Mais cette évolution ne convainc pas tout le monde.
Manu Merillas, figure majeure du trail espagnol et spécialiste des courses en montagne, vient de publier une réflexion particulièrement critique sur Instagram.
Le coureur explique observer depuis plusieurs années une transformation des habitudes alimentaires des sportifs. Une évolution qu’il considère désormais davantage comme une régression que comme un progrès.
Ce qui l’inquiète, ce n’est pas simplement l’existence des gels énergétiques, mais leur utilisation devenue presque systématique, aussi bien chez les professionnels que chez les amateurs.
Il interpelle notamment ceux qui peuvent consommer 10, 15 ou même 20 gels au cours d’une seule journée.
Pour illustrer son propos, il fait une comparaison volontairement provocatrice : quel coureur envisagerait spontanément de manger quinze bananes ou un kilogramme de miel en une journée ?
Son raisonnement est simple : pourquoi une quantité de sucre qui semblerait excessive sous une forme alimentaire classique devient-elle parfaitement acceptable lorsqu’elle est conditionnée dans de petits sachets spécialement conçus pour le sport ?
Même pour courir une heure, certains traileurs prennent désormais des gels
C’est probablement sur ce point que la critique de Manu Merillas interpelle le plus directement les pratiquants français.
Le champion espagnol ne parle pas uniquement des ultras de plus de vingt heures, sur lesquels l’alimentation représente un véritable enjeu de performance et parfois de sécurité.
Il s’étonne également de voir des coureurs utiliser des gels pendant de simples séances d’entraînement d’une heure.
Une pratique qui traduit, selon lui, une forme de dépendance à la nutrition sportive.
Car pour une sortie relativement courte, réalisée à intensité modérée et après une alimentation suffisante, il n’est généralement pas nécessaire d’avaler un gel énergétique.
Le corps dispose déjà de réserves de glycogène, c’est-à-dire de glucides stockés principalement dans les muscles et le foie. Il peut également mobiliser les graisses pour fournir une partie de l’énergie nécessaire à l’effort.
Autrement dit, partir courir pendant 45 minutes ou une heure ne nécessite pas automatiquement d’emporter un produit énergétique.
La situation change évidemment lorsque la séance est particulièrement intense, lorsqu’elle s’inscrit dans un enchaînement d’entraînements ou lorsque le coureur part avec des réserves insuffisantes.
Mais la remarque de Merillas soulève une vraie question : les traileurs ont-ils progressivement confondu ce qui peut améliorer une performance avec ce qui serait indispensable pour simplement courir ?
Les problèmes digestifs en trail sont-ils liés à cette surconsommation de gels ?
Manu Merillas établit également un rapprochement entre la multiplication des produits énergétiques et les troubles gastro-intestinaux régulièrement rencontrés sur les compétitions.
Nausées, douleurs abdominales, vomissements ou diarrhées font effectivement partie des difficultés auxquelles sont confrontés de nombreux coureurs de longue distance.
Sur un ultra-trail, ces symptômes peuvent provoquer un ralentissement important, empêcher de s’alimenter et parfois conduire à l’abandon.
Pour Merillas, la quantité de produits ingérés mérite donc d’être interrogée.
Mais attention : cela ne signifie pas que les gels énergétiques seraient responsables de la majorité des problèmes digestifs en trail.
La recherche scientifique montre que ces troubles sont multifactoriels.
Pendant un effort prolongé, la circulation sanguine est notamment redistribuée vers les muscles, ce qui peut perturber le fonctionnement du système digestif. Les impacts répétés de la course, la chaleur, la déshydratation et l’intensité de l’effort peuvent également intervenir.
Une alimentation trop concentrée en glucides, mal adaptée ou insuffisamment testée à l’entraînement peut aggraver ces difficultés.
En revanche, des apports glucidiques correctement dosés et bien tolérés peuvent contribuer à maintenir la performance.
Le véritable problème n’est donc pas nécessairement le gel lui-même, mais la quantité consommée, sa composition et la capacité individuelle à le digérer.
Pourtant, la science confirme l’intérêt des glucides pendant les longues courses
C’est toute la limite du discours de Manu Merillas.
Son expérience personnelle est intéressante, mais elle ne suffit pas à remettre en cause les bénéfices démontrés de l’apport en glucides pendant les efforts prolongés.
Les recommandations de nutrition sportive distinguent plusieurs situations.
Pour les efforts d’endurance compris entre une heure et deux heures trente, les apports peuvent atteindre 30 à 60 grammes de glucides par heure, selon la durée, l’intensité et les objectifs.
Au-delà de deux heures trente, des apports plus importants, pouvant aller jusqu’à 90 grammes par heure, peuvent présenter un intérêt pour la performance, à condition d’être tolérés.
Certains sportifs entraînés utilisent désormais des quantités supérieures, mais cela ne signifie pas que tous les pratiquants doivent chercher à les reproduire.
Surtout, 90 grammes de glucides par heure ne signifient pas obligatoirement 90 grammes de sucre provenant de gels.
Ces apports peuvent être répartis entre boissons énergétiques, gels, compotes, barres et aliments plus classiques.
La stratégie dépend donc du parcours, de la durée, de l’intensité et des préférences digestives du coureur.
Peut-on vraiment terminer un ultra-trail sans prendre un seul gel ?
Manu Merillas affirme avoir lui-même très peu utilisé ces produits au cours de sa carrière.
Il explique que, lorsqu’il en consommait, leur nombre restait extrêmement limité, avec moins d’une dizaine de gels sur une année entière de compétitions.
Pour lui, il est parfaitement possible de pratiquer le sport de haut niveau et de réaliser de grandes performances sans utiliser ce type de supplément.
Sur le principe, il a raison.
Un gel énergétique n’est pas un produit indispensable. C’est avant tout un moyen pratique de transporter et de consommer des glucides pendant l’effort.
Un coureur peut parfaitement obtenir ces glucides autrement.
Dans les ravitaillements des trails français, on retrouve d’ailleurs depuis longtemps des aliments traditionnels : bananes, fruits secs, pain, pommes de terre, soupe ou autres préparations salées.
Mais cette alternative présente aussi des contraintes.
Sur un parcours technique, en pleine ascension ou à une intensité élevée, manger des aliments solides peut devenir difficile. Certains sont plus longs à mâcher, moins faciles à transporter ou plus complexes à digérer.
Les gels offrent alors un avantage pratique réel.
Il serait donc excessif de conclure que tous les traileurs devraient les abandonner sous prétexte qu’un athlète de haut niveau parvient à s’en passer.
Le vrai problème : quand la nutrition des élites devient une obligation pour les amateurs
C’est finalement là que la prise de position de Manu Merillas prend une dimension plus intéressante.
Depuis plusieurs années, les pratiques des meilleurs athlètes se diffusent très rapidement dans le peloton amateur.
Les chaussures à plaque carbone, les montres toujours plus sophistiquées, les programmes d’entraînement optimisés et les protocoles nutritionnels complexes font désormais partie du quotidien de nombreux pratiquants.
La nutrition n’échappe pas à cette tendance.
Lorsqu’un champion explique consommer 100 ou 120 grammes de glucides par heure, certains amateurs peuvent être tentés de reproduire cette stratégie, même lorsque leur niveau d’intensité ou leur objectif ne le justifie pas.
Or, un athlète qui court un marathon de montagne en trois heures et un amateur qui termine le même parcours en sept heures ne rencontrent pas exactement les mêmes contraintes physiologiques.
Le premier cherche à maintenir une intensité très élevée. Le second doit surtout gérer un effort long, avec une alternance de marche et de course, des besoins énergétiques et une tolérance digestive qui lui sont propres.
Cela ne signifie pas que l’amateur a moins besoin de s’alimenter. Sa durée d’effort plus importante peut même rendre l’apport énergétique particulièrement important.
En revanche, il n’a aucune raison de copier mécaniquement le protocole nutritionnel d’un champion.
D’autant que les gels représentent aussi un budget non négligeable lorsqu’ils sont consommés à chaque entraînement et sur toutes les compétitions.
En résumé, Manu Merillas pose une bonne question, mais sa réponse ne vaut pas pour tous les traileurs
Le débat lancé par l’Espagnol a le mérite de remettre en cause une tendance qui semble parfois devenue automatique : consommer toujours davantage de produits énergétiques au nom de la performance.
Mais il ne faudrait pas tomber dans l’excès inverse.
Les recherches scientifiques montrent que les glucides peuvent améliorer les performances en endurance et qu’un apport insuffisant peut favoriser une baisse d’énergie sur les efforts prolongés.
Le fait qu’un champion parvienne à courir sans gels ne démontre donc pas qu’ils sont inutiles pour les autres.
En revanche, son intervention rappelle quelque chose d’essentiel : la nutrition sportive doit rester un outil au service du coureur, et non devenir une contrainte imposée par les tendances du moment.
Entre celui qui avale un gel pour courir tranquillement quarante-cinq minutes et celui qui cherche à terminer un ultra de quinze heures sans suffisamment manger, il existe toute une gamme de stratégies raisonnables.
Et c’est peut-être ce que le trail moderne a parfois tendance à oublier : bien s’alimenter ne consiste pas à consommer le maximum de produits possible, mais à trouver ce dont son organisme a réellement besoin.
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