Au Mont Ventoux, les courses se succèdent désormais presque toute l’année
Le Ventoux n’accueille plus seulement un grand trail et quelques rendez-vous cyclistes historiques. Le massif sert aujourd’hui de terrain à des ultras, des courses sur route, des épreuves nocturnes, des cyclosportives, des compétitions cyclistes professionnelles, du triathlon et une multitude de manifestations plus petites.
Cette activité se concentre particulièrement au printemps, au début de l’été et à l’automne, des périodes durant lesquelles les événements peuvent se succéder à un rythme soutenu. Le Ventoux reste évidemment accessible en dehors de ces rendez-vous, mais son image sportive est désormais exploitée par un nombre impressionnant d’organisations.
Le Trail du Ventoux est devenu à lui seul un véritable festival
Le Trail du Ventoux appartient depuis longtemps au paysage du trail français. Au fil des années, l’événement s’est cependant considérablement développé et son édition 2026 a rassemblé plus de 5 000 participants autour de plusieurs distances et d’une randonnée.
Pour ses 25 ans, l’organisation a encore élargi son programme avec l’Ultra Tour du Ventoux, un parcours de 105 kilomètres pour environ 5 000 mètres de dénivelé positif. La première édition doit rester limitée à 300 coureurs, mais elle ajoute malgré tout un nouvel ultra à une offre déjà particulièrement fournie.
À cela s’ajoute notamment le défi 24 heures du Trail du Ventoux, autre format d’endurance utilisant les sentiers du massif.
Il ne s’agit pas de reprocher au Trail du Ventoux d’exister. L’épreuve possède une histoire et une véritable légitimité sportive. Ce qui interpelle davantage, c’est de voir les grands rendez-vous déjà installés continuer à créer de nouveaux formats dans un territoire qui accueille parallèlement de nombreuses autres compétitions.
Le Grand Raid Ventoux by UTMB a encore changé d’échelle
Le paysage du trail local s’est aussi enrichi du Grand Raid Ventoux by UTMB, désormais intégré aux UTMB World Series. En 2026, quatre distances sont proposées, avec des parcours de 125, 87, 51 et 26 kilomètres.
L’arrivée d’une épreuve estampillée UTMB renforce naturellement l’attractivité internationale du massif auprès des traileurs. Le Ventoux ne se contente donc plus d’abriter son grand trail historique : il dispose désormais de plusieurs événements majeurs capables d’attirer des participants bien au-delà de la région.
Dans un autre massif moins célèbre, deux grandes organisations pourraient avoir du mal à coexister. Le Ventoux possède justement une puissance d’attraction suffisante pour permettre cette multiplication.
Semi-marathon, montée sèche, trail nocturne : la course à pied sous toutes ses formes
Le calendrier pédestre ne se limite pas à l’ultra-trail. Le Semi-Marathon du Mont Ventoux emmène les coureurs de Bédoin jusqu’au sommet sur un peu plus de 21 kilomètres et plus de 1 600 mètres de dénivelé positif. En 2026, près de 1 600 participants ont pris le départ.
On trouve également la Montée du Ventoux, le Ventoux By Night, organisé de nuit dans la partie sommitale, ainsi que le Trail du Ventouret depuis le secteur du Chalet Reynard.
Ultra, trail court, course nocturne, montée sèche, semi-marathon sur route : pratiquement toutes les déclinaisons de la course à pied possèdent désormais leur rendez-vous autour du Géant de Provence.
Le vélo exerce une pression encore plus importante
Le cyclisme constitue évidemment un cas particulier, tant le Mont Ventoux appartient à l’histoire du vélo. Le Tour de France en a fait l’une des ascensions les plus célèbres au monde et, chaque année, plus de 100 000 cyclistes amateurs viennent le gravir depuis Bédoin, Malaucène ou Sault, sans même participer à une compétition.
Cette fréquentation individuelle s’ajoute aux événements organisés. Le GF Mont Ventoux propose plusieurs formats de cyclosportive, d’autres défis cyclistes utilisent régulièrement la montagne et les passages du Tour de France ou du Tour de France Femmes transforment ponctuellement le sommet en gigantesque scène sportive.
Cette popularité représente évidemment une ressource économique considérable pour les communes environnantes, les hébergeurs, les restaurants et les commerces liés au vélo. Elle entraîne aussi des problèmes très concrets de circulation, de stationnement et de cohabitation entre cyclistes, voitures, motos et camping-cars.
Le triathlon veut lui aussi son Ventoux
Le VentouxMan illustre à son tour la puissance du nom. Son format longue distance intègre l’ascension du Ventoux à vélo avant la partie course à pied, tandis que plusieurs autres épreuves complètent le week-end.
Le choix est facile à comprendre : organiser un triathlon en Provence est une chose, annoncer aux participants qu’ils vont gravir le Mont Ventoux en est une autre. Le sommet apporte immédiatement à l’épreuve une dimension mythique que peu de territoires peuvent offrir.
C’est finalement ce qui explique une grande partie du phénomène.
Le Mont Ventoux est devenu une marque sportive
Le sommet lunaire, le Chalet Reynard, les longues pentes de Bédoin, le vent, la chaleur et toute la mythologie créée par des décennies d’exploits cyclistes constituent un patrimoine sportif extrêmement puissant.
On ne vend donc plus seulement un trail, une cyclosportive ou un triathlon. On vend une expérience Ventoux.
Pour un coureur, effectuer 50 ou 100 kilomètres dans un massif provençal peut être séduisant ; faire ces kilomètres « au Ventoux » change immédiatement la perception de l’épreuve. Le même phénomène existe chez les cyclistes qui ne viennent pas simplement grimper un col, mais veulent pouvoir dire qu’ils ont « fait le Ventoux ».
Cette puissance d’attraction explique pourquoi les organisateurs continuent à vouloir y installer leurs événements. Elle oblige aussi à se demander si la capacité d’un territoire à attirer toujours plus de manifestations signifie qu’il doit forcément toutes les accueillir.
Plus de 700 000 visiteurs : les courses ne sont qu’une partie du problème
Il serait évidemment injuste de rendre les traileurs ou même l’ensemble des sportifs responsables de la fréquentation du massif. Les compétitions ne constituent qu’une partie d’un phénomène touristique beaucoup plus large.
Le sommet du Ventoux reçoit déjà plus de 700 000 visiteurs par an. Le Parc travaille depuis plusieurs années sur les conséquences de cette affluence, notamment le stationnement, la circulation et la préservation de la zone sommitale.
Le piétinement des éboulis, la fragilité de certaines espèces végétales, le stationnement anarchique ou les difficultés de cohabitation entre les différents publics montrent que la gestion de la fréquentation n’est déjà plus un sujet théorique.
C’est dans ce contexte qu’il faut regarder les 150 manifestations sportives annuelles : elles ne se déroulent pas dans une montagne vide le reste du temps, mais dans un territoire déjà massivement fréquenté.
« Les gens ici n’osent même plus y aller l’été »
Cette pression se retrouve aussi dans certains témoignages de personnes qui vivent à proximité du massif.
Un habitant avec lequel uTrail a échangé explique séjourner régulièrement à une quinzaine de kilomètres du Ventoux et décrit une situation devenue particulièrement pénible pendant la haute saison. Selon lui, certains habitants préfèrent désormais attendre l’automne pour retrouver une montagne plus calme et évitent tout simplement le secteur pendant une partie de l’été.
Ce témoignage ne permet évidemment pas de parler au nom de tous les habitants. Il illustre néanmoins un phénomène bien connu dans les destinations extrêmement fréquentées : à certains moments de l’année, ceux qui vivent à proximité finissent eux-mêmes par éviter le lieu qui attire les visiteurs.
Mont Ventoux, Mont-Blanc : le même engrenage ?
Comparer le Ventoux au Mont-Blanc peut sembler excessif. Les deux territoires n’ont ni la même géographie, ni les mêmes volumes de fréquentation, ni exactement les mêmes problématiques. Pourtant, leur évolution sportive présente un mécanisme commun.
Une montagne devient mythique grâce à son histoire, ses paysages et les exploits réalisés sur ses pentes. Cette notoriété attire les sportifs, puis les événements, qui renforcent à leur tour la visibilité du territoire et facilitent l’arrivée de nouveaux projets. À force, la montagne n’est plus seulement un espace naturel ou un lieu de pratique : elle devient une destination sportive que les organisations veulent intégrer à leur calendrier.
Le Ventoux n’a sans doute pas encore atteint le niveau de pression observé dans certains secteurs autour du Mont-Blanc. C’est justement ce qui rend le débat intéressant aujourd’hui, avant que le problème ne devienne beaucoup plus difficile à gérer.
Courir au Ventoux n’est pas le problème
Pour un média consacré au trail, la nuance est essentielle. Il ne s’agit évidemment pas d’expliquer qu’il faudrait arrêter de courir, de pédaler ou de randonner au Ventoux. Une montagne reste un espace de pratique sportive et le trail repose précisément sur la possibilité d’évoluer librement dans la nature.
L’organisation répétée de grands événements relève toutefois d’une logique différente. Une compétition rassemble sur une période courte des participants, des bénévoles, des accompagnateurs et parfois des spectateurs, auxquels s’ajoutent les besoins en stationnement, ravitaillement, balisage, secours et logistique.
Cela ne signifie pas que chaque course provoque des dégâts importants. Cela signifie simplement qu’un territoire accueillant déjà 150 manifestations sportives par an peut légitimement commencer à réfléchir au nombre total d’événements qu’il souhaite recevoir.
Et la réflexion environnementale ne peut pas uniquement porter sur les gobelets réutilisables, le covoiturage ou le retrait rapide des rubalises. Elle doit aussi pouvoir poser la question la plus simple : est-il toujours nécessaire d’ajouter une nouvelle course ?
Le Ventoux n’a pas besoin d’une nouvelle course pour être mythique
C’est peut-être finalement le paradoxe du Géant de Provence.
Les organisateurs ont besoin du Ventoux parce que son nom suffit à transformer une épreuve en aventure. Le Ventoux, lui, n’a besoin d’aucun nouvel événement pour renforcer son prestige.
Il était mythique avant l’explosion de l’ultra-trail, avant Strava, avant les UTMB World Series et avant que le sport outdoor ne devienne une industrie touristique à part entière. Il continuera à l’être demain, même si aucun nouveau format n’est créé.
Il ne s’agit donc pas de supprimer les compétitions existantes ni de fermer la montagne aux sportifs. Mais peut-être faut-il accepter qu’un territoire puisse atteindre un moment où sa préservation passe aussi par une forme de retenue.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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