🎧 Trail – Le Mont Ventoux est l’une des dernières montagnes françaises Ă avoir conservĂ© une forme d’Ă©quilibre.
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Certes, sa frĂ©quentation a fortement augmentĂ© ces dernières annĂ©es, mais il reste encore loin de la saturation observĂ©e dans certains secteurs alpins. C’est prĂ©cisĂ©ment pour cette raison qu’il faut se poser les bonnes questions avant d’ajouter toujours plus de courses et toujours plus d’Ă©vĂ©nements sur ses sentiers.
L’annonce par SĂ©bastien Raichon de son envie de crĂ©er un « Tor du Vaucluse » d’environ 250 km a immĂ©diatement fait rĂŞver de nombreux passionnĂ©s d’ultra-trail. Il faut dire que l’idĂ©e est sĂ©duisante. Qui ne rĂŞverait pas d’une grande aventure autour du GĂ©ant de Provence, dans l’esprit des courses italiennes qui ont fait la rĂ©putation du Tor des GĂ©ants ?
Mais derrière l’enthousiasme lĂ©gitime que suscite ce projet, une autre rĂ©flexion mĂ©rite d’ĂŞtre menĂ©e.
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Le Ventoux a-t-il rĂ©ellement besoin d’une nouvelle course ?
NON parce que le Ventoux est déjà un terrain de jeu très sollicité
Il suffit d’observer le calendrier pour comprendre que le massif n’est plus la montagne relativement discrète qu’il Ă©tait encore il y a quelques dĂ©cennies.
Le Trail du Ventoux, créé il y a plus de vingt ans, attire dĂ©sormais plusieurs milliers de participants. Le Grand Raid du Ventoux by UTMB est venu s’ajouter Ă l’offre existante avec une visibilitĂ© internationale. Le Ventoux accueille Ă©galement de nombreuses Ă©preuves cyclistes, des triathlons, des rassemblements sportifs et une multitude de dĂ©fis personnels organisĂ©s tout au long de l’annĂ©e.
Ă€ cela s’ajoute une frĂ©quentation touristique qui ne cesse d’augmenter. Les cyclistes viennent du monde entier pour gravir les trois faces du sommet. Les randonneurs affluent dès les premiers beaux jours. Les trailers profitent de sentiers devenus particulièrement populaires sur les rĂ©seaux sociaux.
Aucun de ces usages n’est problĂ©matique pris isolĂ©ment. C’est leur addition qui commence Ă poser question.
Lorsqu’un territoire devient attractif, la tentation est grande de multiplier les Ă©vĂ©nements. Pourtant, la montagne n’est pas un Ă©quipement sportif extensible Ă l’infini.
NON parce que le trail ne peut pas demander toujours plus Ă la nature
Le paradoxe du trail est connu. Ce sport revendique un lien fort avec la nature tout en générant parfois une pression importante sur certains espaces naturels.
Le Ventoux possède une biodiversitĂ© remarquable. Ses forĂŞts, ses pierriers et ses paysages emblĂ©matiques constituent un patrimoine qui dĂ©passe largement le simple cadre sportif. Ce massif n’existe pas pour accueillir des courses. Les courses existent parce que le massif est lĂ .
Cette nuance est essentielle.
Chaque nouvel Ă©vĂ©nement apporte son lot de reconnaissances, de balisages, de dĂ©placements, de passages rĂ©pĂ©tĂ©s et d’amĂ©nagements logistiques. MĂŞme lorsque les organisateurs travaillent sĂ©rieusement, ce qui est le cas de la grande majoritĂ© d’entre eux, l’impact global augmente mĂ©caniquement Ă mesure que le nombre d’Ă©vĂ©nements progresse.
Le sujet n’est donc pas de savoir si une organisation est respectueuse de l’environnement. Le sujet est de savoir Ă partir de quel moment l’accumulation devient excessive.
NON parce que le Ventoux risque de suivre le mĂŞme chemin que d’autres massifs
Le monde du trail a déjà connu cette évolution ailleurs.
Certaines vallĂ©es alpines sont aujourd’hui confrontĂ©es Ă une concentration très importante d’Ă©vĂ©nements. Les conflits d’usage se multiplient entre organisateurs, habitants, gestionnaires d’espaces naturels et pratiquants. Les discussions autour des quotas, des autorisations ou de la frĂ©quentation deviennent de plus en plus frĂ©quentes.
Le Ventoux n’en est pas encore lĂ .
Et c’est justement ce qui devrait inciter Ă la prudence.
Attendre que les tensions apparaissent pour agir serait une erreur. Une montagne se prĂ©serve avant d’ĂŞtre saturĂ©e, pas après.
La force du Ventoux rĂ©side encore dans sa capacitĂ© Ă offrir une certaine sensation d’espace et de libertĂ©. Beaucoup de trailers viennent prĂ©cisĂ©ment chercher cela. Ils ne viennent pas uniquement chercher une ligne d’arrivĂ©e ou une mĂ©daille. Ils viennent chercher une montagne qui a conservĂ© une partie de son caractère sauvage.
NON parce que toutes les montagnes n’ont pas vocation Ă devenir un produit
Depuis quelques annĂ©es, le trail connaĂ®t une forme de course Ă la nouveautĂ©. Chaque territoire cherche son ultra, son dĂ©fi XXL, sa course iconique capable d’attirer des participants venus de loin.
Cette logique peut se comprendre. Les retombées économiques existent. Les collectivités locales y trouvent souvent un intérêt. Les organisateurs répondent à une demande réelle des pratiquants.
Mais cette dynamique possède aussi ses limites.
Une montagne ne devrait pas être évaluée uniquement à travers sa capacité à accueillir des dossards. Le Ventoux est également un territoire agricole, un espace naturel, un lieu de promenade et un patrimoine paysager exceptionnel.
À vouloir tout transformer en événement, on finit parfois par oublier ce qui rend ces lieux attractifs au départ.
NON parce que protĂ©ger le Ventoux aujourd’hui permettra de continuer Ă y courir demain
Dire qu’il faut ralentir la multiplication des Ă©vĂ©nements ne signifie pas ĂŞtre opposĂ© au trail.
C’est mĂŞme probablement l’inverse.
Les pratiquants ont tout intĂ©rĂŞt Ă prĂ©server les espaces qui leur permettent de courir. L’histoire rĂ©cente montre que les restrictions apparaissent souvent lorsque les gestionnaires estiment que la pression devient trop importante.
Le meilleur moyen d’Ă©viter de futures limitations est peut-ĂŞtre d’accepter dès maintenant qu’il existe une limite raisonnable au nombre de courses qu’une montagne peut accueillir.
Le projet de Tor du Vaucluse imaginĂ© par SĂ©bastien Raichon fait rĂŞver, et il est difficile de ne pas ĂŞtre sĂ©duit par l’idĂ©e d’une grande aventure autour du Ventoux. Mais son annonce a au moins un mĂ©rite : elle oblige Ă poser une question que le trail Ă©vite souvent.
Toutes les montagnes doivent-elles forcément accueillir toujours plus de courses ?
Pour le Ventoux, la rĂ©ponse n’est peut-ĂŞtre pas aussi Ă©vidente qu’elle en a l’air.






