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Depuis quelques jours, l’expression « divorce alpin » fait polémique après une prise de parole d’Emma Fourreau, eurodéputée LFI. Dans une vidéo publiée sur les réseaux sociaux, elle affirme que des femmes seraient de plus en plus souvent abandonnées par leur compagnon au cours de randonnées en montagne, parfois sans eau, nourriture, carte ou GPS. Elle présente certaines de ces situations comme une forme de violence conjugale et cite notamment le drame survenu en Autriche en janvier 2025, lorsqu’une femme de 33 ans est morte de froid à proximité du sommet du Grossglockner après avoir été laissée seule par son compagnon, ensuite condamné pour homicide par négligence grave.
La séquence a provoqué de nombreuses réactions, notamment celle de Sophia Aram, qui a tourné en dérision la présentation du phénomène. Une partie du débat s’est alors déplacée : au-delà des situations graves et réelles de mise en danger, certains internautes ont reproché au discours autour du « divorce alpin » de présenter les femmes comme incapables de s’orienter ou de rentrer seules dès lors que leur compagnon ne les attend plus.
C’est ce point qui mérite d’être discuté dans le cadre du trail et de la randonnée. Reconnaître qu’abandonner une personne blessée, épuisée ou vulnérable en montagne peut être dangereux n’oblige pas à considérer qu’une femme seule sur un sentier devient automatiquement incapable de se débrouiller. En 2026, les pratiquantes disposent des mêmes outils que les hommes pour s’orienter : balisage, carte, smartphone, trace GPX ou montre GPS. La question n’est donc pas de nier les situations de mise en danger, mais de savoir si le débat actuel ne finit pas, par moments, par sous-estimer l’autonomie des femmes en montagne.
🎥 Mon analyse en vidéo
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Le « divorce alpin » ne doit pas servir à présenter les femmes en général et les femmes sportives ou les traileuses comme dépendantes des hommes
La polémique est partie de la prise de parole de l’eurodéputée LFI Emma Fourreau, qui a dénoncé les témoignages de femmes laissées seules par leur compagnon pendant des sorties en montagne. Certains de ces témoignages racontent des situations réellement préoccupantes : femmes épuisées, partenaires partis loin devant, matériel emporté par l’autre ou personnes laissées seules dans un environnement qu’elles maîtrisaient mal.
Il serait absurde de nier que ces comportements existent ou qu’ils peuvent, dans certaines circonstances, devenir dangereux.
Mais tous les « abandons » en randonnée ne se déroulent pas à 3 700 mètres d’altitude, de nuit, par -20 °C, avec une personne hypothermique incapable de redescendre seule.
En France, en plein été, une grande partie des pratiquants évolue sur des itinéraires balisés et fréquentés. Dans ce contexte, présenter une randonneuse comme automatiquement condamnée à errer dans la montagne dès que son compagnon prend de l’avance revient à oublier quelque chose d’essentiel : les femmes savent aussi se débrouiller seules.
Une femme sait utiliser un GPS aussi bien qu’un homme
Cette évidence est particulièrement frappante quand on regarde le monde du trail.
Chaque semaine, des milliers de femmes partent courir seules. Elles téléchargent une trace GPX, suivent leur itinéraire sur une Garmin, une Suunto, une Coros, une Amazfit ou leur téléphone, trouvent un ravitaillement, reviennent sur leurs pas lorsqu’elles se trompent et prennent seules le départ de courses parfois longues de plusieurs dizaines de kilomètres.
Personne ne considère cela comme extraordinaire.
Une montre GPS permet aujourd’hui de suivre une trace, d’être alerté lorsque l’on quitte un parcours et, selon les modèles, d’afficher directement une cartographie. Un téléphone permet également de consulter une carte ou un itinéraire téléchargé à l’avance. Quant au bon vieux balisage des sentiers, il ne change évidemment pas de signification selon le sexe de la personne qui le regarde.
Une internaute racontait d’ailleurs être partie seule sur un parcours qu’elle ne connaissait pas et avoir rencontré un homme qui lui avait demandé son chemin.
Cette anecdote est presque banale, et c’est justement pour cela qu’elle est intéressante.
Une femme n’est pas naturellement la personne perdue du groupe.
Savoir faire demi-tour fait partie de l’autonomie en montagne
Sur un sentier classique, être séparé de son partenaire n’implique pas nécessairement une situation de détresse.
Lorsque l’on ne sait plus où se trouve l’autre, on peut s’arrêter, regarder sa trace, revenir jusqu’à la dernière intersection connue ou décider de redescendre. Si la situation l’exige, on peut également demander de l’aide à d’autres randonneurs ou appeler les secours.
C’est exactement ce que ferait un homme confronté au même problème.
L’autonomie fait partie des bases de la pratique de la randonnée et du trail. Préparer son parcours, savoir approximativement où l’on se trouve et être capable de revenir sur ses pas ne sont pas des compétences masculines.
Le paradoxe du débat actuel est donc assez étonnant. D’un côté, on explique depuis des années que les femmes doivent pouvoir occuper l’espace public et pratiquer seules. De l’autre, certaines réactions au « divorce alpin » donnent presque l’impression qu’une femme accompagnée perdrait soudainement toute autonomie dès lors que l’homme parti avec elle disparaît de son champ de vision.
Les deux discours sont difficilement compatibles.
Eau, nourriture, téléphone : le vrai problème est parfois ailleurs
Cela ne signifie pas pour autant que toutes les femmes racontant avoir été abandonnées auraient simplement dû regarder leur GPS et rentrer chez elles.
Certains témoignages soulèvent un problème beaucoup plus concret : le partage du matériel au sein du couple ou du groupe.
Si une seule personne transporte toute l’eau, toute la nourriture, la batterie externe ou le seul moyen de navigation disponible et qu’elle disparaît avec le sac, la personne laissée derrière peut réellement se retrouver en difficulté.
Mais là encore, le problème n’est pas qu’elle soit une femme.
Un homme abandonné sans eau, sans téléphone et sans carte se retrouverait exactement dans la même situation.
Un peu d’eau, de quoi manger, un téléphone suffisamment chargé et la possibilité de retrouver son chemin ne pèsent pas très lourd dans un sac, mais peuvent devenir essentiels si un groupe se sépare accidentellement… ou volontairement.
Le débat autour du « divorce alpin » est également brouillé par l’utilisation d’un cas extrêmement grave : celui du Grossglockner, en Autriche.
En janvier 2025, une femme de 33 ans est morte de froid à proximité du sommet, à près de 3 800 mètres d’altitude. Son compagnon, nettement plus expérimenté en haute montagne, avait organisé la sortie. La victime était épuisée, hypothermique et se trouvait dans des conditions hivernales très difficiles lorsqu’elle a été laissée seule.
L’homme a ensuite été condamné pour homicide par négligence grave.
Dans une telle situation, expliquer que cette femme aurait simplement dû sortir son GPS et redescendre seule serait évidemment grotesque. Une montre connectée ne supprime ni l’hypothermie, ni l’épuisement, ni les difficultés techniques de la haute montagne.
Mais l’erreur inverse consiste à utiliser cette tragédie pour construire l’image d’une randonneuse qui, sur n’importe quel sentier, serait nécessairement incapable de rentrer sans son compagnon.
Une ascension hivernale à près de 3 800 mètres et une randonnée estivale sur un sentier balisé ne présentent tout simplement pas les mêmes risques.
En résumé, le trail féminin a déjà largement dépassé cette image de fragilité
Depuis plusieurs années, la pratique du trail montre une réalité assez éloignée de l’image d’une femme nécessairement dépendante d’un compagnon en montagne. Des traileuses s’entraînent seules, prennent le départ d’ultras, courent de nuit, naviguent au GPS et gèrent leur matériel comme n’importe quel autre pratiquant.
Le débat sur le « divorce alpin » intervient donc dans un sport où l’autonomie féminine est déjà largement visible sur le terrain. Cela n’empêche évidemment pas qu’une femme puisse être victime d’une mise en danger ou d’un comportement irresponsable de son compagnon.
Mais ces situations ne doivent pas conduire à généraliser l’idée qu’une randonneuse laissée seule serait, par nature, plus vulnérable qu’un homme placé dans la même situation.
Sources
Ministère chargé des Sports ; ministère de l’Intérieur ; Fédération française de randonnée pédestre ; justice autrichienne ; témoignages publics diffusés dans le cadre de la polémique sur le « divorce alpin ».
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