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Emma Fourreau affirme que certains hommes peuvent abandonner leur compagne en montagne pour améliorer leurs performances sur Strava. Dans une vidéo consacrée au « divorce alpin », l’eurodéputée LFI établit un lien entre la recherche de performance sportive et certains abandons au cours de randonnées.
🎥 Écoutez la déclaration d’Emma Fourreau sur Strava et le « divorce alpin »
Elle déclare notamment : « Parfois, les hommes sont boostés par l’idée de performance, sont obnubilés par ça, et donc abandonner sa compagne est une stratégie pour faire de meilleures performances sur Strava. »
Cette phrase est l’un des passages les plus marquants de sa prise de parole. Emma Fourreau ne se contente plus d’évoquer des couples dans lesquels l’un des deux avance trop vite ou laisse l’autre derrière lui : elle suggère que la recherche d’un meilleur résultat enregistré sur Strava peut, dans certains cas, devenir une motivation pour ne plus attendre sa partenaire.
Une affirmation forte, qui mérite toutefois d’être distinguée de ce que l’on peut aujourd’hui réellement documenter.
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Emma Fourreau établit un lien direct entre « divorce alpin » et performance sur Strava
Dans sa vidéo, Emma Fourreau part de témoignages de femmes disant avoir été laissées seules en montagne par leur compagnon. Elle explique que certaines se trouvaient déjà dans des relations toxiques et présente alors l’abandon comme une violence supplémentaire pouvant s’inscrire, selon elle, dans un rapport de domination.
C’est ensuite qu’elle introduit la question de la performance sportive. À ses yeux, certains hommes peuvent être tellement concentrés sur leur résultat qu’ils finissent par considérer le fait de ne pas attendre leur compagne comme une manière d’améliorer leur activité sur Strava.
La formulation est importante, car elle dépasse largement le cas banal de deux personnes possédant des niveaux physiques différents. Il ne s’agit plus seulement d’un randonneur qui marche plus vite que sa partenaire, mais d’une décision qui serait motivée par la volonté de préserver une allure, un chrono ou une performance enregistrée sur une application sportive.
C’est précisément sur ce point que les éléments disponibles deviennent beaucoup plus limités.
À ce jour, rien ne permet de mesurer un phénomène de « divorce alpin pour Strava »
Que des personnes soient laissées derrière pendant une randonnée ne fait guère de doute. Les témoignages sont nombreux, et ils ne concernent d’ailleurs pas uniquement des femmes. Certains pratiquants racontent avoir été distancés par leur partenaire ou abandonnés par leur groupe parce qu’ils n’arrivaient plus à tenir le rythme.
Mais une autre étape est nécessaire pour établir le lien avancé par Emma Fourreau : il faudrait pouvoir démontrer que certains de ces abandons sont effectivement motivés par la volonté d’améliorer une performance sur Strava.
Or, dans sa prise de parole, l’eurodéputée ne fournit ni chiffre, ni étude, ni exemple précis permettant d’établir l’ampleur de ce comportement. À notre connaissance, aucune étude scientifique ne permet aujourd’hui de mesurer un phénomène dans lequel des utilisateurs de Strava abandonneraient leur partenaire de randonnée spécifiquement dans le but d’améliorer un segment, une allure moyenne ou une activité publiée sur l’application.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une telle situation n’ait jamais existé. Cela signifie simplement qu’en l’état actuel des données disponibles, il est impossible de la présenter comme une pratique établie ou quantifiable.
La comparaison et la recherche de performance sur les applications sportives sont, elles, bien documentées
L’affirmation d’Emma Fourreau s’appuie néanmoins sur une mécanique sportive bien réelle : les applications comme Strava placent naturellement les utilisateurs dans un environnement où les performances peuvent être suivies, comparées et partagées.
Activités publiques, segments, classements, kudos, clubs virtuels ou records personnels font partie intégrante de l’expérience proposée par la plateforme. Ces outils peuvent renforcer la motivation à pratiquer, mais ils peuvent aussi introduire une forme de comparaison permanente avec les autres ou avec ses propres performances précédentes.
Des travaux consacrés à la comparaison sociale dans l’activité physique montrent ainsi que le fait d’être exposé aux performances d’autres pratiquants peut influencer la motivation et la participation sportive. D’autres recherches soulignent toutefois que ces mécanismes peuvent produire des effets ambivalents, en encourageant certains utilisateurs tout en générant chez d’autres davantage de pression ou de préoccupations liées à leurs résultats.
Des études portant directement sur Strava ont également observé que les interactions entre utilisateurs pouvaient influencer les comportements de course. Cela permet donc d’affirmer que les réseaux sportifs peuvent agir sur la motivation et les habitudes d’entraînement.
En revanche, cette influence générale ne suffit pas à démontrer qu’elle conduit des hommes à abandonner leur compagne en montagne.
Le conflit entre une sortie à deux et un objectif individuel existe pourtant bien
La question soulevée par Emma Fourreau peut malgré tout faire écho à une situation beaucoup plus banale pour les coureurs et les traileurs.
Une sortie prévue comme tranquille peut progressivement changer de nature lorsque l’un des deux pratiquants commence à surveiller son allure ou son temps. Si la moyenne est meilleure que prévu, la tentation d’accélérer peut apparaître. Lorsqu’un segment connu arrive, certains vont également vouloir le courir plus vite, même si la personne avec laquelle ils sont partis n’a ni le même niveau ni le même objectif.
Ce comportement n’a évidemment rien de spécifiquement masculin. Une traileuse peut, elle aussi, transformer une sortie commune en séance personnelle et laisser son compagnon plusieurs minutes derrière elle.
Le sujet est donc moins celui du sexe du pratiquant que celui du conflit entre deux logiques : partir ensemble ou préserver sa propre performance. Lorsque ces deux objectifs entrent en contradiction, la sortie collective peut rapidement devenir une succession de rendez-vous manqués entre celui qui veut maintenir son rythme et celui qui n’arrive plus à suivre.
En montagne, partir ensemble suppose normalement d’adapter son comportement
En trail comme en randonnée, partir à plusieurs ne signifie pas nécessairement rester côte à côte pendant toute la sortie. Les différences de niveau font partie de la pratique et chacun peut monter ou descendre à son rythme sur certaines portions.
En revanche, lorsqu’un groupe décide réellement de partir ensemble, il existe généralement une forme de responsabilité collective. Le plus rapide peut attendre à une bifurcation, ralentir après une montée, revenir chercher son partenaire ou simplement vérifier régulièrement que tout va bien.
Ces précautions deviennent d’autant plus importantes lorsque le terrain est technique, lorsque la météo se dégrade ou lorsqu’une personne montre des signes de fatigue, de blessure ou de difficulté.
Dans ces situations, partir très loin devant sans prévenir n’est plus seulement une question de performance sportive. Cela devient un problème de gestion du groupe et, potentiellement, de sécurité.
Strava n’a pas inventé les mauvais partenaires de sortie
Faire de Strava le responsable de ce type de comportement serait cependant aller beaucoup trop loin. L’application mesure, enregistre et partage une activité sportive, mais elle ne décide évidemment pas de la manière dont un pratiquant se comporte avec les personnes qui l’accompagnent.
Les groupes dans lesquels le plus rapide disparaît devant pendant que les autres tentent de suivre existaient bien avant les montres GPS, les segments et les classements numériques.
Les témoignages apparus autour du débat sur le « divorce alpin » le montrent d’ailleurs. Une gardienne de refuge racontait notamment récupérer régulièrement de jeunes hommes laissés derrière par leur propre groupe parce qu’ils étaient jugés trop lents, parfois sans eau, sans batterie ou sans carte.
La pratique de la montagne n’a donc pas attendu Strava pour produire des sorties mal gérées ou des groupes incapables de s’adapter au niveau de leurs membres.
Le « divorce alpin pour Strava » reste une hypothèse, pas un phénomène démontré
La déclaration d’Emma Fourreau doit finalement être replacée dans ce cadre.
Il est crédible que la recherche de performance puisse conduire certains pratiquants à moins attendre leur partenaire ou à transformer progressivement une sortie commune en objectif individuel. Les mécanismes de comparaison et de motivation liés aux applications sportives sont suffisamment connus pour que cette hypothèse ne soit pas absurde.
En revanche, affirmer que des hommes abandonnent leur compagne en montagne comme stratégie destinée à améliorer leurs performances sur Strava suppose de disposer d’éléments beaucoup plus précis que ceux actuellement disponibles.
Pour le moment, ces données manquent.
La question soulevée par cette polémique reste néanmoins intéressante pour les traileurs et les randonneurs : lorsqu’on décide de partir à deux ou en groupe, jusqu’où peut-on continuer à poursuivre sa propre performance sans tenir compte de la personne avec laquelle on est parti ?
Le problème, dans ce cas, dépasse largement Strava.
Il concerne surtout la manière dont chacun conçoit une sortie partagée en montagne.
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