sources préférées Google
🎥 Un mois après l’UTMB 2026, Mathieu Blanchard s’inquiète de la vitesse à laquelle évolue le trail élite.
Dans Dans la Tête d’un Coureur, le Français estime que les meilleurs auraient peut-être intérêt à espacer davantage leurs courses, à récupérer plus longtemps et, surtout, à penser leur carrière sur la durée. Un discours qui prend forcément une résonance particulière au moment où lui-même court beaucoup moins.
Chaussures de trail Kiprun en vente sur Alltricks
lien affilié sans partenariat avec Mathieu Blanchard
Chaussures Trail Kiprun Kipsummit Race
Mathieu Blanchard trouve que le trail élite va trop vite
Pour Mathieu Blanchard, l’UTMB constitue le meilleur symbole de cette accélération. Le niveau s’est tellement élevé ces dernières années que des chronos autrefois exceptionnels tendent désormais à devenir une référence pour viser la victoire.
« Gagner un UTMB, maintenant, c’est sub-20 heures, c’est une évidence. »
En 2022, Kilian Jornet et Mathieu Blanchard avaient été les deux premiers hommes à passer sous cette barrière des vingt heures. Quatre ans plus tard, Ben Dhiman a remporté l’édition 2026 en 18 h 16. La progression du chrono est spectaculaire, mais Blanchard insiste surtout sur une autre évolution : l’intensité est désormais présente dès les premiers kilomètres.
« Aujourd’hui, au deuxième kilomètre déjà, on ne peut plus discuter. »
Il se souvient d’une époque récente où les favoris pouvaient encore échanger pendant plusieurs dizaines de kilomètres avant que la course ne se tende réellement. Cette période semble déjà lointaine. Les meilleurs partent désormais plus vite et, grâce aux progrès de l’entraînement, de la nutrition et de la préparation, ils réussissent surtout à conserver ces rythmes pendant beaucoup plus longtemps.
« J’ai peur pour mon sport »
C’est à partir de ce constat que Mathieu Blanchard dépasse la simple analyse sportive. Le sujet n’est plus seulement de savoir jusqu’où les chronos peuvent descendre, mais combien de temps les athlètes pourront supporter cette course permanente à l’optimisation.
« Je vais le dire : j’ai peur pour mon sport. Quel est le coût humain derrière ces records ? »
La question mérite d’être posée. À mesure que le trail se professionnalise, tout pousse les meilleurs vers davantage de performance : plus de précision dans l’entraînement, davantage de glucides pendant les courses, une récupération mieux maîtrisée, des stages spécifiques, des calendriers construits autour de grands objectifs et une concurrence toujours plus dense.
Mathieu Blanchard s’interroge donc sur ce que cette évolution produira à long terme. Les records tombent, le spectacle progresse et le niveau général monte, mais ces progrès pourraient aussi avoir un coût sur la durée des carrières.
🔴 Les « injonctions » de Mathieu Blanchard
Dans son discours, Mathieu Blanchard ne fixe évidemment aucune règle aux autres coureurs. Mais il défend plusieurs principes qui ressemblent à une nouvelle feuille de route pour le trail élite :
– espacer davantage les compétitions,
– accorder plus de place à la récupération,
– éviter d’enchaîner les grands ultras,
– penser une carrière sur dix ou quinze ans plutôt que sur quelques saisons
– et accepter de lever le pied avant un objectif majeur.
Autrement dit, sa vision repose sur une idée simple : courir moins souvent pour durer plus longtemps.
Une philosophie cohérente avec son inquiétude sur le « coût humain » de la course aux records, mais qui pose aussi une question : jusqu’où un champion peut-il transformer sa propre expérience en modèle pour les autres ?
Mathieu Blanchard veut remettre la longévité au centre
C’est ici que son propos devient plus prescriptif. Blanchard ne se contente plus de constater que les élites courent de plus en plus vite : il développe une autre façon de penser une carrière de haut niveau, fondée sur davantage de récupération et moins d’accumulation.
Son raisonnement est assez simple. Un jeune athlète extrêmement talentueux peut chercher à exploiter immédiatement toutes ses capacités, multiplier les compétitions et tenter d’accumuler les performances pendant quelques années. Il peut aussi accepter de courir moins, de construire plus progressivement et de préserver son corps dans l’espoir d’atteindre son meilleur niveau pendant beaucoup plus longtemps.
Pour Blanchard, cette notion de longévité pourrait même devenir, à terme, un véritable facteur de performance. Autrement dit, la capacité à durer compterait autant que la capacité à courir vite.
Et c’est naturellement le calendrier qui se retrouve au centre de cette réflexion.
Moins courir pour courir mieux
Mathieu Blanchard estime ainsi que les élites pourraient avoir intérêt à davantage espacer leurs compétitions et à revoir la place accordée à la récupération avant les grands objectifs.
Il s’appuie notamment sur ce qu’il a lui-même vécu en 2024. Après son abandon sur l’UTMB, puis une période durant laquelle son volume d’entraînement avait fortement diminué à cause d’un problème physique, il avait finalement remporté quelques semaines plus tard la Diagonale des Fous. Cette expérience a nourri chez lui l’idée qu’un ultra pourrait nécessiter beaucoup plus de fraîcheur qu’on ne l’imagine habituellement.
Il évoque même la possibilité de périodes de récupération ou d’allègement pouvant aller jusqu’à trois semaines, voire un mois, avant une grande course.
Sur le fond, l’idée se défend parfaitement. Un ultra impose un stress considérable à l’organisme et rien n’oblige un athlète à remplir son calendrier simplement parce qu’il possède les capacités physiques pour le faire.
Mais le moment choisi pour porter ce discours rend forcément la situation plus intéressante.
Le problème : Mathieu Blanchard parle aujourd’hui depuis l’extérieur
Car celui qui explique que les élites auraient peut-être intérêt à courir moins est précisément un athlète qui, actuellement, ne peut plus enchaîner les grandes courses comme il le faisait auparavant.
C’est tout le paradoxe de sa prise de parole. Mathieu Blanchard aimerait lui-même retrouver davantage de compétition, mais il explique dans le même temps que ceux qui disposent aujourd’hui de cette possibilité auraient parfois intérêt à renoncer à certains départs.
Évidemment, il ne réclame aucune nouvelle règle et personne ne l’a nommé responsable du calendrier des autres traileurs. Son expérience du très haut niveau lui donne néanmoins une position particulière : celle d’un champion expérimenté qui regarde désormais la nouvelle accélération du trail avec davantage de recul et commence à expliquer comment, selon lui, une carrière devrait être construite.
C’est là qu’apparaît presque un « papa Blanchard » du trail élite, soucieux de rappeler aux plus jeunes qu’il existe une vie sportive après le prochain dossard.
Mais qui décide qu’un élite court trop ?
Cette réflexion pose pourtant une question assez simple : à partir de quel moment peut-on considérer qu’un athlète court trop ?
Trois ultras dans une saison constituent-ils déjà un excès ? Quatre deviennent-ils déraisonnables ? Faut-il imposer plusieurs mois entre deux objectifs majeurs ? Et surtout, peut-on appliquer la même logique à tous les coureurs alors que les capacités de récupération, les ambitions et les façons de construire une carrière varient énormément d’un athlète à l’autre ?
Mathieu Blanchard possède une expérience considérable de l’ultra et sait mieux que beaucoup ce que représente une préparation pour l’UTMB, la Diagonale des Fous ou une saison organisée autour de plusieurs grands rendez-vous. Cette expérience rend son témoignage particulièrement intéressant. Elle ne suffit cependant pas à transformer son propre modèle en référence universelle.
Certains athlètes semblent capables d’enchaîner les compétitions pendant des années. D’autres construisent leur saison autour de seulement deux grands objectifs. Certains préfèrent miser sur une carrière longue et progressive, tandis que d’autres assument parfaitement l’idée d’une période plus courte, plus dense et entièrement tournée vers la recherche de performance.
C’est aussi cette liberté qui fait partie de l’ADN du trail.
Le risque : transformer une expérience personnelle en morale collective
C’est probablement là que le discours de Mathieu Blanchard mérite le plus d’être discuté.
Dire qu’une méthode a fonctionné pour soi relève de l’expérience personnelle. Affirmer que le trail élite gagnerait globalement à ralentir, à espacer les compétitions ou à privilégier davantage la longévité correspond déjà à une certaine vision de ce que devrait devenir ce sport.
Cette vision peut être pertinente sans devenir pour autant la seule possible.
Car vouloir protéger les athlètes mène rapidement à une autre question : jusqu’où faut-il les protéger de leurs propres choix ? Les élites connaissent les contraintes de leur discipline, travaillent souvent avec des entraîneurs et des équipes médicales et savent que l’ultra comporte une part importante de fatigue et de risque. Certains peuvent parfaitement décider qu’ils préfèrent tenter beaucoup de choses en quelques saisons plutôt que bâtir une carrière de quinze ans.
Pourquoi cette façon de vivre le haut niveau serait-elle forcément moins valable qu’une trajectoire davantage contrôlée ?
En résumé, c’est le paradoxe Blanchard
C’est finalement ce décalage qui rend la prise de parole de Mathieu Blanchard aussi intéressante.
Sur le fond, son inquiétude est loin d’être absurde. Le trail professionnel progresse extrêmement vite et personne ne sait encore vraiment quelles seront les conséquences, dans dix ou quinze ans, des volumes d’entraînement et des intensités aujourd’hui atteints par les meilleurs.
Mais le messager compte aussi.
Mathieu Blanchard parle aujourd’hui de ralentir au moment précis où sa propre trajectoire sportive l’a déjà contraint à ralentir. Cela ne retire rien à la valeur de son expérience, mais cela donne nécessairement une autre couleur à son discours.
Il peut alerter, expliquer ce qu’il a vécu et défendre une autre conception de la performance. Les autres athlètes restent, eux, libres d’en tirer les conclusions qu’ils souhaitent.
Car si le trail doit apprendre à mieux préserver la carrière de ses champions, il devra probablement préserver autre chose en même temps : leur liberté de choisir jusqu’où ils veulent aller.
Lire aussi
- Pourquoi Mathieu Blanchard ne prend plus de dossard
- OFFICIEL : Mathieu Blanchard n’est plus sur la liste des inscrits de la Diagonale des Fous
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
u-Trail est un média indépendant. Depuis 2012, nous parlons de trail librement, sans aucun sponsor.
🏃 Produire une information libre et accessible à tous a un coût.
⚖️ Certains de nos articles entraînent aussi des pressions ou des procédures juridiques.
❤️ Votre soutien nous aide à nous défendre et à préserver notre liberté éditoriale.







