La FFA continue de dire que le trail n’est pas du trail. Le trail s’appelle maintenant officiellement du « off road ».
Malgré les critiques et les moqueries récurrentes dans le milieu du trail, la Fédération française d’athlétisme continue d’utiliser le terme « off road » dans sa communication officielle
Le trail continue de grandir à une vitesse folle en France. Les courses affichent complet en quelques minutes, les chaînes YouTube spécialisées explosent, les équipementiers multiplient les collections et les grands événements attirent désormais un public bien plus large que le simple cercle des passionnés de montagne. Pourtant, au moment même où ce sport semble enfin parler un langage clair pour tout le monde, la FFA persiste à employer une terminologie qui laisse encore beaucoup de traileurs perplexes.
Dans son dernier communiqué consacré à la sélection française pour les Championnats d’Europe de course en montagne en Slovénie, la fédération continue ainsi d’utiliser tout l’univers lexical associé au « off road », aux formats « uphill » et « up and down ». Une manière de présenter les disciplines qui peut sembler logique d’un point de vue institutionnel, mais qui continue de créer un décalage avec le vocabulaire utilisé par la majorité des coureurs.
Car dans les faits, presque personne ne parle comme ça.
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Dans la vraie vie, tout le monde dit simplement « trail » et pas OFF ROAD
C’est probablement ce qui rend cette situation aussi étrange pour une partie de la communauté. Dans les magasins spécialisés, sur Strava, dans les discussions entre coureurs ou même dans les médias généralistes, le mot trail s’est imposé depuis longtemps comme une évidence.
On dit qu’on prépare un trail. On parle d’un ultra-trail. On suit des traileurs. On regarde des vidéos de trail running. Même les marques ont construit toute leur communication autour de ce mot-là.
À côté, l’expression « off road » reste floue pour beaucoup de gens. Elle évoque parfois davantage l’univers automobile, le VTT ou les sports mécaniques que la course à pied en montagne. Résultat : à chaque nouvelle communication fédérale utilisant cette appellation, les mêmes réactions réapparaissent. Certains lèvent les yeux au ciel, d’autres s’en amusent, mais beaucoup ne comprennent toujours pas pourquoi il semble aussi compliqué d’appeler le trail… du trail.
Off road, une terminologie héritée des instances internationales
Évidemment, la FFA n’a pas inventé seule cette expression. Depuis plusieurs années, les fédérations internationales comme World Athletics utilisent officiellement le terme « off-road running » pour regrouper plusieurs disciplines : le trail, la course en montagne et les formats verticaux.
L’idée, à l’origine, était surtout de créer une bannière commune capable d’unifier des pratiques qui avaient longtemps évolué séparément. Sur le plan administratif et sportif, cette logique se défend parfaitement. Elle permet notamment d’organiser des championnats plus cohérents et de structurer les sélections nationales autour d’un programme commun.
Mais ce qui fonctionne dans les règlements ou dans les documents fédéraux ne fonctionne pas toujours dans la culture populaire d’un sport. Et c’est probablement là que le fossé se creuse.
Le trail s’est développé très vite, souvent en dehors des codes traditionnels de l’athlétisme fédéral. Sa culture, son vocabulaire et même son identité se sont construits directement sur le terrain, dans les montagnes, au contact des coureurs, des organisateurs et des communautés en ligne.
C’est pour cela que beaucoup de pratiquants ont du mal à se reconnaître dans un langage qu’ils perçoivent comme institutionnel, voire artificiel.
La multiplication des appellations finit par brouiller le message
Le problème ne vient d’ailleurs pas vraiment de l’anglais. Le trail est déjà un mot anglais, tout comme finisher, pacing ou split. Ce vocabulaire fait désormais partie du paysage et ne choque plus personne.
Ce qui interroge davantage, c’est l’impression de voir les appellations se multiplier sans cesse pour désigner des pratiques que le grand public considère finalement comme très proches.
Aujourd’hui, entre le trail, la course en montagne, les formats uphill, les montées sèches, les courses « up and down » ou encore le fameux « off road », la communication fédérale donne parfois l’impression de vouloir découper le sport en catégories toujours plus techniques.
Pour les spécialistes, ces distinctions ont évidemment du sens. Un kilomètre vertical ne se court pas comme un ultra-trail. Une course en montagne classique répond à des codes bien différents d’un trail long format. Mais pour la majorité des pratiquants, tout cela appartient malgré tout à la même famille : celle du trail running.
Et plus les termes se multiplient, plus le risque est grand de rendre le sport illisible pour les nouveaux venus.
Pourtant, la dynamique sportive de la FFA est réelle
Ce débat sur le vocabulaire ne doit pas masquer une autre réalité : la fédération investit aujourd’hui énormément dans les disciplines de montagne et de trail.
Le communiqué publié cette semaine autour des sélections françaises montre au contraire une organisation de plus en plus structurée, avec des stages collectifs, une vraie stratégie de détection et une nouvelle génération qui pousse très fort derrière les leaders déjà installés.
Des athlètes comme Nélie Clément, Christel Dewalle ou Romain Discher incarnent justement cette montée en puissance du collectif français sur les formats montagne et trail.
Sportivement, les résultats sont là. Le niveau se densifie, les jeunes arrivent et les équipes françaises restent compétitives sur la scène européenne.
Mais en parallèle, cette histoire de terminologie continue de revenir régulièrement dans les discussions, comme le symbole d’un décalage persistant entre la culture trail et le langage institutionnel.
En résumé, le trail c’est avant tout une culture
C’est peut-être ce que les fédérations ont parfois du mal à intégrer complètement. Le trail n’est pas seulement une discipline sportive organisée autour de règlements et de sélections nationales. C’est aussi une culture, avec ses propres références, ses habitudes, ses figures et son vocabulaire.
Ce sport s’est construit bien avant que les institutions ne cherchent à l’unifier sous une bannière administrative commune. Il s’est développé dans les montagnes, sur les sentiers, dans les récits d’aventure et dans les communautés de passionnés.
Et lorsque les pratiquants ont déjà adopté un mot simple, universel et compris de tous, vouloir lui substituer progressivement une autre appellation devient forcément compliqué.
Parce qu’au fond, peu de gens rêvent réellement de devenir champions d’Europe « off road ».
La plupart rêvent simplement de faire du trail.
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