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🎧 Vers la fin du trail libre
Les rumeurs circulaient ces dernières semaines, et le communiqué est enfin tombé. Pour faire face à une fréquentation en hausse de 50 % depuis le COVID (90 000 randonneurs comptabilisés), les élus de la Vallée de Chamonix et du Pays du Mont-Blanc ont tranché avec la mise en place d’une obligation d’avoir une réservation chaque soir dans un hébergement ou une aire de bivouac dédiée (et payante), l’interdiction stricte du bivouac sauvage, et la création d’une « brigade verte » pour tout contrôler.
Si l’intention affichée est de « redonner au TMB toutes ses valeurs », le dispositif prend une tournure absurde et met à mal la philosophie de notre pratique.
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La mort de l’esprit trail – Quand la liberté devient administrative
L’esprit de base du trail et de la rando-course est pourtant simple, il suffit d’enfiler ses baskets, boucler son sac léger et partir sur les sentiers, attiré uniquement par l’envie de se dépenser et de profiter des paysages. C’est cette sensation d’autonomie et de connexion avec la nature qui fait le point fort de notre discipline.
Devoir réserver son bivouac ou son gîte des mois à l’avance, planifier sa sortie au kilomètre près ou devoir justifier auprès d’un contrôleur de l’endroit exact où l’on compte s’allonger pour la nuit est en totale contradiction avec ces valeurs fondamentales.
Finis les « week-ends choc » – Les locaux et les pratiquants spontanés sacrifiés
Cette obligation de réservation préalable va créer un énorme goulot d’étranglement. Les hébergements et les aires de bivouac payantes seront pris d’assaut dès l’ouverture des réservations, comme c’était déjà le cas actuellement pour les refuges et gites.
Résultat, il sera désormais impossible de décider sur un coup de tête, en fonction d’une fenêtre météo favorable, de partir se faire un « week-end choc » ou un TMB sur 2 ou 3 jours.
Une fois de plus, ce sont les touristes étrangers passant par des agences et planifiant leurs vacances un an à l’avance qui s’en sortiront sans problème. À l’inverse, les pratiquants locaux et les amoureux de la région, qui voulaient simplement profiter de leurs sentiers au jour le jour, se retrouveront complètement bloqués à la porte du massif.
Fausse solution et mauvaise cible
Ce n’est pas nouveau. Dès qu’un espace naturel souffre de surfréquentation, la solution de facilité consiste à pointer du doigt le traileur ou le bivouaqueur. Pourtant, ces nouvelles mesures sont bien dérisoires face aux véritables nuisances de la vallée. Quand on voit les usines aglutinées en fond de vallée, les remontées mécaniques qui amenènent des foules en haute altitude, parfois dans des zones naturelles censées être hyperprotégées, ou encore le ski de masse, on peut se demander si réellement, faire payer un espace pour poser sa tente est la solution la plus adaptée pour protéger le Pays du Mont-Blanc.
En instaurant des bivouacs payants et une réglementation stricte, les collectivités prétendent régler le problème. En réalité, elles pénalisent la partie la plus respectueuse des usagers, celle qui ne laisse aucune trace de son passage, tout en laissant le champ libre au buisness des agences de voyages et du tourisme organisé en masse.
Les casse-têtes absurdes de la « Brigade Verte »
Pour faire respecter cette charte, une brigade verte sera mise en place, chargée de contrôler que les pratiquants disposent bien de leurs réservations, sous peine de sanction. Sur le terrain, la situation s’annonce amusante :
– Si je traile sur la journée ou en continu ? Sans sac de couchage ni tente, juste en courant. Quel justificatif devrai-je présenter si la brigade me stoppe au col du Bonhomme ? Devrai-je prouver que je ne prévois pas de dormir ?
– Si je dors dans un pied-à-terre privé ou chez un ami sur le parcours ? Comment prouver ma bonne foi aux contrôleurs ?
– Et pour les randonneurs/traileurs au long cours, comme ceux qui se lancent dans la Grande Traversée des Alpes par exemple, avec une portion qui emprunte le TMB, devront-ils prédire des semaines à l’avance le jour exact où ils franchiront le tronçon concerné par ces nouvelles mesures pour pouvoir réserver leur nuitée ?
Et pendant l’UTMB… on réserve son carré d’herbe ?
Pour mesurer l’absurdité de la mesure, imaginons la scène pendant l’UTMB. Un coureur épuisé décide de faire une micro-sieste de 15 minutes sur le bord du sentier pour éviter l’accident. La brigade verte viendra-t-elle lui demander son bon de réservation d’emplacement payant ? On attend avec impatience de voir les contrôleurs verbaliser un traileur au milieu de la nuit au col Ferret.
Au final, ces règles vont pénaliser les usagers libres et autonomes, et donc au passage, nous, traileurs, tout en monétisant le moindre mètre carré de montagne. Pendant ce temps, le transport logistique de bagages pour les groupes touristiques internationaux continuera de tourner à plein régime (simplement recadré par des créneaux horaires).
Une vraie mesure aurait été, par exemple, de supprimer totalement le transport de bagages. Ceux qui viennent du bout du monde pour des TMB clés en main pourront continuer sereinement, tandis que le traileur local devra sortir son porte-monnaie et son agenda. Bref, la surfréquentation marchande des sentiers du TMB a encore de beaux jours devant elle, la liberté est bridée, mais le buisness est préservé.
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