🎧 Depuis quelques jours, les courses de trail réservées aux enfants alimentent un débat passionné.
Un reportage du Monde consacré à l’essor des formats « kids » a déclenché une avalanche de réactions sur les réseaux sociaux. Pour certains, inscrire un enfant à une course en montagne relèverait déjà de la maltraitance. Pour d’autres, il s’agit simplement d’une manière de transmettre le goût du sport et de partager une passion familiale. Comme souvent, la réalité est plus nuancée. Le trail n’est probablement pas le véritable sujet. Ce qui mérite d’être interrogé, c’est la place que prennent parfois les ambitions des parents dans la pratique sportive de leurs enfants.
Il est difficile de répondre à cette question sans nuance. Beaucoup d’enfants prennent un réel plaisir à courir en pleine nature et sont naturellement attirés par le trail parce qu’ils voient leurs parents pratiquer ce sport. Comme dans toutes les familles, ils ont envie de partager une activité avec ceux qu’ils admirent.
Mais cette envie est-elle toujours totalement libre ?
Les enfants cherchent avant tout à faire plaisir à leurs parents. Ils veulent leur ressembler, obtenir leur approbation et partager leurs centres d’intérêt. Dans ces conditions, il est parfois difficile de savoir si l’envie de courir leur appartient réellement ou si elle répond, inconsciemment, aux attentes des adultes.
À partir du moment où un enfant n’ose plus dire qu’il préfère jouer avec ses amis plutôt que s’entraîner, où il continue parce qu’il ne veut pas décevoir ses parents ou où il se sent obligé d’aller au bout d’une course malgré son manque d’envie, le plaisir laisse progressivement place à une forme de pression.
Chez u-Trail, nous avons déjà dénoncé une autre dérive de cette culture de la performance : celle qui consiste à faire patienter de très jeunes enfants pendant des heures sur les lignes d’arrivée des ultras afin qu’ils franchissent les derniers mètres avec leur père ou leur mère pour la photo souvenir. Derrière ces images souvent émouvantes se cache parfois une réalité moins idyllique : des enfants fatigués, qui n’ont rien demandé et deviennent les figurants de l’exploit d’un adulte.
Le véritable enjeu n’est donc pas d’interdire le trail aux enfants, mais de veiller à ce qu’ils restent les acteurs de leurs propres choix. Un enfant doit pouvoir courir… mais aussi avoir le droit de dire qu’il n’a plus envie. C’est sans doute le meilleur indicateur d’une pratique réellement respectueuse de son développement.
Le trail n’a rien d’un sport interdit aux enfants
À lire certains commentaires, on pourrait croire que des enfants de huit ans s’alignent sur des ultras de 100 kilomètres. Il n’en est évidemment rien. Les courses qui leur sont proposées sont très courtes, adaptées à leur âge et encadrées par des recommandations précises. Avant 12 ans, la Fédération française d’athlétisme privilégie d’ailleurs une approche fondée sur le plaisir, le jeu et la découverte, sans classement officiel ni recherche de performance.
Les professionnels de santé tiennent un discours tout aussi rassurant. Le trail ne présente pas davantage de risques que d’autres disciplines lorsque les distances sont adaptées et que l’enfant continue à pratiquer plusieurs sports. Les blessures observées sont comparables à celles rencontrées en athlétisme, en football ou en judo. Ce n’est donc pas la course en pleine nature qui pose problème, mais l’intensité et la répétition d’efforts qui ne seraient pas adaptés à l’âge de l’enfant.
La maltraitance ne commence pas avec un dossard
Employer le mot « maltraitance » peut sembler excessif. Pourtant, il devient pertinent dès lors qu’un enfant ne court plus parce qu’il en a envie, mais parce qu’il ressent l’obligation de répondre aux attentes des adultes.
Le reportage du Monde décrit des enfants qui parlent déjà de temps de passage, de podium ou d’allure au kilomètre, parfois après avoir préparé leur stratégie avec leurs parents. À cet âge, cette logique de résultat devrait pourtant rester secondaire. Lorsqu’un enfant redoute davantage de décevoir son père ou sa mère que de rater sa course, la frontière entre accompagnement et pression commence à devenir floue.
Ce n’est plus alors le trail qui est en cause, mais la manière dont certains adultes vivent, par procuration, les performances de leurs enfants.
Le danger, c’est de vouloir fabriquer un champion trop tôt
Dans de nombreuses familles, le trail est avant tout une activité de partage. Les enfants suivent leurs parents sur les sentiers, découvrent la montagne et ont naturellement envie de participer aux courses qu’ils voient toute l’année. Rien de plus logique.
En revanche, les choses changent lorsque le plaisir laisse progressivement place à une logique de performance. Le dossard devient un objectif, la montre GPS un outil de comparaison, le classement une obsession. L’enfant n’est plus simplement invité à découvrir un sport ; il entre déjà dans un univers où l’on parle d’entraînement, de progression et parfois même de détection par les clubs.
Cette évolution n’est d’ailleurs pas propre au trail. Elle existe depuis longtemps dans le football, la gymnastique, le tennis ou la danse, où certains jeunes sportifs subissent très tôt une pression importante. La différence est que le trail découvre aujourd’hui ces dérives au moment où la discipline connaît un essor spectaculaire chez les plus jeunes.
Les 10 signaux qui doivent alerter les parents
| Situation | Pourquoi cela doit alerter |
|---|---|
| L’enfant participe parce que ses parents le veulent, pas parce qu’il en a envie | La motivation n’est plus personnelle mais imposée. |
| L’enfant a peur de décevoir ses parents s’il abandonne | La pression psychologique prend le pas sur le plaisir. |
| Les résultats et les podiums deviennent plus importants que le plaisir de courir | L’objectif éducatif disparaît au profit de la performance. |
| Les parents imposent un programme d’entraînement rigide | L’enfant perd sa liberté de jouer et de découvrir d’autres activités. |
| L’enfant n’ose plus dire qu’il ne veut pas courir | Son consentement n’est plus réellement libre. |
| Les sorties trail remplacent progressivement les jeux avec les copains | Le sport prend une place excessive dans son quotidien. |
| Les erreurs ou les mauvais résultats entraînent reproches ou déception | L’amour ou la reconnaissance semblent conditionnés aux performances. |
| L’enfant est constamment comparé à d’autres jeunes coureurs | La comparaison devient une source de stress et de perte de confiance. |
| Les réseaux sociaux ou les vidéos des performances de l’enfant deviennent une priorité | L’enfant peut être instrumentalisé pour valoriser l’image des parents. |
| Le trail devient le projet des parents plutôt que celui de l’enfant | Le risque est de faire vivre à l’enfant les ambitions sportives des adultes plutôt que ses propres envies. |
Une image à diffuser
Les enfants ne recherchent pas la même chose que les adultes
L’un des passages les plus révélateurs du reportage est sans doute celui où les journalistes interrogent directement les enfants après leur course. Lorsqu’on leur demande ce qu’ils ont préféré, ils ne parlent ni de leur classement ni de leur chrono. Ils évoquent les descentes, la boue, les copains, les encouragements du public ou encore les bonbons du ravitaillement.
Cette différence de perception est essentielle. Là où certains adultes voient déjà une compétition, les enfants continuent souvent de vivre une aventure. Ils ne cherchent pas à préparer un futur ultra-trail ; ils veulent simplement courir dehors, s’amuser et partager un moment avec leurs amis ou leur famille.
C’est l’argument qui revient le plus souvent : « Un enfant qui court est toujours mieux qu’un enfant assis sur son canapé. »
En réalité, personne ne défend l’idée qu’un enfant devrait passer ses journées devant les écrans. Opposer le trail à la sédentarité est donc un faux débat.
La vraie question n’est pas de savoir s’il faut faire du sport, mais dans quelles conditions un enfant pratique ce sport.
Un enfant n’est pas un adulte en miniature. Il n’a ni les mêmes motivations, ni les mêmes besoins, ni le même rapport à la performance. Son développement passe par le jeu, la découverte, l’improvisation et la diversité des activités. Il doit pouvoir courir un jour, faire du vélo le lendemain, grimper aux arbres, jouer au ballon ou simplement ne rien faire.
Lorsqu’un enfant entre trop tôt dans une logique d’entraînement, de classement, de chrono ou d’objectif sportif fixé par les adultes, on ne lutte plus contre la sédentarité. On remplace simplement une contrainte par une autre.
Le meilleur cadeau que l’on puisse faire à un enfant n’est pas de lui apprendre à devenir performant. C’est de lui laisser le temps d’être… un enfant. C’est souvent à cette condition qu’il deviendra, plus tard, un adulte qui continuera à aimer le sport.
En résumé, la responsabilité appartient avant tout aux parents
Le débat ne devrait donc pas opposer ceux qui autorisent les enfants à faire du trail à ceux qui souhaitent l’interdire. La vraie question est celle de l’attitude des adultes.
Un parent qui inscrit son enfant à une course parce que celui-ci en manifeste l’envie, qui respecte son rythme et accepte qu’il marche, abandonne ou termine dernier ne fait pas preuve de maltraitance. En revanche, celui qui transforme chaque sortie en séance d’entraînement, qui met la pression sur le résultat ou qui projette ses propres ambitions sportives sur son fils ou sa fille prend le risque de dégoûter durablement l’enfant du sport.
Le trail n’est donc pas le problème. Comme dans toutes les disciplines, le danger apparaît lorsque les adultes oublient que l’objectif n’est pas de former un champion à dix ans, mais de donner à un enfant l’envie de continuer à courir toute sa vie.
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