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Clem Qui Court a réussi en 25 heures là où la FFA a échoué en un siècle

8 novembre 2026
dans EDITO
Clem Qui Court

Clément Deffrenne, alias Clem qui court, sur le site des « 25 heures qui courent », organisées les 6 et 7 novembre 2026 dans les Pyrénées-Orientales. Pour sa première édition, cet événement caritatif a mobilisé une audience considérable et permis de récolter près de 1,5 million d’euros au profit de l’association Rêves. Crédit photo : © Instagram @clemquicourt – Capture d’écran

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🎧 Les 6 et 7 novembre 2026, dans les Pyrénées-Orientales, des sportifs professionnels, des créateurs de contenu et des coureurs amateurs ont enchaîné les boucles pendant 25 heures au profit de l’association Rêves, qui réalise les souhaits d’enfants et d’adolescents gravement malades. Inspiré du principe de la backyard, le défi imposait aux participants de terminer un parcours d’environ 5,9 km et 180 m de dénivelé positif avant de repartir à l’heure suivante. Théo Detienne s’est finalement imposé à l’issue de la dernière boucle.

 

Sommaire

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  • La FFA sort d’un déficit de 3,6 millions d’euros et reste confrontée à des polémiques
    • Le PPS payant : une nouvelle source de recettes qui cristallise les critiques
    • Une institution indispensable, mais dont l’action reste parfois peu visible
    • Une enquête judiciaire qui a fragilisé davantage l’image de la FFA
    • Le trail et la FFA : une relation compliquée depuis des années
    • Pourquoi la FFA parle-t-elle de « off-road » plutôt que de trail ?
    • Musique, porte-dossards, bâtons : des règles qui ont parfois suscité l’incompréhension
  • La FFA a pourtant essayé de moderniser son image
  • Le succès des « 25 heures qui courent » soulève néanmoins une question légitime : en transformant une épreuve d’endurance en spectacle suivi par des dizaines de milliers de personnes, ne risque-t-on pas d’encourager une forme de surenchère sportive ?
  • Les chiffres du succès
    • Il a rendu la course à pied intéressante pour des personnes qui ne courent pas
    • Il a réuni plusieurs communautés qui ne se rencontrent presque jamais
    • Il a transformé une épreuve d’endurance en véritable programme de divertissement
    • Il a placé les amateurs au cœur du spectacle
    • Il a donné une dimension caritative à une opération de grande ampleur
    • Il a compris qu’il faut parfois sortir du cadre sportif pour développer un sport
  • Faut-il pour autant considérer Clem qui court comme un concurrent de la FFA ?
  • En résumé, la vraie réussite de Clem qui court est d’avoir donné envie
  • Source

Mais le résultat sportif est presque devenu secondaire face à l’ampleur du phénomène. La première édition a permis de récolter près de 1,5 million d’euros. Sur Twitch, u-Trail avait déjà relevé plus de 101 000 spectateurs simultanés dès le vendredi après-midi. Les statistiques publiées par Streams Charts font même apparaître un pic d’environ 164 000 spectateurs sur la chaîne de Clem qui court pendant l’événement. Il s’agit bien de spectateurs connectés simultanément, et non du nombre total de personnes ayant regardé le direct.

Comment un événement imaginé par un influenceur a-t-il réussi à mobiliser aussi largement autour de la course à pied ? Et surtout, que révèle cette réussite sur la manière dont la FFA s’adresse aujourd’hui aux pratiquants ?

 Écouter le résumé de l’article — Durée totale : 0:57

 

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La FFA a plus d’un siècle d’existence

Fondée le 20 novembre 1920, la Fédération française d’athlétisme (FFA) fêtera ses 106 ans en novembre 2026. Depuis plus d’un siècle, elle structure l’athlétisme français, accompagne les clubs, organise les compétitions et contribue au développement de la course à pied.

C’est ce qui rend la comparaison avec Clem qui court aussi saisissante : d’un côté, une institution forte de plus d’un siècle d’histoire ; de l’autre, un créateur de contenu qui, dès la première édition de son événement, a réussi à fédérer une audience massive autour de la course à pied en seulement 25 heures.

Les missions sont évidemment différentes, mais le contraste interroge sur la capacité des institutions sportives à toucher de nouveaux publics.

La FFA sort d’un déficit de 3,6 millions d’euros et reste confrontée à des polémiques

Le contraste est frappant. Alors qu’un créateur de contenu vient de mobiliser une communauté immense autour d’un événement organisé pour la première fois, la Fédération française d’athlétisme (FFA) traverse une période délicate sur le plan institutionnel, marquée par des difficultés financières et des tensions avec une partie des pratiquants.

La FFA a notamment dû affronter une crise budgétaire importante. Ses comptes pour l’exercice 2024 ont fait apparaître un déficit supérieur à 3,6 millions d’euros, lié notamment à des dépassements de dépenses de fonctionnement, à des charges salariales et à des coûts supplémentaires non anticipés.

La situation a toutefois commencé à se redresser. Lors de son congrès d’avril 2026, la FFA a annoncé un résultat bénéficiaire de 404 000 € pour l’exercice 2025. Ce retour dans le vert constitue une première étape, même si la Fédération doit encore reconstituer ses fonds propres, fragilisés par les pertes précédentes.

Mais ce redressement financier intervient dans un contexte particulier : depuis janvier 2026, la FFA dispose également d’une nouvelle source de recettes directement liée à la participation des coureurs non licenciés aux compétitions.

Le PPS payant : une nouvelle source de recettes qui cristallise les critiques

Depuis le 15 janvier 2026, les coureurs majeurs non licenciés doivent disposer d’un Pass Prévention Santé (PPS), facturé 5 €, pour participer aux compétitions concernées. Ce titre de participation a remplacé l’ancien dispositif gratuit, qui permettait déjà de s’inscrire à une course sans fournir de certificat médical obligatoire.

La FFA présente cette évolution comme un moyen de renforcer la prévention et de mieux accompagner les pratiquants. Pourtant, son introduction soulève une question financière qui mérite d’être examinée.

Lors de son congrès d’avril 2026, la Fédération revendiquait déjà plus d’un million de titres de participation délivrés depuis le lancement du nouveau PPS. À raison de 5 € par titre, cela représente potentiellement plus de 5 millions d’euros de recettes brutes en quelques mois, sous réserve que l’ensemble des titres aient effectivement été facturés au tarif normal.

Il ne s’agit évidemment pas de 5 millions d’euros de bénéfices : les frais de fonctionnement et de gestion du dispositif doivent être pris en compte. Il est également impossible, à ce stade, de mesurer précisément sa contribution au résultat financier de l’exercice 2026.

Mais une interrogation demeure : quelle place cette contribution désormais imposée aux coureurs indépendants occupera-t-elle dans le redressement financier de la FFA ?

Pour une partie des pratiquants, cette mesure ressemble à un impôt déguisé sur la participation aux courses. Le montant de 5 € peut paraître modeste, mais le principe suscite des critiques : pourquoi un coureur qui ne souhaite pas adhérer à un club devrait-il désormais payer la FFA pour participer à une compétition ?

Cette nouvelle dépense intervient alors que le budget consacré au running et au trail ne cesse de faire débat. Inscriptions aux courses, déplacements, hébergement, équipement : les coûts s’accumulent pour les amateurs, qui ont parfois le sentiment de devoir payer toujours davantage pour pratiquer leur passion.

La hausse du prix des dossards constitue notamment un sujet récurrent de mécontentement. Les tarifs sont fixés par les organisateurs et ne peuvent donc pas être directement imputés à la FFA. Néanmoins, dans un environnement où participer à une compétition devient de plus en plus coûteux, l’apparition d’une contribution supplémentaire au profit de la Fédération ne contribue pas à apaiser les relations avec les coureurs indépendants.

Le paradoxe est donc saisissant : pendant que la FFA cherche à restaurer ses équilibres financiers et à renforcer ses liens avec les pratiquants, Clem qui court vient de démontrer qu’il était possible de mobiliser massivement les amateurs de course à pied autour d’un projet fédérateur, spectaculaire et caritatif.

Une institution indispensable, mais dont l’action reste parfois peu visible

La FFA ne se résume évidemment pas à son bilan financier ou au PPS. Elle accompagne les clubs, organise les compétitions, participe à la formation des entraîneurs, structure les disciplines et soutient le haut niveau. Son rôle dans le développement de l’athlétisme français est essentiel.

Elle peut également s’appuyer sur une progression de ses effectifs, puisqu’elle annonçait avoir franchi le seuil de 340 000 licenciés au printemps 2026.

Mais c’est précisément là que se situe le paradoxe : une organisation peut remplir ses missions institutionnelles sans parvenir à susciter l’enthousiasme du grand public. La progression des licences mesure une forme d’adhésion sportive. Elle ne suffit pas à mesurer la capacité à donner envie de courir à quelqu’un qui n’a jamais envisagé de participer à une course.

Et c’est sur ce terrain que Clem qui court vient de réaliser une démonstration particulièrement intéressante.

Une enquête judiciaire qui a fragilisé davantage l’image de la FFA

Les difficultés financières de la Fédération française d’athlétisme ont également connu un prolongement judiciaire.

Le 29 avril 2026, L’Équipe révélait que le parquet de Paris avait ouvert une enquête préliminaire à la suite d’une plainte contre X déposée par la direction de la FFA pour « abus de confiance » et « recel d’abus de confiance ».

Cette procédure vise à examiner d’éventuelles irrégularités dans la gestion financière de la Fédération. Il convient de rappeler qu’une enquête préliminaire ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité et qu’aucune infraction ne peut être considérée comme établie sur cette seule base.

Mais pour une institution déjà confrontée à un déficit de plusieurs millions d’euros, cette affaire a contribué à alimenter les interrogations sur sa gouvernance.

Le contraste avec Clem qui court est d’autant plus frappant : tandis que la FFA doit expliquer ses difficultés financières, un créateur de contenu vient de mobiliser près de 1,5 million d’euros au profit d’une association caritative en seulement 25 heures.

Le trail et la FFA : une relation compliquée depuis des années

Au-delà des finances, les relations entre la FFA et une partie du monde du trail ont régulièrement été marquées par des incompréhensions.

La Fédération est historiquement issue de l’athlétisme sur piste et des disciplines traditionnelles de la course à pied. Le trail s’est développé dans un univers différent, autour de la montagne, de la nature, de l’autonomie et d’organisations souvent indépendantes des clubs fédéraux.

Cette différence de culture sportive explique en partie certaines tensions. Une règle parfaitement adaptée à une compétition sur piste ou à une course sur route ne répond pas nécessairement aux contraintes d’un ultra-trail de plusieurs dizaines d’heures.

La question n’est pas de contester le rôle de la FFA dans l’encadrement des compétitions, mais de s’interroger sur sa capacité à prendre en compte les particularités d’une discipline dont les usages se sont largement construits en dehors de son cadre traditionnel.

Pourquoi la FFA parle-t-elle de « off-road » plutôt que de trail ?

Le vocabulaire employé par la Fédération constitue un exemple révélateur de ce décalage culturel.

À plusieurs reprises, la FFA a utilisé l’appellation « off-road » dans sa communication consacrée aux équipes de France et aux championnats internationaux.

Ce terme, issu de la terminologie des compétitions internationales, regroupe notamment le trail et la course en montagne. Il ne signifie donc pas que la FFA a officiellement supprimé le mot « trail » de son vocabulaire.

Mais cette appellation a suscité des réactions chez les passionnés, pour qui le trail possède une histoire, une identité et des codes propres.

Pourquoi privilégier une expression anglaise aussi générale pour parler d’une discipline que tout le monde connaît déjà sous le nom de trail ?

Cette question peut sembler anecdotique. Elle illustre pourtant une difficulté plus profonde : celle d’une institution qui communique parfois avec ses catégories administratives et sportives, alors que les pratiquants parlent avant tout de leur passion.

Musique, porte-dossards, bâtons : des règles qui ont parfois suscité l’incompréhension

Les controverses réglementaires ont également contribué à entretenir cette distance.

En 2018, u-Trail avait notamment relevé les restrictions concernant les ceintures porte-dossards sur certaines compétitions relevant de la réglementation fédérale. Pour les traileurs, habitués à utiliser cet accessoire avec leur sac d’hydratation, cette règle apparaissait particulièrement éloignée des réalités de leur pratique.

Depuis, la réglementation a évolué. Le texte applicable en 2026 autorise explicitement les ceintures porte-dossards en trail, en course en montagne et en ultrafond, à condition que le numéro reste visible.

Autre sujet ayant provoqué des discussions : l’écoute de musique pendant les compétitions. La FFA a longtemps appliqué des règles restrictives concernant les dispositifs susceptibles d’apporter une aide aux athlètes.

Or, sur un ultra-trail, écouter de la musique peut aussi constituer un moyen de supporter la monotonie, la fatigue et les longues heures passées sur les sentiers.

Là encore, les règles ont changé : en 2026, la réglementation FFA tolère l’écoute de musique sous la responsabilité du participant, tout en rappelant les risques liés à une moindre perception de l’environnement.

Quant aux bâtons de trail, leur utilisation reste soumise aux règlements des différentes compétitions. Ils sont autorisés sur de nombreux trails, mais certaines courses ou certains championnats les interdisent, notamment pour des raisons de sécurité ou d’équité sportive.

Ces restrictions ne sont donc pas toutes décidées directement par la FFA. Elles illustrent néanmoins les difficultés que peuvent rencontrer les instances sportives lorsqu’elles cherchent à harmoniser les règles de pratiques très différentes.

Au fil des années, ces débats ont contribué à installer chez certains traileurs le sentiment que leur discipline était encadrée par une institution qui n’en partageait pas toujours les usages.

La FFA a pourtant essayé de moderniser son image

La Fédération française d’athlétisme n’est pas restée inactive face à l’évolution des pratiques.

Elle a multiplié les initiatives destinées à rendre l’athlétisme et la course à pied plus accessibles : le Run 2K Challenge, qui invite le grand public à courir 2 km pour découvrir les clubs, la Journée nationale de la marche nordique, ou encore les opérations de découverte de l’athlétisme destinées aux enfants.

En 2025, ces 3 opérations avaient mobilisé 872 clubs, selon les chiffres communiqués par la FFA. La Fédération travaille également sur de nouveaux services numériques pour les pratiquants du running.

Les initiatives existent donc, et certaines rencontrent un véritable succès auprès des clubs. Mais aucune n’a déclenché un engouement médiatique comparable à celui des « 25 heures qui courent ».

C’est toute la différence entre organiser des opérations de promotion sportive et créer un événement que des dizaines de milliers de personnes ont spontanément envie de regarder pendant des heures.

La FFA sait mobiliser son réseau associatif. Clem qui court a démontré qu’il savait aussi mobiliser des spectateurs, y compris ceux qui ne s’intéressaient pas auparavant à la course à pied.

En un siècle, la FFA a construit une institution sportive. En 25 heures, Clem qui court a créé un phénomène populaire. Les deux réussites sont différentes, mais la seconde pourrait donner quelques idées à la première.

Le succès des « 25 heures qui courent » soulève néanmoins une question légitime : en transformant une épreuve d’endurance en spectacle suivi par des dizaines de milliers de personnes, ne risque-t-on pas d’encourager une forme de surenchère sportive ?

La question mérite d’être posée, mais cette évolution n’a pas commencé avec Clem qui court. Depuis plusieurs années, le monde du running et du trail multiplie les défis toujours plus longs, les records, les aventures extrêmes et les compétitions qui repoussent les limites physiques des participants. Les réseaux sociaux ont amplifié leur visibilité, mais ils n’ont pas inventé cette recherche de dépassement.

Dans ce contexte, la FFA pourrait précisément jouer un rôle de garde-fou, en accompagnant les pratiquants, en encourageant la prévention et en contribuant à définir un cadre adapté aux risques de chaque discipline.

Encore faudrait-il pouvoir mesurer l’efficacité de ses propres dispositifs.

Depuis avril 2024, le certificat médical obligatoire a été remplacé, pour les coureurs majeurs non licenciés, par le Parcours Prévention Santé, devenu un Pass payant en janvier 2026. Plusieurs décès survenus en compétition ont depuis relancé les interrogations sur les conditions de participation aux courses.

Ces drames ne permettent toutefois pas d’établir que le nouveau dispositif aurait provoqué une augmentation des décès. Il manque des statistiques officielles comparables pour déterminer si le risque a réellement évolué depuis la suppression du certificat médical obligatoire.

La véritable question est donc celle-ci : comment la FFA peut-elle évaluer l’efficacité de sa politique de prévention et accompagner l’évolution des pratiques, alors que les défis sportifs sont de plus en plus médiatisés ?

Car l’enjeu n’est pas d’opposer systématiquement les institutions aux créateurs de contenu. Il est de permettre à des événements capables de susciter un immense enthousiasme, comme les « 25 heures qui courent », de contribuer durablement au développement de la course à pied, tout en préservant la sécurité des participants.

Les chiffres du succès

Clem qui court a compris quelque chose que la FFA peine encore à exploiter

Il a rendu la course à pied intéressante pour des personnes qui ne courent pas

Le premier enseignement des « 25 heures qui courent » est peut-être le plus important : pour attirer un nouveau public vers le running, il n’est pas indispensable de lui parler immédiatement de performance sportive.

Une partie des spectateurs n’avait probablement jamais regardé une épreuve de trail pendant plusieurs heures. Certains connaissaient les créateurs de contenu présents, d’autres les sportifs professionnels, et beaucoup ont découvert les participants au fil du direct.

Ils sont venus suivre une personnalité, une aventure collective, des moments de fatigue ou des séquences amusantes. Ils sont restés pour voir jusqu’où les coureurs iraient.

Dans les réactions suscitées par l’événement, des personnes habituellement éloignées de la course à pied ont même exprimé leur envie de se mettre à courir. Ces témoignages ne permettent évidemment pas d’affirmer que l’épreuve entraînera une hausse mesurable de la pratique. Mais ils montrent que le spectacle sportif peut éveiller une curiosité nouvelle.

Donner envie de courir à quelqu’un qui ne s’intéressait pas au running : voilà un objectif majeur pour toute organisation souhaitant développer ce sport.

Il a réuni plusieurs communautés qui ne se rencontrent presque jamais

Le casting constituait une autre force de l’événement. Des figures reconnues du trail ont partagé le terrain avec des personnalités issues d’univers très différents.

Cette rencontre a créé des passerelles entre plusieurs publics. Les passionnés de trail ont découvert des créateurs de contenu. Les communautés de ces derniers ont été exposées à des athlètes de haut niveau, à leurs performances et à leurs contraintes physiques.

Le principe paraît simple, mais il répond à une difficulté bien connue du sport traditionnel : toucher des personnes qui ne fréquentent ni les clubs, ni les compétitions, ni les médias spécialisés.

En associant des univers différents, Clem qui court a multiplié les portes d’entrée vers son événement. Chaque participant apportait son histoire, ses références et potentiellement une partie de sa communauté.

Le running devenait ainsi un point de rencontre plutôt qu’un univers réservé à ceux qui en maîtrisent déjà les codes.

Il a transformé une épreuve d’endurance en véritable programme de divertissement

Une course de 25 heures peut paraître interminable pour un spectateur peu habitué au trail. L’intérêt de la retransmission était justement de ne pas se limiter aux kilomètres parcourus.

Caméras embarquées, discussions entre participants, séquences de repos, réactions à chaud, moments de découragement et rebondissements ont nourri un récit continu.

Les coureurs n’étaient pas seulement des noms sur un classement. Ils devenaient des personnages que les spectateurs pouvaient apprendre à connaître, encourager et retrouver d’une heure à l’autre.

Cette manière de raconter le sport correspond aux habitudes des publics des plateformes de streaming : une expérience collective, des interactions, de l’humour et des moments imprévisibles.

Le format a ainsi permis de rendre accessible une discipline qui peut sembler austère lorsqu’elle est présentée uniquement à travers des résultats ou des statistiques.

Il a placé les amateurs au cœur du spectacle

L’autre choix intéressant concernait la place accordée aux coureurs non professionnels.

Les « 25 heures qui courent » n’étaient pas exclusivement réservées aux athlètes les plus connus. Des membres de la communauté de Clem qui court ont également pu prendre part au défi.

Ce mélange a contribué à construire un événement dans lequel le spectateur pouvait plus facilement se projeter.

Un champion capable d’enchaîner les kilomètres impressionne. Un amateur qui lutte contre la fatigue, repart malgré les difficultés et tente de dépasser ses limites peut susciter une autre forme d’identification.

Les deux dimensions sont complémentaires. Elles permettent de rappeler qu’il existe plusieurs façons de vivre la course à pied, du loisir à la compétition de haut niveau.

Cette ouverture mérite d’être soulignée à une époque où certains discours donnent parfois l’impression qu’il faudrait déjà être performant pour avoir sa place dans le monde du running.

Il a donné une dimension caritative à une opération de grande ampleur

Le résultat de la collecte constitue évidemment l’un des éléments majeurs de cette première édition.

En réunissant près de 1,5 million d’euros pour l’association Rêves, l’événement a démontré la capacité de mobilisation financière d’une communauté construite autour d’un créateur de contenu.

Il serait néanmoins naïf d’ignorer sa dimension commerciale. Des partenaires ont contribué à l’opération, les marques ont bénéficié d’une exposition importante et l’événement reposait sur une production audiovisuelle ambitieuse.

Cette réalité n’annule pas la portée de la collecte. Elle pose plutôt une question : faut-il opposer systématiquement spectacle, marketing et engagement caritatif ?

Une opération peut parfaitement servir plusieurs objectifs : soutenir une association, promouvoir une discipline, valoriser des partenaires et renforcer la notoriété de son organisateur.

Ce qui compte, c’est la transparence sur le fonctionnement de l’événement, sur la place accordée aux partenaires et sur les sommes réellement destinées à la cause soutenue.

Il a compris qu’il faut parfois sortir du cadre sportif pour développer un sport

La FFA raisonne naturellement en nombre de licenciés, en clubs, en performances, en compétitions et en dispositifs de développement. Ces indicateurs sont nécessaires à sa mission.

Clem qui court a choisi une autre approche : proposer une aventure suffisamment accessible et spectaculaire pour intéresser des personnes qui n’avaient aucune raison de regarder une course d’endurance.

Ce déplacement du regard change tout. La course à pied n’est plus seulement une activité à pratiquer ou une performance à mesurer : elle devient aussi une histoire que l’on a envie de suivre.

Les institutions sportives auraient probablement intérêt à observer cette évolution. Non pour abandonner leurs missions, mais pour apprendre à mieux raconter ce qu’elles font déjà.

Faut-il pour autant considérer Clem qui court comme un concurrent de la FFA ?

Comparer les deux modèles présente une limite importante.

Une fédération sportive doit assurer des missions de long terme : encadrer des disciplines, accompagner les clubs, former, réglementer et organiser les compétitions. Un créateur de contenu peut, lui, concentrer des moyens importants sur un événement ponctuel, sans supporter les mêmes obligations.

Les « 25 heures qui courent » ne remplacent donc ni les clubs, ni les entraîneurs, ni les bénévoles qui font vivre la course à pied toute l’année.

Inversement, l’existence de cette infrastructure sportive ne suffit pas à expliquer à elle seule l’engouement pour le direct de Clem qui court. La réalisation audiovisuelle, le casting, l’animation et la mobilisation de sa communauté ont joué un rôle déterminant.

Il serait également excessif de considérer que les nouveaux pratiquants attirés par les influenceurs le seraient nécessairement au détriment des clubs. Rien n’empêche qu’une personne découvre la course à pied grâce à une vidéo, puis rejoigne une association sportive locale quelques semaines plus tard.

Les deux univers peuvent donc se renforcer mutuellement.

En résumé, la vraie réussite de Clem qui court est d’avoir donné envie

Il reste possible de critiquer les « 25 heures qui courent » : leur dimension très commerciale, la place considérable occupée par les influenceurs, les choix de mise en scène ou encore leur éloignement des codes traditionnels du trail.

Ces interrogations sont légitimes. Un événement caritatif, aussi populaire soit-il, n’échappe pas au regard critique.

Mais il serait tout aussi difficile de nier ce que cette première édition a accompli : réunir des athlètes et des personnalités d’Internet, attirer une audience massive, proposer 25 heures de spectacle autour de la course à pied et mobiliser près de 1,5 million d’euros pour une association.

La FFA dispose d’une histoire, d’un réseau de clubs et d’un savoir-faire sportif que Clem qui court n’a pas vocation à remplacer. Le créateur de contenu possède en revanche une compétence dont les institutions sportives pourraient s’inspirer : transformer la pratique sportive en une aventure collective capable de toucher ceux qui ne courent pas encore.

Au fond, la question n’est peut-être pas de savoir si Clem qui court fait mieux que la FFA. Elle est de comprendre pourquoi une initiative privée, dès sa première édition, a réussi à provoquer un tel enthousiasme.

Parce qu’avant de chercher à recruter un licencié, encore faut-il parfois réussir à donner envie à quelqu’un de chausser une paire de baskets.

 

 

Source

Question qui risque de fâcher :

Est-ce qu’un influenceur qui rassemble des milliers de personnes autour d’un événement running ne fait pas parfois davantage pour la popularisation de notre sport qu’une fédération entière ou une organisation de course bien établie ?

Je parle de visibilité, pas de formation ni d’encadrement.

Débat ouvert.

— MicRunning_TV (@lavoieducoureur) November 8, 2026


 

Mention éditoriale : Cet article est un éditorial qui reflète exclusivement l’analyse et les opinions de u-Trail.

Nous ne connaissons personnellement ni Clément Deffrenne (Clem qui court), ni les dirigeants de la Fédération française d’athlétisme (FFA). Nous n’entretenons aucune relation personnelle, commerciale ou financière avec les parties concernées et ne déclarons aucun conflit d’intérêts. Clem qui court n’a été ni consulté ni associé à la rédaction de cet article et ne saurait être tenu responsable des opinions qui y sont exprimées. Notre analyse est menée en toute indépendance, dans le cadre de notre liberté éditoriale.

 

 

 

Axelle Anne, fondatrice de u-TrailAuteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.

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Garmin ne renoncera pas au MIP malgré l’engouement pour les écrans AMOLED
Gemini 4 Carbon, la nouvelle intelligence artificielle de Google, pourrait à terme transformer les fonctionnalités des montres GPS et l’analyse des entraînements en trail. Crédit photo : Google DeepMind.
Gemini 4 Carbon : la nouvelle IA de Google inquiète déjà Garmin
Illustration : une montre GPS de trail affichant une carte topographique et le symbole d’une mise à jour logicielle. Garmin déploie plusieurs correctifs destinés à améliorer la fiabilité de ses fonctions cartographiques.
La dernière mise à jour Garmin améliore la cartographie de ses montres de trail gratuitement

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