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Présenté comme une nouveauté, le format 2026 du THP Winter repose sur un principe particulièrement simple : courir deux fois exactement le même parcours. Une formule qui facilite la logistique et améliore le confort des participants, mais qui interroge sur la conception même de l’ultra-trail, traditionnellement associé à la traversée de grands espaces.
Le THP Winter 2026 transforme son ultra-trail de 100 km en deux tours de 50 km
Du 20 au 22 novembre 2026, le THP Winter organisera sa cinquième édition à Saint-Étienne-les-Orgues, dans les Alpes-de-Haute-Provence.
Pour cette nouvelle édition, l’organisation a profondément modifié ses parcours autour de la montagne de Lure.
Le principe repose désormais sur deux circuits :
- Une boucle longue de 50,42 km et 2 270 m de dénivelé positif.
- Une boucle courte de 35,45 km et 1 610 m de dénivelé positif.
Les participants du W100 devront effectuer deux fois la grande boucle, soit 101 km et 4 540 m de dénivelé positif. Ceux du W70 répéteront deux fois le parcours de 35,45 km.
Autrement dit, après 50 kilomètres d’effort sur le W100, les coureurs reviendront exactement à leur point de départ avant de repartir sur les mêmes sentiers, les mêmes montées et les mêmes descentes.
Une formule qui rappelle davantage le principe d’un circuit à répéter que celui d’une grande traversée en montagne.
L’ultra-trail en boucle n’a pourtant rien d’une invention
Dans une publication consacrée à l’événement, Esprit Trail Magazine annonce que le THP Winter « invente l’ultra en boucle ».
Une présentation qui a immédiatement suscité des réactions.
Car les courses d’ultra-endurance organisées sur des circuits répétés existent depuis longtemps.
La Barkley Marathons, aux États-Unis, repose notamment sur cinq boucles successives. En France, la Chartreuse Terminorum applique également ce principe.
Plus récemment, le format des 24 heures du Ventoux imaginé par Sébastien Raichon proposait lui aussi plusieurs boucles autour d’une base de vie commune, même si les parcours n’étaient pas tous identiques.
La nouveauté du THP Winter concerne donc son propre fonctionnement, et non une innovation dans l’histoire de l’ultra-trail.
Il faut néanmoins souligner une différence importante avec les courses horaires disputées sur de petits circuits : ici, une boucle représente plus de 50 kilomètres en montagne. Les participants ne tourneront pas autour d’un stade.
Reste que le principe est bien celui d’un retour au point de départ pour recommencer le même parcours.
Derrière l’argument écologique, une organisation plus simple
Pour justifier cette évolution, les organisateurs mettent en avant une compétition plus conviviale et un meilleur respect de l’environnement.
La centralisation des départs, des arrivées et de la base de vie à Saint-Étienne-les-Orgues présente effectivement plusieurs avantages.
Elle permet de limiter certains déplacements logistiques, de regrouper les moyens matériels et humains et de faciliter l’accès des accompagnants aux coureurs.
En novembre, lorsque les températures peuvent devenir particulièrement basses sur la montagne de Lure, disposer d’une véritable base de vie à mi-course constitue aussi un avantage concret pour les participants.
Mais cette organisation répond également à une logique de rationalisation.
Multiplier les points d’assistance, transporter du matériel sur différents secteurs et mobiliser des bénévoles dans plusieurs endroits demandent des moyens importants.
Le système en boucles permet de centraliser une partie de ces ressources.
C’est un choix parfaitement compréhensible pour un organisateur.
En revanche, sans bilan environnemental comparatif, il est impossible d’affirmer que ce nouveau dispositif réduit effectivement l’empreinte écologique globale de l’événement. Il pourrait limiter certains déplacements, mais l’ampleur du bénéfice reste à démontrer.
Courir deux fois au même endroit : une autre conception du trail
La question dépasse pourtant les seules considérations logistiques.
Pour beaucoup de pratiquants, le trail représente aussi une manière de découvrir un territoire, de progresser à travers des paysages différents et de rejoindre une arrivée après avoir parcouru un itinéraire.
Sur un parcours répété deux fois, cette dimension change.
Le coureur connaît déjà les difficultés qui l’attendent. À mi-course, il retrouve son point de départ, ses accompagnants et éventuellement ses affaires.
Puis il doit repartir pour une deuxième ascension des mêmes pentes.
Cette répétition peut devenir un défi mental à part entière. Elle peut aussi constituer un frein psychologique pour ceux qui apprécient justement l’idée d’avancer vers une destination.
Le choix n’est donc pas neutre : il modifie l’expérience sportive proposée.
Cela ne retire rien à la difficulté de l’épreuve. Parcourir 101 kilomètres avec 4 540 mètres de dénivelé positif sur la montagne de Lure à la fin du mois de novembre reste un défi exigeant, quel que soit le dessin du parcours.
Mais la difficulté physique ne suffit pas à rendre tous les formats équivalents en matière d’expérience.
En résumé, les traileurs doivent-il s’adapter aux contraintes des organisateurs ?
C’est finalement la question que soulève cette nouvelle formule.
Les organisateurs de trails doivent composer avec des contraintes financières, humaines, environnementales et réglementaires de plus en plus nombreuses. Mutualiser les infrastructures et simplifier les dispositifs d’assistance peut être une réponse pragmatique.
Encore faut-il présenter cette évolution pour ce qu’elle est.
Le THP Winter ne révolutionne pas l’ultra-trail. Il adopte un format déjà connu, avec des avantages logistiques réels et des conséquences sur l’expérience des participants.
Certains coureurs apprécieront de retrouver leurs proches à mi-parcours, de disposer de leurs affaires et de mieux anticiper la seconde moitié de leur course.
D’autres regretteront de devoir parcourir deux fois les mêmes sentiers, avec le sentiment de tourner en rond.
Au fond, ce qui est présenté comme une innovation ressemble surtout à une nouvelle manière d’organiser une course de montagne : moins de dispersion logistique, davantage de centralisation et deux passages au même endroit.
Une formule qui a ses qualités, mais qui n’a rien de révolutionnaire.
Et qui pose une question : à force de vouloir rendre les ultras plus faciles à organiser, ne risque-t-on pas de perdre une partie de ce qui fait justement l’attrait du trail, cette impression d’avancer, de traverser et de découvrir ?
Sources
- règlement officiel et présentation du THP Winter 2026 ;
- publication et échanges publics d’Esprit Trail Magazine.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.








