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🎧 Aurélien Dunand-Pallaz vient de traverser le GR20 en 27 h 29, entre Calenzana et Conca, les 24 et 25 septembre 2026.
Le traileur savoyard de 33 ans, vainqueur notamment de la Hardrock 100 et de la Diagonale des Fous, améliore de 2 h 17 min 20 s le précédent chrono de François D’Haene, établi seulement deux mois plus tôt en 29 h 46 min 20 s.
Sur environ 166 kilomètres et plus de 12 000 mètres de dénivelé positif, la performance physique est immense et personne ne peut sérieusement contester la vitesse à laquelle Aurélien Dunand-Pallaz a traversé la montagne corse.
Mais depuis son arrivée à Conca, le débat ne porte plus seulement sur son chrono. Certains saluent un exploit historique, tandis que d’autres s’interrogent sur l’intérêt de traverser aussi rapidement l’un des plus beaux sentiers de Corse, sur le niveau d’assistance dont il a bénéficié, sur la comparaison avec une véritable compétition ou même sur l’utilisation du mot « record ».
Derrière des réactions parfois excessives, plusieurs questions méritent pourtant d’être posées.
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Problème n°1 : ce « record du GR20 » est un record assisté
C’est probablement le premier élément à comprendre lorsqu’on parle du chrono réalisé par Aurélien Dunand-Pallaz. Le Français n’a pas traversé le GR20 seul avec l’ensemble de sa nourriture, de son eau et de son matériel sur le dos, puisque sa tentative relevait de la catégorie « supported », c’est-à-dire assistée.
Il disposait d’une organisation conséquente, avec plusieurs pacers de très haut niveau qui se sont relayés à ses côtés, tandis que son entourage assurait notamment les ravitaillements et une partie de la logistique nécessaire à une tentative de cette ampleur.
Il n’y a là aucune irrégularité puisque ce type d’assistance est précisément autorisé par les règles du Fastest Known Time. Dans la catégorie « supported », les accompagnateurs peuvent même transporter du matériel pour le coureur, tant qu’ils ne le portent pas, ne le poussent pas et ne le tirent pas.
La difficulté tient donc moins au règlement qu’à la manière dont la performance est présentée au grand public. Dire simplement qu’Aurélien Dunand-Pallaz a « fait le GR20 en 27 h 29 » peut laisser penser qu’il s’agit d’une traversée individuelle comparable à celle d’un traileur parti seul avec son équipement. Or il s’agit plus précisément d’un FKT masculin assisté sur le GR20, une nuance essentielle pour comprendre les conditions dans lesquelles le chrono a été réalisé.
Problème n°2 : plus l’assistance augmente, plus on s’éloigne du trail traditionnel
Le deuxième débat touche directement à l’identité même du trail. Cette discipline s’est historiquement construite autour d’une certaine autonomie, ou au minimum d’une semi-autonomie, qui oblige les coureurs à porter une partie de leur matériel, gérer leur alimentation, remplir leurs flasques, résoudre leurs problèmes et accepter de perdre du temps lorsqu’un incident survient.
Dans le cadre d’un FKT assisté, la logique est différente puisque toute l’organisation vise au contraire à supprimer autant que possible les contraintes extérieures afin que l’athlète puisse consacrer son énergie à une seule chose : avancer le plus vite possible.
Pacers, ravitaillements préparés, suivi GPS, stratégie, accompagnement et équipe logistique constituent alors une véritable structure autour du coureur. L’effort physique reste évidemment celui d’Aurélien Dunand-Pallaz, mais la manière de produire la performance s’éloigne d’un ultra-trail couru en semi-autonomie.
Cette évolution n’a rien d’illégal et fait même partie du principe de la catégorie « supported ». Elle montre simplement qu’à mesure que les FKT se professionnalisent, il devient de plus en plus important de distinguer les différentes formes de pratique au lieu de les regrouper sous le seul mot « trail ».
Problème n°3 : les chronos sont réalisés dans des conditions différentes
Comparer deux performances sur un FKT est également plus compliqué qu’il n’y paraît, car contrairement à une course traditionnelle, les candidats ne partent pas le même jour, à la même heure et dans les mêmes conditions.
Sur une compétition, tous les favoris doivent composer avec la météo du jour, la même température, le même état du terrain et les mêmes contraintes horaires. Sur un FKT, le coureur peut au contraire attendre une fenêtre particulièrement favorable avant de déclencher sa tentative, ce qui fait pleinement partie de la stratégie.
Aurélien Dunand-Pallaz s’est ainsi élancé fin septembre, après avoir choisi une période météorologique favorable, ce qui lui a notamment permis d’éviter une partie des fortes chaleurs susceptibles de toucher le GR20 en plein été. François D’Haene avait, lui, établi son précédent chrono le 9 juillet.
L’heure de départ joue également un rôle puisque le Français a commencé sa traversée à 5 heures du matin, modifiant ainsi la répartition des secteurs parcourus de jour et de nuit.
Cette capacité à choisir le moment idéal fait partie du jeu du FKT, mais elle signifie qu’une comparaison entre deux chronos ne porte jamais uniquement sur la valeur respective de deux coureurs. Elle implique aussi la météo, l’état du terrain, la stratégie, l’organisation logistique et parfois des conditions d’assistance différentes.
Problème n°4 : même la distance du GR20 devient difficile à expliquer
Il suffit de demander la longueur du GR20 pour voir apparaître plusieurs chiffres : 160 kilomètres, 166, 175 ou parfois près de 180 kilomètres selon les sources, les tracés utilisés et les variantes prises en compte.
La plateforme Fastest Known Time présente sa route de référence autour de 160 kilomètres pour environ 12 000 mètres de dénivelé positif, tandis que la tentative d’Aurélien Dunand-Pallaz a largement été annoncée autour de 166 kilomètres. De nombreux guides de randonnée évoquent de leur côté un parcours proche de 180 kilomètres.
Cette différence ne signifie évidemment pas que le recordman aurait raccourci le parcours. Elle rappelle simplement qu’un itinéraire de randonnée peut évoluer, comporter des variantes et produire des distances différentes selon les outils GPS ou les traces retenues.
Pour comparer deux FKT, il ne suffit donc pas de regarder le temps final : il faut également vérifier que les athlètes ont suivi la même route de référence.
Le grand public retient un nom simple, le GR20, alors que derrière cette appellation se cache une réalité géographique nettement plus complexe.
Problème n°5 : ce n’est pas une course officielle
Aurélien Dunand-Pallaz n’a pas gagné une édition du GR20 pour une raison simple : il n’existe pas de course annuelle réunissant les meilleurs spécialistes de ce sentier sur une même ligne de départ.
Un FKT, pour Fastest Known Time, correspond au meilleur temps connu et validé sur un itinéraire défini. La plateforme spécialisée vérifie les traces GPS et les différents éléments fournis afin de déterminer si une performance peut être reconnue. Le GR20 appartient d’ailleurs aux « Premier Routes », pour lesquelles les exigences de documentation sont renforcées.
Le système est donc organisé et codifié, mais il ne fonctionne pas comme une compétition sportive classique. Chaque coureur choisit son moment, son organisation et, selon la catégorie, le niveau d’assistance dont il souhaite bénéficier.
Il n’existe ni peloton, ni départ commun, ni météo identique pour tous les candidats au record. Le chrono mesure donc très précisément la manière la plus rapide connue de parcourir cet itinéraire dans une catégorie d’assistance donnée, ce qui n’est pas exactement la même chose que désigner le « meilleur coureur de l’histoire du GR20 ».
Problème n°6 : la professionnalisation des FKT pose aussi la question antidopage
C’est évidemment le sujet le plus sensible, et il convient de poser immédiatement une limite très claire : rien ne permet d’accuser Aurélien Dunand-Pallaz de dopage.
Le Français appartient d’ailleurs au groupe cible de l’Agence française de lutte contre le dopage, ce qui implique des obligations de localisation permettant notamment la réalisation de contrôles hors compétition.
La question dépasse donc largement son cas personnel. Elle concerne plutôt l’évolution générale des FKT, qui prennent désormais la forme de véritables opérations sportives et médiatiques impliquant des athlètes professionnels, des équipementiers, des sponsors, des équipes d’assistance et parfois d’importantes productions de contenus.
La plateforme Fastest Known Time contrôle principalement la validité sportive de la performance, à travers les traces GPS et différents éléments de preuve, mais son rôle n’est pas celui d’une agence antidopage.
À mesure que ces chronos gagnent en importance dans la carrière, l’image et la communication commerciale des meilleurs traileurs, la question d’un cadre antidopage spécifique pourrait donc se poser de plus en plus sérieusement. Non parce qu’il faudrait suspecter chaque recordman, mais parce que la valeur d’un record dépend également de la transparence des conditions dans lesquelles il a été établi.
Problème n°7 : le héros est seul sur l’affiche, beaucoup moins sur le terrain
Lorsque l’on parle du record du GR20, un seul nom apparaît naturellement : celui d’Aurélien Dunand-Pallaz. Pourtant, derrière ses 27 h 29 se trouve également toute une équipe qui a participé à la réussite du projet.
Une dizaine de pacers se sont relayés autour de lui, parmi lesquels plusieurs excellents traileurs, tandis que d’autres personnes se chargeaient des ravitaillements, du suivi de sa progression et de l’ensemble de la logistique.
Personne n’a évidemment couru les 166 kilomètres à sa place, et certains accompagnateurs ont même parfois eu du mal à tenir son rythme, ce qui donne une idée de la vitesse imposée sur le terrain. Il n’empêche que l’image romantique du traileur solitaire traversant la montagne ne correspond pas vraiment à ce type de tentative.
Un FKT assisté de très haut niveau ressemble désormais davantage à une opération collective organisée autour d’un seul athlète. Le coureur reste celui qui réalise l’exploit, mais son environnement est optimisé pour qu’il puisse exprimer son potentiel au maximum.
Le rappeler ne diminue en rien la performance d’Aurélien Dunand-Pallaz ; cela permet simplement de raconter plus précisément les conditions dans lesquelles elle a été construite.
Problème n°8 : courir le GR20 en 27 heures, est-ce encore « faire le GR20 » ?
C’est sans doute la critique qui revient le plus souvent chez ceux qui considèrent le GR20 avant tout comme une grande randonnée : pourquoi traverser aussi vite un territoire que beaucoup viennent justement découvrir lentement ?
Certains regrettent qu’en courant jour et nuit à cette vitesse, Aurélien Dunand-Pallaz n’ait presque pas le temps de contempler les paysages, d’observer la faune ou de vivre cette immersion corse recherchée par ceux qui parcourent le GR20 pendant une ou deux semaines.
Sportivement, l’argument atteint rapidement ses limites, puisque rien n’oblige un randonneur à courir et rien n’interdit à un athlète de transformer ce même sentier en terrain de performance. Les deux pratiques peuvent parfaitement cohabiter.
Cette opposition révèle néanmoins deux visions presque contraires du GR20. Pour les uns, il s’agit d’une expérience faite de refuges, de rencontres, de levers de soleil, de fatigue et de paysages, tandis que pour les spécialistes du FKT, ce même itinéraire devient un parcours chronométré sur lequel chaque minute peut être gagnée.
Les premiers cherchent parfois à prolonger l’expérience le plus longtemps possible, quand les seconds veulent au contraire réduire le temps passé entre Calenzana et Conca. Il n’est donc pas surprenant que ces deux cultures de la montagne aient parfois du mal à se comprendre.
Problème n°9 : il aurait peut-être pu laisser respirer le record de François D’Haene
C’est évidemment le problème le plus subjectif de cette liste, puisqu’aucune règle ne prévoit qu’un record doive bénéficier d’une période de tranquillité avant d’être attaqué. Aurélien Dunand-Pallaz avait parfaitement le droit de tenter sa chance en septembre et son projet était préparé depuis longtemps. Il n’empêche que François D’Haene venait tout juste d’établir ses 29 h 46 sur le GR20, le 9 juillet 2026, en devenant le premier homme à passer sous la barre des trente heures.
À peine deux mois et demi plus tard, ce chrono historique a déjà été effacé de plus de deux heures. Dunand-Pallaz aurait donc pu attendre quelques mois, voire la saison suivante, sans que cela change grand-chose à la valeur sportive de son projet. Cela aurait simplement laissé davantage de temps au record de François D’Haene pour exister, être célébré et s’installer dans l’histoire du GR20 avant d’être à son tour dépassé. Ce n’est ni une faute ni une irrégularité, seulement une question de timing et, pour certains, d’élégance sportive.
Problème n°10 : finalement, aucun de ces « problèmes » n’en est vraiment un
C’est peut-être finalement le point le plus important de cet article : à bien y regarder, la plupart des problèmes que l’on vient d’énumérer n’empêchent absolument pas Aurélien Dunand-Pallaz d’avoir réalisé une performance exceptionnelle. L’assistance est autorisée par le règlement, le choix de la météo fait partie de la stratégie d’un FKT, les pacers sont permis, le tracé est identifié, le chrono est documenté et personne n’oblige un randonneur du GR20 à apprécier ce type de tentative. Même le débat sur le timing par rapport au record de François D’Haene reste une appréciation totalement subjective.
Ce qui transforme aujourd’hui chacun de ces éléments en « problème », ce sont surtout les réseaux sociaux, où une performance sportive devient immédiatement un prétexte à opposer les coureurs aux randonneurs, les puristes aux professionnels, les amateurs d’autonomie aux défenseurs des records assistés. Les commentaires vont parfois jusqu’à contester l’utilité même de courir vite sur le GR20, comme si une seule manière de vivre la montagne devait être considérée comme légitime. Le véritable problème n’est donc peut-être ni le record, ni Aurélien Dunand-Pallaz, ni même le FKT : c’est cette mécanique permanente des réseaux sociaux qui transforme chaque exploit en polémique et chaque différence de pratique en procès.
En résumé, Aurélien Dunand-Pallaz a utilisé les règles existantes sans les contourner. Il a choisi une excellente fenêtre météorologique, constitué une équipe performante, reconnu minutieusement le terrain et exploité toutes les possibilités offertes par la catégorie « supported ».
Ensuite, il a fait ce qui restait à faire : courir extraordinairement vite pendant plus de 27 heures sur l’un des sentiers les plus exigeants de France.
Le problème apparaît surtout lorsque cette performance complexe est résumée par trois mots : « record du GR20 ».
Derrière cette formule se cachent en réalité une catégorie d’assistance précise, une route FKT de référence, une météo choisie, une équipe importante et des règles très différentes de celles d’une compétition traditionnelle.
Le 27 h 29 d’Aurélien Dunand-Pallaz reste une performance physique exceptionnelle. Mais pour comprendre exactement ce qu’il vient de réaliser, il faudrait théoriquement parler du meilleur temps connu masculin en catégorie assistée sur la route FKT de référence du GR20.
C’est forcément moins spectaculaire qu’un simple « record du GR20 ». Mais c’est beaucoup plus précis.
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