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GR20 : le record de ces jeunes filles âgées d’une dizaine d’années va relancer le débat sur l’exploitation des enfants dans le trail par leurs parents

5 septembre 2026
dans EDITO
GR20

Emma (à gauche) et Olga (à droite), ont traversé la Corse en sept jours. Une première pour des enfants de leurs âges. Photo Léa Govin Source : Dauphine Libere

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🎧 À seulement 9 et 10 ans, Emma et Olga Malet viennent de traverser le GR20 en Corse en 7 jours, 6 heures et 46 minutes.

 Écouter le résumé de l’article — Durée totale : 0:48

 

Sommaire

Toggle
  • Le GR20 en une semaine à 9 et 10 ans
    • A quel moment une aventure familiale devient-elle une recherche de performance ?
  • Le débat habituel
    • « C’est toujours mieux que de rester sur un canapé »
    • « C’est toujours mieux que de trainer dans la rue « 
  • Pourquoi certains parents poussent-ils leurs enfants aussi loin ?
  • En résumé, le trail n’a pas besoin de ça
  • En résumé, cette famille a déjà un autre defi en tête 
  • Lire aussi

 

Une performance hors norme qui force l’admiration, mais qui pose aussi une question de plus en plus présente dans le trail : jusqu’où des parents peuvent-ils accompagner leurs enfants dans la recherche de records et de performances d’endurance ?

 

Les deux jeunes Grenobloises ont parcouru cet été l’un des itinéraires de montagne les plus exigeants de France avec leurs parents. Le GR20, généralement accompli en douze à seize jours par les randonneurs, a été bouclé par la famille en un peu plus de sept jours. Leur temps améliore celui attribué jusque-là à un garçon québécois de 8 ans, même si ce « record » ne bénéficie d’aucune reconnaissance officielle.

Le GR20 en une semaine à 9 et 10 ans

Emma et Olga découvrent la montagne depuis leur enfance. Escalade, alpinisme, randonnée, ski de fond ou snowboard font partie de leurs activités. Elles pratiquent également le trail au sein de la Grenoble Trail School et participent déjà à des compétitions organisées par leur club.

Le passage sur le GR20 change pourtant complètement d’échelle.

Les deux enfants prennent le départ le 9 juillet avec leurs parents et enchaînent les étapes avec des réveils à 5 heures du matin, de fortes chaleurs et un dénivelé important. Olga reconnaît elle-même que conserver le rythme a parfois été difficile. Leur père, David Malet, explique de son côté qu’il savait ses filles capables d’accomplir ce parcours.

Au terme de l’aventure, le chronomètre affiche
7 jours, 6 heures et 46 minutes.

Une performance considérable pour deux enfants qui viennent seulement d’entrer en CM2 et en sixième.

A quel moment une aventure familiale devient-elle une recherche de performance ?

C’est là que cette histoire dépasse le simple récit d’une traversée familiale.

Faire découvrir la montagne à ses enfants, marcher avec eux ou partager une passion sportive constitue évidemment une chose. Organiser un parcours extrêmement exigeant en cherchant un rythme permettant de battre une référence chronométrique en constitue une autre.

La frontière peut devenir très mince entre l’accompagnement d’un enfant passionné et la projection des ambitions sportives des adultes sur cet enfant.

Dans le cas d’Emma et Olga, aucun élément disponible ne permet d’affirmer qu’elles ont subi une contrainte ou qu’elles ont été forcées à poursuivre. Au contraire, leur témoignage montre aussi des moments de plaisir : paysages, baignades en rivière et vie familiale occupent une place importante dans leur récit. Leur père raconte même qu’elles conservent beaucoup d’énergie après les étapes.

Le débat reste pourtant légitime.

 

Le débat habituel

 

« C’est toujours mieux que de rester sur un canapé »

La première critique à cet article sera facile à anticiper : à une époque où la sédentarité des enfants inquiète, voir deux jeunes filles pratiquer la montagne, marcher, courir et passer du temps dehors peut sembler être une excellente nouvelle.

Et sur ce point, difficile de dire le contraire.

Oui, il vaut mieux voir des enfants découvrir la montagne que passer leurs journées devant un écran. Oui, le sport transmet des valeurs, développe l’autonomie et permet de partager du temps en famille. Oui encore, beaucoup de parents rêveraient de voir leurs enfants prendre autant de plaisir à pratiquer une activité physique.

« C’est toujours mieux que de trainer dans la rue « 

On pourra aussi objecter qu’ailleurs, certains enfants grandissent avec beaucoup moins d’encadrement, passent leurs journées dehors sans véritable projet sportif ou disposent simplement de moins d’occasions de pratiquer une activité structurée.

La promotion du sport chez les jeunes constitue d’ailleurs depuis plusieurs années un enjeu majeur de santé publique.

Mais aucune de ces remarques ne répond réellement à la question posée ici.

Le débat ne consiste pas à savoir s’il faut laisser les enfants faire du sport. Il consiste à savoir à quel moment une pratique sportive familiale devient une logique de performance adulte appliquée à des enfants.

Faire du trail à 9 ou 10 ans ne pose pas le même sujet que rechercher un temps sur le GR20, comparer ce temps à celui d’un autre enfant et parler de record.

C’est précisément là que se situe la frontière.

Personne ne reproche à Emma et Olga d’aimer courir, marcher ou vivre des aventures en montagne avec leurs parents. Leur parcours sportif peut même donner envie à beaucoup de familles de sortir davantage et de pratiquer ensemble.

La question commence lorsque le vocabulaire change : record, chrono, référence à battre, prochaine performance.

À cet âge, le sport doit-il déjà fonctionner selon les codes de la compétition adulte ?

C’est cette question que leur traversée du GR20 remet sur la table.

 

Pourquoi certains parents poussent-ils leurs enfants aussi loin ?

Psychologiquement, plusieurs mécanismes peuvent expliquer pourquoi certains parents investissent très fortement la réussite sportive de leur enfant. Il peut d’abord y avoir une forme de projection : l’adulte voit dans les performances de son enfant la prolongation de ses propres rêves, de ses propres frustrations ou de son identité sportive. La réussite de l’enfant devient alors, parfois inconsciemment, une réussite familiale.

Il peut aussi exister une recherche de valorisation sociale. Un enfant qui réalise quelque chose d’exceptionnel attire l’attention, suscite l’admiration et distingue la famille. Dans un univers comme le trail, où les exploits, les records et les aventures hors normes sont très valorisés, cette reconnaissance peut encourager à fixer rapidement un nouveau défi.

Autre mécanisme possible : l’habituation progressive. Une famille très sportive peut ne plus percevoir une sortie longue, un gros dénivelé ou plusieurs journées d’effort comme quelque chose d’exceptionnel. Ce qui paraît énorme vu de l’extérieur devient simplement « normal » à l’intérieur du cercle familial. Le risque apparaît lorsque les limites de l’enfant finissent par être évaluées avec les standards physiques et mentaux des adultes.

Enfin, il existe parfois une confusion entre accompagner et pousser. Un enfant peut réellement aimer courir, gagner et relever des défis tout en cherchant aussi à faire plaisir à ses parents. À 9 ou 10 ans, ces deux motivations peuvent parfaitement coexister. C’est précisément pour cette raison que la question est complexe : le fait qu’un enfant affirme aimer une activité ne suffit pas toujours, à lui seul, à déterminer quelle part du projet vient réellement de lui.

Rien ne permet d’affirmer que ces mécanismes sont à l’œuvre dans le cas d’Emma et Olga. Mais leur performance pose une question plus générale au monde du trail : lorsqu’un enfant réalise un exploit qui ressemble à ceux recherchés par les adultes, qui désire vraiment la performance — l’enfant, ses parents, ou toute la famille ?

En résumé, le trail n’a pas besoin de ça

Le trail souffre déjà d’une forme de surenchère permanente. Toujours plus long. Toujours plus haut. Toujours plus rapide. Toujours plus extrême.
Les adultes ont déjà transformé une partie de la pratique en course au kilométrage, au dénivelé, aux records, aux FKT et aux performances hors norme. Il faut désormais courir 100 kilomètres, puis 160, puis 200, puis traverser un massif entier pour continuer à impressionner.

Et maintenant, cette logique commence à toucher les enfants.
Dès qu’un jeune boucle une distance inhabituelle, la mécanique du sport adulte se met en place : âge, chrono, record précédent, record battu, prochain défi. L’aventure devient une performance. La performance devient un contenu. Puis il faut déjà trouver quelque chose d’encore plus spectaculaire.
C’est précisément cette escalade qui pose problème.

Le trail n’a pas besoin de savoir quel enfant sera le plus jeune à traverser le GR20, lequel fera le tour du Mont-Blanc le plus vite ou lequel terminera le premier un ultra avant l’adolescence.

Un enfant de 9 ou 10 ans n’a rien à prouver au monde du trail.

Il peut courir, marcher, grimper, découvrir la montagne, passer dix heures dehors et vivre une aventure extraordinaire avec ses parents sans que cette expérience ait besoin d’être transformée en record.

Car plus ces performances précoces sont valorisées, plus elles risquent de devenir une nouvelle norme sociale dans certaines familles sportives. Après les adultes qui comparent leurs index UTMB, leurs chronos et leurs distances, verra-t-on bientôt des parents comparer les exploits de leurs enfants ?

Le plus jeune sur le GR20. Le plus rapide sur le tour du Mont-Blanc. Le premier à boucler 100 kilomètres. Le plus gros dénivelé avant 12 ans.

Cette perspective devrait au minimum interroger.

Le trail a déjà suffisamment de mal à résister à sa propre fuite en avant. Il n’a probablement aucun intérêt à exporter cette obsession de la performance vers les enfants.

Le vrai luxe, à cet âge, devrait peut-être rester beaucoup plus simple : courir parce qu’on en a envie, s’arrêter quand on en a assez, regarder le paysage, jouer, et rentrer sans avoir battu personne.

En résumé, cette famille a déjà un autre defi en tête 

Après cette traversée de la Corse, la réflexion porte déjà sur un prochain défi d’envergure. Le tour du Mont-Blanc est notamment évoqué pour les années à venir.

Encore une fois, rien ne permet de remettre en cause le plaisir que prennent Emma et Olga à évoluer en montagne.

Mais leur performance sur le GR20 ouvre un débat qui concerne l’ensemble du trail.

À partir de quel âge une performance d’endurance peut-elle devenir un objectif ? Quelle place le chronomètre doit-il occuper dans la pratique sportive d’un enfant ? Et surtout, comment s’assurer que le défi reste celui de l’enfant plutôt que celui de ses parents ?

Le record d’Emma et Olga impressionne.

Il rappelle aussi que, lorsqu’il s’agit d’enfants, la performance sportive ne devrait jamais être la seule chose que l’on regarde.

Lire aussi

  • A 11 ans elle pulvérise une course de montagne
  • Pourquoi les courses enfants posent un vrai problème moral dans le running
  • Le problème des parents maltraitants qui forcent leurs enfants à faire du trail

 

Mention éditoriale

Cet article relève d’un débat d’intérêt général sur la place de la performance, du record et de la recherche d’exploit chez les enfants dans les sports d’endurance.

Il ne vise pas à mettre en cause personnellement les parents d’Emma et Olga, ni à leur prêter des intentions qui ne sont pas établies. Rien dans les éléments dont nous disposons ne permet d’affirmer qu’ils cherchent à exploiter leurs filles, à les contraindre ou à tirer un bénéfice particulier de leur performance.

Le terme « exploitation » employé dans le titre renvoie donc à un débat plus large sur les dérives possibles du sport pratiqué très jeune, et non à une qualification factuelle du comportement de cette famille.

L’objectif est de poser une question qui dépasse largement ce cas particulier : jusqu’où des adultes peuvent-ils accompagner un enfant dans une logique de record, de chronomètre ou de performance exceptionnelle sans importer dans son univers les codes et la surenchère du sport adulte ?

La performance d’Emma et Olga sert ici de point de départ à cette réflexion. Elle ne constitue pas, à elle seule, la preuve d’une pression parentale, d’une instrumentalisation ou d’une quelconque maltraitance.

Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.

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Tags: enfantgr20auteur : Axelle Anne
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