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đ§ Ă premiĂšre vue, lâidĂ©e paraĂźt contradictoire.
Plus une distance est longue, plus la performance semble difficile Ă amĂ©liorer. Pourtant, lorsquâon parle de records sur des itinĂ©raires dâultra-endurance, la durĂ©e change complĂštement la maniĂšre de gĂ©rer lâeffort. Sur plusieurs semaines, une mauvaise journĂ©e peut parfois ĂȘtre absorbĂ©e, alors que sur un parcours bouclĂ© en moins de trois jours, quelques heures perdues peuvent suffire Ă faire disparaĂźtre toute chance de record.
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Sur lâultra-long, une mauvaise journĂ©e peut encore se rattraper
La grande diffĂ©rence entre une tentative de quelques dizaines dâheures et un record qui se joue sur plusieurs semaines tient Ă la maniĂšre dont le corps peut absorber les pĂ©riodes de fatigue. Sur un itinĂ©raire trĂšs long, une mauvaise journĂ©e reste pĂ©nalisante, mais elle ne condamne pas forcĂ©ment lâensemble de la tentative.
Un coureur peut ralentir pendant plusieurs heures, décider de dormir davantage, récupérer puis retrouver de meilleures sensations le lendemain ou quelques jours plus tard. Le temps perdu reste évidemment inscrit au chronomÚtre, mais il existe encore suffisamment de kilomÚtres et de journées pour retrouver une dynamique plus favorable.
Cette marge de manĆuvre devient beaucoup plus faible lorsque toute la tentative dure moins de trois jours. Quelques heures supplĂ©mentaires de sommeil, une grosse baisse de rĂ©gime ou un passage Ă vide reprĂ©sentent alors immĂ©diatement une part importante du temps total. Il reste surtout beaucoup moins de temps pour revenir au niveau prĂ©vu.
Câest tout le paradoxe de lâultra-long : plus lâĂ©preuve dure, plus la fatigue cumulative devient difficile Ă gĂ©rer, mais plus le coureur dispose aussi de temps pour traverser une mauvaise pĂ©riode et reconstruire son effort.
Exemple : sur le John Muir Trail, chaque heure perdue coûte beaucoup plus cher
Le John Muir Trail permet de mesurer cette contrainte. François DâHaene dĂ©tient depuis 2017 le FKT masculin supported dans le sens sud-nord avec 2 jours, 19 heures et 26 minutes. Il avait alors amĂ©liorĂ© de plus de douze heures la marque prĂ©cĂ©dente de Leor Pantilat et Ă©tait devenu le premier Ă passer sous les trois jours.
Son chrono reprĂ©sente environ 67 h 26 dâeffort. Ă cette Ă©chelle, perdre deux ou trois heures reprĂ©sente dĂ©jĂ une part trĂšs importante de la tentative. Une mauvaise nuit ou plusieurs heures passĂ©es Ă une allure largement infĂ©rieure Ă celle prĂ©vue peuvent donc peser trĂšs lourd, car le coureur nâaura ensuite quâun ou deux jours pour essayer de compenser.
Câest prĂ©cisĂ©ment ce quâAntoine ClĂ©ment devra gĂ©rer lorsquâil tentera, le 18 septembre, de battre la rĂ©fĂ©rence de François DâHaene. Sur prĂšs de 340 kilomĂštres, il devra limiter les arrĂȘts et conserver une continuitĂ© dâeffort trĂšs Ă©levĂ©e, car une vĂ©ritable journĂ©e « sans » serait presque impossible Ă effacer avant lâarrivĂ©e.
Exemple : sur le Pacific Crest Trail, le record se construit sur plus de 45 jours
Le Pacific Crest Trail place au contraire le coureur dans une logique beaucoup plus longue. Sur plus de 4 000 kilomÚtres, la performance se construit sur plusieurs semaines, avec des journées forcément différentes les unes des autres.
En juillet 2026, Aurélien Sanchez avait parcouru le PCT en 45 jours, 20 heures et 11 minutes. Un mois plus tard, Nick Fowler terminait en 45 jours, 17 heures et 47 minutes, soit seulement 2 heures et 24 minutes de moins.
Cette diffĂ©rence paraĂźt minuscule rapportĂ©e Ă la durĂ©e totale de lâeffort. Elle reprĂ©sente environ 0,22 % du chrono dâAurĂ©lien Sanchez.
La comparaison doit toutefois rester prudente : les deux performances nâappartiennent pas exactement Ă la mĂȘme catĂ©gorie FKT. Sanchez Ă©voluait en supported, Fowler en self-supported, et les sens de parcours diffĂ©raient Ă©galement. Lâexemple reste nĂ©anmoins intĂ©ressant pour comprendre ce que reprĂ©sentent quelques heures sur une tentative qui dĂ©passe quarante-cinq jours.
Sur un format aussi long, une mauvaise journĂ©e peut ĂȘtre suivie dâune meilleure. Un coureur peut accepter de rĂ©duire son allure ou dâallonger son sommeil lorsquâil sent que la fatigue devient trop importante, puis retrouver davantage de vitesse quelques jours plus tard. La performance se construit alors beaucoup moins sur la rĂ©gularitĂ© parfaite que sur la capacitĂ© Ă gĂ©rer les fluctuations de lâorganisme.
En rĂ©sumĂ©, plus la distance sâallonge, plus la gestion compte dans le record
Câest lĂ que la diffĂ©rence entre le John Muir Trail et le Pacific Crest Trail devient vraiment intĂ©ressante. Sur moins de trois jours, chaque heure compte presque immĂ©diatement. Sur plus de six semaines, le coureur dispose davantage de temps pour adapter son effort et rĂ©partir diffĂ©remment les moments de rĂ©cupĂ©ration.
Cette durĂ©e supplĂ©mentaire multiplie aussi les endroits oĂč quelques minutes peuvent ĂȘtre gagnĂ©es. Les ravitaillements, le sommeil, les changements de matĂ©riel, les transitions ou simplement la capacitĂ© Ă repartir rapidement chaque jour finissent par peser lourd lorsquâils sont rĂ©pĂ©tĂ©s pendant quarante ou cinquante jours.
Le record ne dĂ©pend donc plus seulement de la vitesse de dĂ©placement. Sur lâultra-long, il dĂ©pend aussi de la maniĂšre dont le coureur parvient Ă gĂ©rer les moments oĂč son corps rĂ©pond moins bien, Ă Ă©viter que les passages Ă vide ne durent trop longtemps et Ă retrouver ensuite un niveau dâeffort suffisant.
Cette souplesse ne rend Ă©videmment pas un Pacific Crest Trail plus facile. Parcourir plus de 4 000 kilomĂštres reste une entreprise beaucoup plus Ă©prouvante quâune traversĂ©e de 300 ou 400 kilomĂštres. La fatigue cumulative, les douleurs, les problĂšmes digestifs, les pieds et le manque de sommeil deviennent au contraire des contraintes permanentes.
Mais il faut distinguer la difficultĂ© de terminer lâĂ©preuve de la difficultĂ© dâamĂ©liorer une rĂ©fĂ©rence chronomĂ©trique. Plus lâeffort sâĂ©tale dans le temps, plus le coureur dispose de possibilitĂ©s pour absorber une mauvaise pĂ©riode, rĂ©cupĂ©rer puis retrouver un rythme supĂ©rieur.
Câest ce qui rend la comparaison avec Antoine ClĂ©ment particuliĂšrement parlante. Sur le John Muir Trail, quelques heures perdues pourraient suffire Ă compromettre son objectif face aux 2 jours, 19 heures et 26 minutes de François DâHaene. Sur le Pacific Crest Trail, une mauvaise journĂ©e reste pĂ©nalisante, mais elle peut encore ĂȘtre replacĂ©e dans une tentative qui en compte plus de quarante.
VoilĂ pourquoi un record de 4 000 kilomĂštres peut parfois laisser davantage de marge quâun record sur 300 kilomĂštres : non pas parce que lâeffort est plus facile, mais parce que la durĂ©e laisse davantage de temps pour gĂ©rer, rĂ©cupĂ©rer et repartir.
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