Sur l’UTMB, un homme accompagne Caitlin Fielder dans les derniers mètres de la CCC (elle est cinquième)
Les faits sont assez simples. Caitlin Fielder venait de boucler la CCC en cinquième position féminine après 12 h 25 de course lorsqu’un homme extérieur à la compétition est entré dans le couloir d’arrivée et a parcouru avec elle les derniers mètres.
La traileuse néo-zélandaise a ensuite expliqué sur les réseaux sociaux qu’elle avait été surprise par la situation et qu’elle ne savait pas vraiment comment réagir sur le moment.
Elle attendait particulièrement cette arrivée, autant après les heures passées sur le parcours qu’après une saison déjà riche, et souhaitait pouvoir profiter de sa cinquième place.
Caitlin Fielder a surtout relevé une contradiction avec la rigueur habituelle de l’UTMB World Series.
Selon elle, alors que l’organisation impose de nombreuses règles aux participants, empêcher une personne étrangère à la course de pénétrer dans le couloir d’arrivée devrait constituer une mesure assez élémentaire. L’organisation de l’UTMB a réagi directement sous sa publication en qualifiant la situation d’« inacceptable » et en reconnaissant qu’elle aurait dû pouvoir profiter seule de son arrivée. Jusque-là, rien de très compliqué : une finisheuse contrariée, une organisation qui reconnaît un problème et un spectateur qui aurait mieux fait de rester derrière les barrières.
C’est ensuite que les réseaux sociaux ont fait leur œuvre.
Pour beaucoup d’internautes, le problème est d’abord qu’il s’agit d’un homme
Une grande partie des réactions a immédiatement donné une lecture beaucoup plus large à la scène.
Plusieurs commentaires se résument à « Toujours un homme », tandis que d’autres reprennent la formule devenue courante sur les réseaux sociaux : « Not all men but always men ». Une internaute estime même : « Il aurait jamais fait ça à un homme ».
Une autre présente directement la scène comme celle d’un homme venant gâcher le moment d’une femme. À partir de quelques secondes de vidéo, l’incident est donc devenu pour certains le symbole d’un comportement masculin beaucoup plus général : besoin d’occuper l’espace, envie d’être au centre de l’attention ou difficulté à laisser une femme profiter seule de son moment. On peut partager cette interprétation ou la trouver franchement excessive. Une chose reste certaine : rien dans les éléments disponibles ne permet de connaître les motivations de l’homme ni d’affirmer qu’il aurait agi différemment avec un coureur masculin.
Le « syndrome du personnage principal »
Une autre lecture revient régulièrement et paraît déjà plus directement liée aux images : celle du spectateur qui veut absolument participer à un moment qui ne lui appartient pas.
Plusieurs internautes évoquent ainsi le « syndrome du personnage principal », expression utilisée sur les réseaux sociaux pour désigner quelqu’un qui se comporte comme si tout ce qui se déroule autour de lui devait forcément l’inclure.
C’est finalement le reproche le plus simple à comprendre. Après plus de douze heures de course, Caitlin Fielder arrivait à Chamonix pour terminer cinquième de la CCC. Le spectateur, lui, n’avait parcouru ni les kilomètres ni le dénivelé de l’épreuve, mais il s’est tout de même retrouvé sur les images de l’arrivée. Pas très élégant.
La question de la sécurité
Parmi toutes les réactions, certaines soulèvent toutefois un point beaucoup plus concret : comment une personne qui ne participait pas à la course a-t-elle pu entrer aussi facilement dans le couloir d’arrivée ?
« Et la sécurité était où ? », demande une internaute. Une autre parle simultanément d’un « gros manque de respect » et d’un « gros manque de sécurité », en s’interrogeant sur la possibilité même de laisser une telle scène se produire.
Sur ce point, la remarque est difficile à balayer. Le couloir d’arrivée est justement l’un des espaces les plus facilement contrôlables d’une course de trail. Il rassemble les coureurs, les photographes, les bénévoles et parfois une foule importante. Qu’un spectateur puisse s’y glisser et courir plusieurs mètres auprès d’une athlète pose donc une question d’organisation, même si l’épisode est resté parfaitement anodin.
L’UTMB présente ses excuses, mais certains réclament déjà davantage
L’UTMB a donc reconnu que l’incident n’aurait pas dû se produire et présenté ses excuses à l’athlète. Pour certains internautes, cela reste insuffisant. Une réaction demande par exemple si l’organisation envisage des poursuites, une plainte ou une autre action contre l’homme, jugé identifiable sur les images.
Cette polémique dit aussi quelque chose de l’ego de la finisheuse ?
Il y a enfin un autre angle, beaucoup moins présent dans les commentaires : celui de Caitlin Fielder elle-même.
Sa frustration est compréhensible. Après plus de douze heures de course et une cinquième place sur la CCC, elle voulait profiter de son arrivée comme elle l’avait imaginée.
Mais le trail reste aussi un sport populaire, couru au milieu des spectateurs, des bénévoles et parfois d’un joyeux désordre. Une ligne d’arrivée n’est pas un studio photo privatisé.
À écouter certaines réactions, quelques secondes passées avec un inconnu dans le cadre auraient presque suffi à gâcher douze heures de course et une superbe cinquième place. On peut aussi considérer que cela donne beaucoup d’importance à une image d’arrivée.
L’homme n’avait rien à faire dans le couloir, c’est évident. Mais vouloir absolument disposer seul de ces quelques mètres pose aussi une question assez moderne : à quel point l’arrivée est-elle devenue une mise en scène personnelle que rien ni personne ne doit venir perturber ?
Caitlin Fielder avait le droit d’être agacée. Cela n’oblige pas pour autant tout le monde à considérer l’incident comme grave.
Et avec un peu de recul, ce type qui débarque de nulle part dans l’un des moments les plus solennels de sa course donne surtout à la scène un côté assez cocasse.
En résumé, c’est quand même beaucoup de bruit pour pas grand-chose
Oui, cet homme n’avait rien à faire là. Oui, Caitlin Fielder avait parfaitement le droit de vouloir franchir tranquillement la ligne après plus de douze heures de course. Oui, l’UTMB doit probablement mieux contrôler son couloir d’arrivée. Pour le reste, on peut aussi conserver un minimum de proportion. Personne n’a été blessé. La course de Caitlin Fielder n’a évidemment pas été remise en cause. Son classement n’a pas changé. L’homme a couru quelques secondes à ses côtés, avec un comportement surtout maladroit et assez ridicule. Les réseaux sociaux ont ensuite réussi à transformer cette petite intrusion en débat sur les hommes, les femmes, la sécurité, le respect, la domination de l’espace et quasiment la marche du monde. Ça va. Il n’y a pas mort d’homme. Et, avec un peu de recul, la scène était surtout assez absurde — voire franchement marrante.
Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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