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Le dernier finisher de l’UTMB 2026 a franchi la ligne d’arrivée complètement penché sur le côté, déclenchant immédiatement les mêmes réactions que chaque fois qu’un ultra-traileur termine dans un état visuellement impressionnant : pourquoi continuer ainsi, pourquoi ne pas s’arrêter, et jusqu’où peut-on pousser son corps pour devenir finisher ?
Ces questions peuvent s’entendre, mais elles deviennent beaucoup plus discutables lorsqu’elles se transforment en diagnostic médical à distance. Car une posture spectaculaire ne permet pas, à elle seule, de connaître l’état de santé réel d’un coureur. Et pendant que certains internautes débattaient de son allure, Ben Dhiman et Baptiste Chassagne, premier et deuxième de l’UTMB, ont choisi une autre manière de regarder cette arrivée : ils étaient présents à Chamonix pour l’accueillir.
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L’image du dernier finisher a immédiatement relancé le même débat
L’UTMB 2026 a pris son départ à Chamonix le vendredi 28 août à 19 h 45. Ben Dhiman a remporté la course en 18 h 16 min 29 s, devant Baptiste Chassagne, deuxième en 18 h 47 min 38 s. À l’autre extrémité du classement, le dernier finisher a eu besoin de près de 46 heures pour boucler son tour du Mont-Blanc.
Lorsqu’il entre dans Chamonix, l’image marque immédiatement les esprits : son corps apparaît très fortement incliné sur le côté et sa démarche semble totalement déséquilibrée. Il n’en faut pas davantage pour que les réseaux sociaux s’enflamment. Certains internautes estiment qu’un coureur ne devrait plus continuer dans une telle posture, tandis que d’autres se demandent quel plaisir il peut encore y avoir à terminer de cette façon et considèrent qu’il faut savoir s’arrêter avant d’en arriver là.
Ce type de réaction revient presque systématiquement lorsque les images d’un ultra montrent un coureur épuisé ou très diminué. Le problème, c’est qu’elles reposent souvent sur un raccourci : parce qu’un corps paraît dégradé, on en déduit aussitôt que le coureur est en danger, qu’il souffre anormalement ou qu’il aurait dû abandonner.
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L’état de santé du dernier finisher de l’UTMB a suscité la polémique
parce qu’il arrive tout penché
Ce que montrent les images ne fait guère de doute : le coureur avance avec une forte inclinaison latérale. En revanche, elles ne permettent absolument pas de savoir ce qui provoque cette posture ni, surtout, de connaître son état médical réel.
Dans les commentaires, plusieurs explications ont été avancées. Certains évoquent la déshydratation, d’autres une fatigue musculaire importante ou encore une perte de stabilité du bassin. D’autres internautes mentionnent la fatigue des muscles stabilisateurs, les contraintes accumulées dans les dévers et les descentes ou encore une compensation mécanique liée à des appuis devenus asymétriques.
Toutes ces pistes peuvent sembler plausibles, mais elles restent précisément ce qu’elles sont : des hypothèses formulées à partir d’une vidéo. Sans examen médical, sans connaître les sensations du coureur et sans disposer d’informations sur son état physiologique à ce moment précis, impossible de transformer ces suppositions en certitudes.
C’est d’ailleurs là que se situe une partie du malentendu. Une démarche très impressionnante peut correspondre à une fatigue musculaire extrême sans pour autant signaler une urgence vitale. À l’inverse, un coureur capable de marcher parfaitement droit peut très bien rencontrer un problème physiologique beaucoup plus sérieux et beaucoup moins visible. L’apparence seule ne suffit donc pas pour juger de la gravité d’une situation.
Mais attention, ce n’est pas un problème car sur les très longues distances, le corps finit parfois par trouver des compensations étonnantes
L’ultra-endurance produit régulièrement des attitudes corporelles qui peuvent paraître inquiétantes à ceux qui les découvrent. Après plusieurs dizaines d’heures d’effort, des milliers d’appuis, des montées, des descentes et des kilomètres passés sur des terrains irréguliers, la mécanique du corps peut profondément se modifier.
Certains groupes musculaires fatiguent davantage que d’autres, la foulée se raccourcit, le bassin perd en stabilité et le corps cherche parfois des positions de compensation pour continuer à avancer. Dans les commentaires, un internaute raconte ainsi avoir observé des postures extrêmement inclinées sur d’autres épreuves d’ultra-endurance, notamment sur route, avec des participants qui retrouvaient ensuite une posture normale après la course.
Cet exemple ne permet évidemment pas d’expliquer le cas précis du dernier finisher de l’UTMB. Il montre simplement qu’une posture visuellement très dégradée après plusieurs dizaines d’heures d’effort n’est pas un phénomène totalement inédit dans l’univers de l’ultra. Surtout, elle ne constitue pas automatiquement la preuve qu’un athlète est incapable de continuer ou qu’il met sa santé en danger immédiat.
Le détail de ces polémiques
« Pourquoi continuer dans cet état ? » : la question est légitime, la réponse beaucoup moins évidente
C’est probablement la critique qui revient le plus souvent : pourquoi poursuivre lorsqu’on se retrouve à marcher de cette manière ?
La réponse tient en partie à ce qui rend justement l’ultra-trail difficile à comprendre depuis l’extérieur. Sur ce type de course, la frontière entre fatigue extrême et impossibilité réelle de continuer n’est pas toujours évidente. Un coureur peut être profondément épuisé, avancer lentement, boiter ou adopter une posture inhabituelle tout en restant parfaitement lucide, capable de s’alimenter, de prendre des décisions et de poursuivre sans signe médical imposant l’arrêt.
Cela ne signifie évidemment pas qu’il faut continuer coûte que coûte. Certaines situations imposent au contraire d’abandonner, et savoir renoncer fait pleinement partie de l’expérience de l’ultra. Mais cette décision ne peut pas être prise sérieusement par un spectateur qui regarde quelques secondes d’images sur son téléphone.
Entre l’apparence d’un coureur, son ressenti, les observations des bénévoles présents sur le parcours et, si nécessaire, l’évaluation d’un médecin, il existe une différence considérable. C’est précisément cette nuance qui disparaît lorsque les commentaires se résument à : « il aurait dû s’arrêter ».
Son niveau a lui aussi été remis en cause
Une autre critique concerne son UTMB Index. Dans les commentaires, un internaute affirme que le dernier finisher possédait 461 points d’index et considère qu’un niveau aussi faible rendait son engagement sur l’UTMB déraisonnable.
Là encore, ce raisonnement mérite d’être nuancé. Un index permet de situer le niveau de performance d’un coureur à partir de ses résultats, mais il ne résume ni son expérience personnelle, ni sa capacité à gérer un effort très long, ni sa stratégie, ni son endurance mentale. Il ne permet pas davantage de prédire exactement comment son organisme réagira après trente, quarante ou quarante-cinq heures d’effort.
Le fait qu’il ait terminé ne prouve pas pour autant que sa préparation était idéale ou que son choix de prendre le départ était forcément raisonnable. Il montre simplement qu’un chiffre ne suffit pas à raconter toute une course, et encore moins à expliquer l’état d’un athlète dans ses derniers mètres.
Ben Dhiman et Baptiste Chassagne ont choisi de regarder cette arrivée autrement
Pendant que certains internautes analysaient sa posture et débattaient de l’opportunité d’aller au bout, deux hommes ont offert une autre lecture de cette dernière arrivée : Ben Dhiman et Baptiste Chassagne étaient présents à Chamonix pour accueillir le dernier finisher.
Le vainqueur avait terminé sa course près de vingt-huit heures auparavant, et son dauphin pouvait lui aussi avoir quitté les lieux depuis longtemps. Ils ont pourtant choisi d’être là au moment où le dernier coureur rejoignait enfin la ligne d’arrivée.
Le geste a largement marqué les internautes. L’un d’eux résume parfaitement la scène en soulignant que « le premier et le deuxième présents pour accueillir le dernier » offrent une image particulièrement symbolique, tandis qu’un autre rappelle qu’il ne faudrait jamais oublier ce que représente déjà le simple fait de terminer l’UTMB, que l’on soit premier ou dernier.
D’autres commentaires parlent d’« humanité » et saluent le geste des deux champions.
Cette image raconte finalement peut-être davantage l’ultra-trail que toutes les discussions autour de la posture du dernier finisher.
Premier en 18 heures, dernier en près de 46 heures : deux courses opposées, une même ligne d’arrivée
Ben Dhiman et le dernier finisher ont évidemment vécu deux expériences presque impossibles à comparer. L’un évolue parmi les meilleurs ultra-traileurs mondiaux et boucle l’UTMB en un peu plus de 18 heures, tandis que l’autre reste sur le parcours pendant près de 46 heures.
Le niveau, la vitesse et le classement les séparent totalement. Pourtant, au moment de franchir la ligne, cette différence disparaît presque pendant quelques secondes. Le premier est là pour accueillir le dernier, et cette scène donne une dimension particulière à une course que l’on raconte habituellement à travers ses podiums, ses records et ses performances.
Dans une discipline qui revendique souvent des valeurs de partage et de communauté, voir les deux premiers attendre le dernier possède une portée symbolique forte. D’autant plus forte, finalement, que cette arrivée a précisément déclenché autant de jugements.
Notre avis : le vrai problème commence lorsqu’on transforme une image en diagnostic
Il est parfaitement normal que cette arrivée interpelle. Voir un coureur avancer avec le corps aussi fortement penché après près de 46 heures d’effort pose forcément des questions sur la fatigue, les limites du dépassement de soi et la manière dont l’ultra-trail met parfois le corps à rude épreuve.
En revanche, il existe une vraie différence entre s’interroger et conclure qu’un coureur est en danger ou qu’il aurait dû abandonner simplement parce que son allure semble inquiétante. À partir de quelques secondes d’images, nous ne connaissons ni son ressenti, ni son état clinique, ni les éventuelles observations médicales effectuées sur le parcours.
Le trail ne doit évidemment jamais transformer la souffrance en spectacle ni considérer que terminer constitue toujours un objectif supérieur à la santé. Mais l’inverse est tout aussi vrai : un corps qui semble extrêmement fatigué n’est pas automatiquement un corps en danger.
Dans cette histoire, Ben Dhiman et Baptiste Chassagne ont finalement peut-être adopté la position la plus juste. Plutôt que de juger ce que montrait son corps dans les derniers mètres, ils ont simplement reconnu ce qu’il venait d’accomplir et l’ont attendu sur la ligne d’arrivée.
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