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🎧 Mediapart est un média d’information en ligne connu notamment pour ses enquêtes politiques, économiques et sociales. À la veille de l’UTMB 2026, qui se déroule du 24 au 30 août autour du massif du Mont-Blanc, le journal a choisi de consacrer un long article à ce que sa journaliste Hélène Constanty présente comme les « dérives » de l’événement.
Le timing n’a rien d’anodin : l’UTMB s’apprête à devenir, pendant une semaine, le centre du monde du trail. Des milliers de coureurs venus du monde entier vont converger vers Chamonix, tandis que les marques, les médias et les spectateurs vont occuper la vallée. Mais derrière la grande fête sportive, Mediapart s’intéresse surtout à ce qu’est devenu l’UTMB en un peu plus de vingt ans : une course mythique transformée en groupe international, avec des dizaines d’épreuves dans le monde et un poids économique considérable.
Et sur ce point, l’article apporte plusieurs informations intéressantes.
Ce que Mediapart nous apprend sur le business de l’UTMB
L’information la plus spectaculaire concerne le chiffre d’affaires d’UTMB Group.
Un chiffre particulièrement intéressant alors que le groupe ne publie plus ses comptes.
Mediapart apporte également un éclairage sur la provenance de cet argent.
Selon Frédéric Lénart, environ 50 % des recettes proviennent des inscriptions des coureurs, 25 % des partenaires privés et 25 % des financements publics.
Ce dernier chiffre permet de mieux comprendre pourquoi les relations entre certaines collectivités et UTMB Group deviennent aujourd’hui un sujet politique.
À Nice, Mediapart rapporte ainsi que la métropole avait déboursé 554 000 euros hors taxes en 2025 pour l’Ultra-Trail Métropole Nice Côte d’Azur by UTMB.
Depuis son élection en mars 2026, Éric Ciotti a décidé de changer de politique. La métropole a classé sans suite le marché prévu pour l’organisation de l’édition 2026.
Benoît Kandel, adjoint aux sports de la métropole, pose dans Mediapart une question particulièrement sensible : pourquoi une collectivité devrait-elle financer une entreprise privée qui commercialise elle-même ses dossards ?
Le mouvement dépasse Nice.
La région Auvergne-Rhône-Alpes a encore consacré 130 000 euros à l’UTMB en 2026, tandis que la région Grand Est et la Collectivité européenne d’Alsace se sont retirées du financement de l’épreuve alsacienne après avoir soutenu sa première édition.
Autre donnée intéressante : Advance détiendrait désormais 45 % du capital d’UTMB Group.
Le groupe américain est notamment propriétaire d’Ironman.
On est donc très loin de la petite association chamoniarde qui avait lancé l’Ultra-Trail du Mont-Blanc en 2003.
Tableau récapitulatif de ce que Mediapart révèle
| Ce qu’on apprend | Chiffre / information clé | Pourquoi c’est important |
|---|---|---|
| Le chiffre d’affaires d’UTMB Group | 32 millions d’euros en 2025 | C’est l’un des chiffres les plus forts de l’article, donné par Frédéric Lénart alors que le groupe ne publie plus ses comptes. |
| La provenance des recettes | 50 % dossards, 25 % sponsors, 25 % financements publics | Cela montre le poids encore important de l’argent public dans le modèle économique du groupe. |
| Le montant versé par Nice | 554 000 € HT en 2025 | Le niveau de financement public apparaît particulièrement élevé et explique en partie la décision politique de remettre ce modèle en cause. |
| Le soutien d’Auvergne-Rhône-Alpes | 130 000 € en 2026 | Cela confirme que les collectivités continuent de participer financièrement à certains événements UTMB. |
| Le retrait d’autres collectivités | Grand Est et Collectivité européenne d’Alsace se sont retirés | Cela peut être lu comme le signe d’une remise en question progressive des financements publics. |
| Le poids d’Advance dans UTMB Group | 45 % du capital | Cela illustre à quel point l’UTMB est devenu une entreprise internationale, très éloignée de l’association originelle. |
| Le ras-le-bol gagne Chamonix | Le maire François-Xavier Laffin estime que le « seuil d’acceptabilité » est dépassé | La critique ne vient plus seulement de Saint-Gervais ou d’associations environnementales, mais aussi directement de Chamonix. |
| La fréquentation du Tour du Mont-Blanc | 75 000 randonneurs itinérants en 2025 | Ce chiffre replace l’UTMB dans un massif déjà soumis à une très forte pression touristique. |
| L’origine de la lumière rouge obligatoire | Demande des gestionnaires des réserves naturelles | On savait que la règle existait ; on comprend mieux pourquoi elle a été imposée et par qui. |
| La stratégie de représentation de la filière | Isabelle Viseux-Poletti a participé à la création de France Outdoor Sports Events | Cela montre qu’UTMB Group agit aussi sur le terrain institutionnel pour défendre les intérêts des organisateurs d’événements outdoor. |
Infographie pour tout retenir des révélations de Médiapart

Ce que l’on savait déjà sur l’UTMB, les critiques du modèle UTMB
Sur une grande partie du reste de son enquête, Mediapart rassemble surtout des critiques qui circulent déjà depuis plusieurs années autour de l’UTMB.
La première concerne la croissance du circuit.
Le succès du tirage au sort de l’UTMB a permis de construire tout un écosystème autour des UTMB World Series. Pour augmenter leurs chances d’accéder aux finales de Chamonix, les coureurs doivent notamment obtenir des Running Stones sur des courses du circuit.
UTMB Group compte désormais une soixantaine d’événements à travers le monde.
Cette internationalisation a transformé l’UTMB en une marque mondiale du trail, mais elle alimente également les critiques sur la commercialisation croissante de la discipline.
Les critiques en provenance de Chamonix
À Chamonix, le phénomène est particulièrement visible pendant la semaine de l’UTMB. Les équipementiers occupent massivement la ville, les hôtels et les espaces événementiels.
Cette année, la critique vient également du nouveau maire de Chamonix, François-Xavier Laffin. Tout en affirmant être fier que Chamonix soit devenue la capitale mondiale du trail, il estime dans Mediapart que « le seuil d’acceptabilité par les Chamoniards est dépassé ».
Quelques jours plus tôt, Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais, avait lui aussi remis en cause l’évolution de l’événement et son poids sur les communes du massif.
L’impact environnemental de l’événement constitue l’autre grande partie de l’article de Mediapart.
Le parcours traverse notamment les réserves naturelles des Contamines-Montjoie et des Aiguilles-Rouges, dans un massif déjà extrêmement fréquenté.
Selon le Conservatoire d’espaces naturels de Haute-Savoie cité par Mediapart, 75 000 randonneurs itinérants ont parcouru le Tour du Mont-Blanc en 2025, sans compter les visiteurs présents uniquement à la journée.
À cette fréquentation habituelle viennent s’ajouter, pendant l’UTMB, plusieurs milliers de participants et leurs accompagnants.
C’est dans ce contexte qu’une nouvelle règle apparaît cette année dans certaines zones sensibles : les coureurs doivent utiliser une lumière rouge afin de réduire le dérangement de la faune pendant la nuit.
Mediapart apporte ici un élément supplémentaire : cette évolution a été demandée par les gestionnaires des réserves naturelles, qui souhaiteraient également voir diminuer le nombre de participants et de courses traversant ces espaces.
En résumé, l’UTMB commence à accumuler beaucoup de fronts en même temps
Pris séparément, aucun de ces sujets n’est réellement nouveau.
La commercialisation du trail est critiquée depuis longtemps. L’impact environnemental des grandes courses aussi. Jean-Marc Peillex critique régulièrement la croissance de l’UTMB. Les débats autour des Running Stones ou de l’internationalisation du circuit existent depuis plusieurs années.
Ce qui change, c’est l’accumulation.
Les critiques viennent maintenant des associations environnementales, de responsables de réserves naturelles, d’élus de communes directement concernées par l’événement et de collectivités qui commencent à remettre en question leur participation financière.
Le maire de Chamonix lui-même estime que le seuil d’acceptabilité est dépassé.
Et désormais, un média national comme Mediapart consacre une longue enquête au modèle économique et environnemental de l’UTMB.
Tout cela intervient alors que l’édition 2026 est déjà marquée sportivement par l’absence de plusieurs immenses figures annoncées parmi les favoris, dont Kilian Jornet, François D’Haene, Mathieu Blanchard ou Tom Evans. Ces forfaits ont évidemment des causes sportives ou médicales propres à chaque athlète et n’ont aucun lien établi avec les critiques adressées à l’organisation. Ils contribuent néanmoins à donner à cette semaine UTMB une atmosphère assez différente de celle que l’événement aurait pu imaginer.
L’UTMB reste la course de trail la plus médiatisée au monde et des dizaines de milliers de coureurs rêvent toujours d’obtenir un dossard à Chamonix.
Mais quelque chose semble changer autour de l’événement.
Pendant longtemps, les critiques venaient essentiellement des défenseurs de l’environnement ou de quelques élus locaux. Elles sont désormais beaucoup plus larges : financement public, saturation de Chamonix, multiplication des courses, présence des marques, fréquentation des espaces protégés, modèle économique…
Parler de critiques « unanimes » serait excessif tant l’UTMB conserve une immense popularité auprès des coureurs, des spectateurs et d’une partie des territoires.
En revanche, la convergence actuelle des critiques devient difficile à ignorer.
Et pour UTMB Group, c’est probablement le véritable signal d’alerte de cette édition 2026 : le problème ne vient plus d’une seule contestation isolée. Plusieurs fronts s’ouvrent désormais en même temps.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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