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đ§ Ă 20 ou 30 ans, courir peut encore facilement trouver sa place dans une semaine.
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Quelques annĂ©es plus tard, les kilomĂštres doivent souvent composer avec le travail, les enfants, la fatigue et des blessures qui mettent davantage de temps Ă disparaĂźtre. Autour de la quarantaine, beaucoup de coureurs traversent ainsi une pĂ©riode charniĂšre : certains rĂ©duisent leur pratique, dâautres abandonnent complĂštement, tandis que ceux qui continuent apprennent souvent Ă courir autrement.
Il nâexiste pourtant aucun Ăąge biologique Ă partir duquel il faudrait arrĂȘter la course Ă pied. Et contrairement Ă une idĂ©e rĂ©pandue, 40 ans ne marque pas brutalement le dĂ©but du dĂ©clin du coureur. Les Ă©tudes consacrĂ©es aux pratiquants masters montrent mĂȘme que lâon peut conserver une activitĂ© dâendurance pendant plusieurs dĂ©cennies. La vĂ©ritable question est plutĂŽt de comprendre pourquoi il est parfois plus difficile de maintenir la mĂȘme pratique quâĂ 25 ou 30 ans.
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Ă 40 ans, ce nâest pas forcĂ©ment le corps qui fait arrĂȘter de courir
Les chiffres français invitent d’abord Ă relativiser l’idĂ©e d’un effondrement de la pratique sportive aprĂšs 40 ans.
Selon le BaromĂštre 2024 de SantĂ© publique France, 36,9 % des 40-49 ans dĂ©clarent pratiquer rĂ©guliĂšrement une activitĂ© physique pendant leurs loisirs, contre 37,3 % des 30-39 ans. Il n’y a donc pratiquement aucune rupture entre ces deux classes d’Ăąge. Plus surprenant encore, la proportion remonte Ă 38,1 % chez les 50-59 ans et atteint 47,1 % chez les 60-69 ans.
Autrement dit, devenir quadragénaire ne condamne absolument pas à ranger ses chaussures de running.
Ce qui change, ce sont surtout les conditions dans lesquelles il faut réussir à continuer.
Travail, enfants, fatigue : la course doit trouver sa place dans une vie déjà pleine
La quarantaine correspond frĂ©quemment Ă une pĂ©riode oĂč plusieurs contraintes se cumulent : activitĂ© professionnelle, transports, enfants, responsabilitĂ©s familiales et manque de temps disponible.
Les donnĂ©es françaises montrent d’ailleurs que la situation familiale est associĂ©e au niveau d’activitĂ© physique. En 2024, 46 % des personnes vivant en couple sans enfant dĂ©claraient pratiquer rĂ©guliĂšrement une activitĂ© physique de loisir, contre 37,1 % des personnes vivant en couple avec des enfants. Dans les familles monoparentales, cette proportion tombait Ă 33,1 %.
Une prĂ©cĂ©dente analyse de SantĂ© publique France avait Ă©galement constatĂ© que la prĂ©sence d’un enfant de moins de cinq ans Ă©tait associĂ©e Ă une diminution de la pratique sportive chez les femmes.
Le problĂšme n’est donc pas toujours de ne plus avoir envie de courir.
Il faut simplement réussir à caser une sortie de 10 km entre des journées qui laissent beaucoup moins de liberté.
AprÚs 40 ans, les blessures peuvent représenter le véritable point de rupture
Il existe ensuite un deuxiÚme facteur déterminant : les blessures.
Une Ă©tude portant sur 2 886 coureurs, dont environ un tiers avaient 40 ans ou plus, a observĂ© davantage de blessures chez les coureurs masters que chez les plus jeunes. Les quadragĂ©naires et au-delĂ prĂ©sentaient notamment davantage de problĂšmes touchant les tissus mous, avec une frĂ©quence supĂ©rieure des blessures au mollet, au tendon d’Achille et aux ischio-jambiers.
Cela ne signifie pas que courir aprĂšs 40 ans est dangereux.
La relation entre Ăąge et blessure est beaucoup plus complexe. L’expĂ©rience peut mĂȘme reprĂ©senter un avantage : une Ă©tude menĂ©e auprĂšs de 1 145 coureurs amateurs avait constatĂ© que les pratiquants ayant plus de deux annĂ©es d’expĂ©rience Ă©taient moins souvent blessĂ©s que les dĂ©butants.
Le problĂšme apparaĂźt davantage lorsque le coureur de 40 ou 50 ans continue Ă s’entraĂźner exactement comme celui qu’il Ă©tait dix ou vingt ans auparavant, sans adapter la rĂ©cupĂ©ration ou la charge.
La rĂ©cupĂ©ration prend autant dâimportance que lâentraĂźnement
Courir longtemps suppose progressivement de changer de logique.
Ă 25 ans, il est parfois possible d’enchaĂźner une grosse sortie, quelques heures de sommeil et une nouvelle sĂ©ance difficile sans consĂ©quence immĂ©diate. Avec les annĂ©es, cette marge peut se rĂ©duire.
Le coureur doit alors apprendre Ă considĂ©rer la rĂ©cupĂ©ration comme une partie de son entraĂźnement : sommeil, jours faciles, alimentation, renforcement musculaire et progression raisonnable des distances prennent davantage d’importance.
Une vaste Ă©tude publiĂ©e dans le British Journal of Sports Medicine, portant sur 5 205 coureurs d’un Ăąge moyen de 45,8 ans, a justement montrĂ© l’importance des variations brutales de charge. Lorsque la distance d’une seule sĂ©ance dĂ©passait de plus de 10 % la plus longue sortie effectuĂ©e au cours des 30 jours prĂ©cĂ©dents, le risque de blessure de surcharge augmentait.
Ce rĂ©sultat apporte un enseignement simple : ce n’est pas nĂ©cessairement l’Ăąge qui casse le coureur, mais parfois ce qu’il demande soudainement Ă son corps.
La baisse du chrono peut aussi pousser certains coureurs Ă arrĂȘter
Il existe enfin un problĂšme dont les statistiques parlent beaucoup moins : celui de la comparaison avec son ancien niveau.
Le coureur qui pratique depuis longtemps dispose d’une rĂ©fĂ©rence particuliĂšrement cruelle : lui-mĂȘme.
Ă 45 ou 50 ans, il peut continuer Ă regarder les chronos rĂ©alisĂ©s Ă 30 ans et considĂ©rer chaque ralentissement comme une rĂ©gression. Une sortie autrefois facile demande davantage d’effort. Les records personnels se font plus rares. La rĂ©cupĂ©ration d’une compĂ©tition prend plus longtemps.
Pour certains, cette baisse de performance finit par enlever une partie du plaisir.
Pourtant, continuer Ă courir suppose parfois de changer la dĂ©finition mĂȘme de la performance.
Un 10 km moins rapide peut accompagner une pratique plus durable. Marcher certaines montĂ©es en trail peut permettre d’enchaĂźner davantage d’annĂ©es en montagne. RĂ©duire le nombre de compĂ©titions peut prĂ©server l’envie de courir.
Le chronomĂštre mesure une performance. Il ne mesure pas la longĂ©vitĂ© d’un coureur.
Le trail offre justement une autre maniĂšre de vieillir en courant
Le trail possĂšde Ă ce titre un avantage particulier.
Sur route, la performance est facilement ramenĂ©e Ă une allure et Ă un chrono. En trail, la marche fait naturellement partie de la discipline, les terrains changent et deux courses de mĂȘme distance sont difficilement comparables.
Avec l’Ăąge, cette souplesse peut permettre de modifier progressivement sa pratique sans avoir le sentiment d’arrĂȘter de courir.
Marcher les cĂŽtes, privilĂ©gier les sorties longues Ă faible intensitĂ©, rĂ©duire les sĂ©ances trĂšs exigeantes, faire davantage de renforcement musculaire ou choisir des distances mieux adaptĂ©es permettent de conserver ce qui constitue souvent l’essentiel : continuer Ă sortir, courir et Ă©voluer dans la nature.
On peut encore courir bien aprĂšs 60, 70 ou 80 ans
Surtout, rien dans les recommandations de santĂ© publique ne fixe un Ăąge limite Ă la pratique de l’endurance.
L’Organisation mondiale de la santĂ© recommande toujours une activitĂ© physique rĂ©guliĂšre aprĂšs 65 ans et rappelle que les personnes ĂągĂ©es doivent rester aussi actives que leurs capacitĂ©s le permettent. L’activitĂ© physique contribue notamment au maintien des capacitĂ©s cardiovasculaires, musculaires, osseuses et fonctionnelles.
Les donnĂ©es françaises montrent mĂȘme que les seniors peuvent redevenir trĂšs actifs lorsque les contraintes professionnelles diminuent. Dans le BaromĂštre 2024 de SantĂ© publique France, 48,2 % des retraitĂ©s dĂ©claraient pratiquer rĂ©guliĂšrement une activitĂ© physique pendant leurs loisirs, davantage que les personnes en emploi, Ă 39,7 %.
La quarantaine n’est donc pas forcĂ©ment le dĂ©but de la fin.
Elle peut simplement correspondre au moment oĂč la course Ă pied cesse d’ĂȘtre quelque chose que l’on peut pratiquer sans trop y rĂ©flĂ©chir et exige davantage d’attention pour durer.
En résumé, pour continuer à courir longtemps, il faut parfois accepter de courir autrement
La question Ă 40 ans n’est finalement peut-ĂȘtre plus seulement : « Jusqu’oĂč puis-je pousser mon corps ? »
Elle peut aussi se formuler ainsi : « Comment ai-je envie de courir dans vingt ou trente ans ? »
Pour celui qui veut encore ĂȘtre sur les sentiers Ă 60, 70 ou 80 ans, la rĂ©ponse passe probablement moins par l’accumulation des kilomĂštres que par la rĂ©gularitĂ©, la rĂ©cupĂ©ration, le renforcement musculaire, une progression raisonnable et la capacitĂ© Ă adapter ses ambitions.
Car le vĂ©ritable exploit d’un coureur ne consiste pas forcĂ©ment Ă Ă©tablir son meilleur chrono Ă 35 ans.
Ce peut ĂȘtre aussi d’avoir encore envie et d’ĂȘtre encore capable de courir quarante ans plus tard.
Sources
SantĂ© publique France, BaromĂštre de SantĂ© publique France 2024 â ActivitĂ© physique : pratiques et connaissance de la recommandation ; INJEP et ministĂšre des Sports, BaromĂštre national des pratiques sportives ; McKean et coll., Ă©tude sur les blessures chez les coureurs masters ; Linton et coll., Ă©tude sur les blessures chez les coureurs amateurs ; British Journal of Sports Medicine, Ă©tude sur la charge d’entraĂźnement et les blessures liĂ©es Ă la course ; Organisation mondiale de la santĂ©, recommandations sur l’activitĂ© physique.
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