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🎧 Nous avons reçu ce week-end un courriel d’un ancien athlète cité dans un article publié il y a plusieurs années sur uTrail. L’article évoquait une affaire de dopage et associait directement son identité à cette sanction.
Aujourd’hui, cette personne nous demande de supprimer le contenu ou, à défaut, de retirer son nom, sa photographie, de modifier le titre et de faire disparaître la page des résultats de recherche associés à son identité.
Nous avons choisi de ne pas révéler son nom ni de reproduire son message. Mais cette demande soulève une question beaucoup plus large pour les médias spécialisés dans le running, le trail et le sport : un athlète sanctionné pour dopage peut-il, plusieurs années après les faits, demander que son passé sportif disparaisse d’Internet ?
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Que dit la loi sur le droit à l’oubli ?
Le « droit à l’oubli » existe bien, mais il ne signifie pas qu’une personne peut automatiquement obtenir la disparition d’un ancien article de presse.
La CNIL rappelle qu’une personne peut demander à un média l’effacement des données personnelles qui la concernent dans un article publié en ligne. Mais ce droit n’est pas absolu. Il doit être mis en balance avec la liberté d’expression et surtout avec le droit du public à être informé.
C’est un point essentiel : lorsqu’un article relève d’un travail journalistique et rapporte des faits présentant un intérêt pour le public, le média peut refuser l’effacement s’il estime que le maintien de ces informations reste nécessaire à l’exercice de la liberté d’expression et d’information. La CNIL précise toutefois qu’un tel refus doit être motivé concrètement, en fonction de la situation et du contenu concerné.
Autrement dit, l’ancienneté d’un article ne suffit pas, à elle seule, à imposer sa suppression.
La question est encore différente lorsqu’il s’agit du déréférencement. Une personne peut demander à Google ou à un autre moteur de recherche de ne plus faire apparaître certains résultats lorsque quelqu’un recherche son nom et son prénom. Dans ce cas, l’article n’est pas supprimé du site d’origine : il devient simplement moins facilement accessible par une recherche nominative. Là encore, l’intérêt du public à accéder à l’information entre dans l’appréciation de la demande.
Dopage : une information sportive peut-elle devenir « trop ancienne » ?
C’est précisément là que le sujet devient délicat.
Une sanction pour dopage appartient à l’histoire sportive d’un athlète. Lorsqu’elle a été officiellement prononcée et qu’elle a fait l’objet d’une couverture médiatique légitime au moment des faits, il paraît difficile de considérer automatiquement que cette information devrait disparaître quelques années plus tard.
Dans le trail comme dans l’athlétisme, les palmarès sont conservés. Les records restent dans les archives. Les victoires également. Les disqualifications et les sanctions font elles aussi partie de cette histoire sportive.
La question se pose néanmoins différemment selon les circonstances. Un athlète encore actif, un entraîneur, un organisateur de course ou une personnalité toujours présente dans le milieu sportif ne se trouve pas nécessairement dans la même situation qu’une personne ayant totalement quitté la vie publique depuis de nombreuses années.
La proportionnalité devient donc centrale : l’information est-elle toujours pertinente ? Le titre reflète-t-il correctement les faits ? La photographie est-elle nécessaire ? L’article apparaît-il de façon disproportionnée lorsqu’on recherche la personne ?
Il n’existe pas de réponse automatique.
Éthiquement, faut-il effacer le passé des sportifs ?
Au-delà du droit, la question est journalistique.
Le rôle d’un média n’est pas seulement de publier l’actualité du jour. Il consiste aussi à constituer une mémoire du sport. Lorsqu’un athlète remporte un trail, son résultat reste accessible plusieurs années. Lorsqu’il bat un record, l’information reste dans les archives. Lorsqu’une sanction intervient, elle appartient également au récit de sa carrière.
Supprimer systématiquement les anciens articles concernant des affaires de dopage créerait une situation étrange : avec le temps, Internet conserverait les victoires mais ferait progressivement disparaître les sanctions.
Cela ne signifie pas qu’un média doit transformer une ancienne affaire en condamnation permanente.
Un article vieux de plusieurs années peut être réexaminé. Son titre peut avoir besoin d’être contextualisé. Une sanction arrivée à son terme peut être mentionnée comme telle. Une évolution ultérieure peut être ajoutée. Et lorsque la personne a totalement disparu de l’actualité, la question de la visibilité offerte par les moteurs de recherche peut légitimement être posée.
Mais il existe une différence fondamentale entre actualiser une archive et réécrire l’histoire.
En résumé, le trail et le running ont besoin d’une mémoire
Le sujet dépasse largement le cas du courrier que nous avons reçu.
À mesure que les archives numériques vieillissent, les médias sportifs vont recevoir davantage de demandes de suppression, notamment de la part d’athlètes dont les sanctions, les polémiques ou les comportements passés restent accessibles plusieurs années après les faits.
Cela oblige les rédactions à trouver un équilibre entre deux principes parfaitement légitimes : permettre à une personne de ne pas être éternellement résumée à une affaire ancienne, tout en empêchant que l’histoire sportive soit progressivement nettoyée de ses épisodes les plus dérangeants.
Dans le sport comme ailleurs, le droit à l’oubli existe.
Mais le droit à l’information existe aussi.
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