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🎧 Il y a encore deux ans, Vincent Bouillard arrivait à Chamonix avec un statut d’outsider que seuls les observateurs les plus attentifs du trail connaissaient vraiment. Le 31 août 2024, il repartait vainqueur de l’UTMB. En juin 2026, il est devenu le premier homme à terminer la Western States sous les quatorze heures.
S’il gagne une deuxième fois l’UTMB le 29 août prochain, la question ne sera donc plus seulement de savoir si Vincent Bouillard appartient aux meilleurs ultra-traileurs du monde.
Il faudra se demander s’il n’est pas devenu le meilleur représentant masculin de la génération qui succède à l’ère Kilian Jornet.
Le Dauphiné Libéré le place d’ailleurs désormais parmi les principaux favoris de l’UTMB 2026, aux côtés de Kilian Jornet et Jim Walmsley. Mais au regard de ce qu’il vient d’accomplir aux États-Unis, nous allons plus loin : une nouvelle victoire à Chamonix changerait définitivement de dimension son palmarès.
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L’UTMB 2026 partira le vendredi 28 août à 17 h 45
La course reine de l’UTMB Mont-Blanc s’élancera de Chamonix vendredi 28 août 2026 à 17 h 45.
Le parcours annoncé représente 174 kilomètres pour 9 900 mètres de dénivelé positif, autour du Mont-Blanc, à travers la France, l’Italie et la Suisse. L’épreuve constitue également la finale 100M des UTMB World Series.
Les premiers hommes devraient donc revenir à Chamonix dans la journée du samedi 29 août.
Et cette année, rarement un plateau masculin aura autant concentré l’attention. Kilian Jornet revient. Jim Walmsley revient. Vincent Bouillard revient deux ans après sa victoire. Autour d’eux figurent également plusieurs hommes capables de gagner une course de ce niveau.
Mais pour Bouillard, l’enjeu dépasse peut-être celui d’une simple deuxième victoire.
Pourquoi tout le monde parle autant de l’UTMB
Parce que dans l’ultra-trail mondial, aucune autre course ne concentre autant de symboles au même endroit.
Créé en 2003, l’UTMB est devenu la grande référence internationale du 100 miles de montagne. Son parcours fait le tour du Mont-Blanc et son palmarès réunit une grande partie des coureurs qui ont marqué l’histoire moderne de l’ultra-trail. L’organisation le présente aujourd’hui comme la finale mondiale de sa catégorie 100M.
L’importance de Chamonix ne se mesure d’ailleurs pas uniquement au niveau sportif. En 2022, l’organisation annonçait environ 100 000 spectateurs sur l’ensemble de la semaine, 460 médias accrédités venus de 34 pays et 10 000 coureurs engagés sur les différentes courses.
Pourquoi parler d’une « génération post-Kilian Jornet » alors que Kilian court toujours
Il faut ici éviter un malentendu. Parler de génération post-Kilian Jornet ne signifie évidemment pas que Kilian Jornet a pris sa retraite. Il sera même l’une des attractions majeures de cette édition 2026. Le terme désigne plutôt un changement d’époque sportive.
Kilian Jornet a remporté l’UTMB en 2008, 2009, 2011 puis 2022. Avec François D’Haene, également quadruple vainqueur, il appartient à une génération qui a installé les grandes références modernes de l’ultra-trail européen.
Son succès de 2022 possède d’ailleurs quelque chose de particulier. Onze ans après sa précédente victoire à Chamonix, Jornet était revenu gagner en 19 h 49 min 30 s. Depuis, l’UTMB masculin change de mains.
Jim Walmsley gagne en 2023. Vincent Bouillard gagne en 2024. Tom Evans gagne en 2025.
Et même si Kilian Jornet reste encore présent sur les lignes de départ, il n’est plus tout à fait dans la même position qu’il y a quelques années. À 38 ans, il doit composer avec l’âge mais aussi avec un genou réellement problématique, qui l’a contraint à abandonner la Western States 2026 puis à renoncer à Sierre-Zinal. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il est devenu incapable de gagner, mais aujourd’hui, on le voit davantage comme une légende toujours compétitive que comme l’homme qu’on imagine automatiquement dominer les plus grands 100 miles.
C’est précisément ce que Vincent Bouillard peut commencer à faire cette année.
En 2026, Vincent Bouillard n’arrive plus sur l’UTMB avec le statut d’outsider qu’il avait en 2024
Sa victoire de 2024 avait justement marqué les esprits parce qu’elle n’était pas attendue à ce niveau. Vincent Bouillard avait bouclé les 173,3 kilomètres et 9 525 mètres de dénivelé positif en 19 h 54 min 23 s, devant Baptiste Chassagne et Joaquin Lopez.
À l’époque, la tentation pouvait encore être de raconter l’histoire du coureur révélé au grand public par une journée parfaite.
Deux ans plus tard, cette lecture ne tient plus. Bouillard n’est pas devenu un phénomène médiatique qui enchaîne les courses pour capitaliser sur sa victoire.
Son parcours jusqu’à sa victoire sur la Western States est irrégulier
Troisième du Chianti Ultra Trail en mars 2025, abandon à la Western States quelques mois plus tard, dixième des championnats du monde de trail long en septembre, puis de nouveau troisième au Chianti en mars 2026.
Et ensuite est arrivée la Western States 2026.
De nouveau l’apothéose sur la Western States en 2026
Le 28 juin, il a remporté l’une des courses les plus prestigieuses de l’ultra-trail mondial en 13 h 46 min 15 s.
Surtout, Vincent Bouillard est devenu le premier coureur de l’histoire de la Western States à passer sous les quatorze heures sur le parcours de 100,2 miles. L’ancien record de Jim Walmsley était de 14 h 09. Bouillard l’a amélioré de plus de vingt minutes.
Une victoire peut toujours être présentée comme le résultat d’une combinaison exceptionnelle : forme du jour, gestion parfaite, abandons de favoris, météo favorable ou scénario de course.
Deux victoires majeures, obtenues sur deux terrains aussi différents que Chamonix et la Sierra Nevada californienne, commencent à dessiner autre chose.
Et avec un record historique à la Western States, l’argument du hasard devient particulièrement difficile à défendre.
Gagner l’UTMB 2026 réaliserait un doublé rarissime
Vincent Bouillard arriverait au départ de l’UTMB seulement deux mois après son succès à la Western States. S’il réussissait à gagner les deux courses la même année, il réaliserait l’un des enchaînements les plus prestigieux possibles sur 100 miles.
Ce doublé est précisément associé à Kilian Jornet, qui avait remporté en 2011 la Western States avant de gagner l’UTMB quelques semaines plus tard. Pour Bouillard, le symbole serait énorme. Il ne s’agirait plus seulement de rejoindre une liste de grands vainqueurs.
Il commencerait à reproduire les combinaisons de victoires qui ont justement construit les légendes de la génération précédente.
Mais peut-on vraiment le placer devant Jim Walmsley, Tom Evans ou Caleb Olson ?
C’est là que notre affirmation devient volontairement éditoriale.
Jim Walmsley possède évidemment un palmarès immense et reste actuellement mieux classé que Bouillard à l’UTMB Index : 956 contre 941 au moment où nous écrivons ces lignes. Tom Evans est lui aussi devant avec 953.
Caleb Olson, Tom Evans, Jim Walmsley et plusieurs autres coureurs peuvent légitimement entrer dans la discussion lorsqu’on cherche les meilleurs ultra-traileurs de cette nouvelle période.
Et il serait exagéré de présenter Vincent Bouillard comme le meilleur traileur mondial sur tous les formats. Le trail englobe aujourd’hui des disciplines allant des courses très courtes aux 100 miles, avec des qualités difficilement comparables.
Notre raisonnement concerne surtout le sommet actuel du trail longue distance masculin, et particulièrement le 100 miles.
Dans ce domaine, une deuxième victoire à l’UTMB après son record de la Western States changerait la hiérarchie. Car on ne parlerait plus uniquement de niveau théorique, d’index ou de régularité. On parlerait des deux courses les plus symboliques de sa discipline remportées en quelques semaines, auxquelles s’ajouterait une deuxième victoire à Chamonix en trois éditions.
En résumé, avec un record sur la Western States et deux victoires sur l’UTMB, Vincent Bouillard pourrait passer du statut de champion à celui de référence
C’est probablement toute la différence.
En 2024, Vincent Bouillard a remporté l’UTMB. En 2026, il a prouvé à la Western States qu’il était capable de produire une performance historique loin du massif du Mont-Blanc.
S’il gagne de nouveau à Chamonix, il possédera alors quelque chose qu’aucun homme de la nouvelle génération n’a encore vraiment réussi à installer depuis le dernier succès de Kilian Jornet en 2022 : une domination identifiable sur plusieurs monuments du 100 miles mondial.
Kilian resterait Kilian.
Ses quatre UTMB, sa longévité et l’étendue de son palmarès placent encore sa carrière dans une autre dimension. Il ne s’agit donc absolument pas de prétendre que Bouillard aurait déjà dépassé Jornet. Il s’agit de regarder ce qui se construit derrière lui.
Et, pour l’instant, personne n’a encore vraiment pris le pouvoir.
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