sources préférées Google
🎧 Jean-Marc Peillex, maire de Saint-Gervais-les-Bains, a fermé le 11 août les refuges de Tête Rousse et du Goûter en raison des éboulements et des conditions jugées dangereuses sur la voie normale du Mont-Blanc. Problème : 32 alpinistes se trouvaient déjà au refuge du Goûter avant la publication de cet arrêté. Le lendemain, lorsqu’ils ont demandé à être évacués, leur situation n’a pas été considérée comme relevant d’un danger immédiat justifiant l’intervention gratuite des secours publics.
Une solution privée a finalement été organisée : les alpinistes ont été transportés quatre par quatre par hélicoptère jusqu’à Tête Rousse, pour 95 euros par personne, afin de pouvoir poursuivre leur descente sans repasser par le couloir du Goûter. Une chronologie qui rend pour le moins étonnante la communication très offensive adoptée ensuite par Jean-Marc Peillex à leur égard.

Éboulements au Mont-Blanc : ce qui s’est passé avant l’arrêté du 11 août
Pour comprendre l’affaire, il faut remettre les événements dans l’ordre. Avant même l’intervention de la mairie, les conditions s’étaient fortement dégradées sur la voie normale du Mont-Blanc, notamment dans le secteur du couloir du Goûter. Des vidéos montrant d’importantes chutes de pierres circulaient depuis plusieurs jours et les compagnies de guides de Saint-Gervais-Les Contamines et de Chamonix avaient cessé d’emprunter l’itinéraire avec leurs clients.
C’est dans ce contexte que 32 alpinistes se trouvaient déjà au refuge du Goûter. Ils étaient donc montés avant que Jean-Marc Peillex ne prenne, le 11 août, son arrêté municipal ordonnant la fermeture des refuges du Goûter et de Tête Rousse.
Cette précision est essentielle. Ces pratiquants n’ont pas franchi une interdiction municipale en connaissance de cause et ne sont pas montés dans des refuges officiellement fermés. Lorsque la décision administrative est entrée en vigueur, ils étaient déjà engagés sur la montagne.
Cela ne signifie évidemment pas qu’ils ne connaissaient pas la dégradation des conditions. Jean-Marc Peillex rappelle à juste titre que les images des éboulements circulaient et que les guides professionnels avaient déjà renoncé à cet itinéraire avec leurs clients. En haute montagne, chaque pratiquant conserve une responsabilité personnelle dans l’évaluation des risques. Mais il est difficile de leur reprocher d’avoir ignoré un arrêté qui n’existait pas encore au moment de leur montée.
Le 12 août, 32 alpinistes demandent à être évacués du refuge du Goûter
La situation prend une autre tournure le mardi 12 août au matin. Les équipes du refuge du Goûter contactent Jean-Marc Peillex pour l’informer que les 32 alpinistes présents sur place considèrent être coincés et souhaitent être redescendus par un hélicoptère de la Sécurité civile ou de la gendarmerie.
Le maire échange alors avec le peloton de gendarmerie de haute montagne de Chamonix. La conclusion retenue est qu’il n’existe pas, à cet instant, de « mise en danger immédiate » susceptible de justifier l’engagement gratuit des moyens publics de secours.
Il faut distinguer ici deux notions qui ne sont pas nécessairement contradictoires sur le plan opérationnel. Un itinéraire peut présenter un danger suffisamment important pour conduire à la fermeture préventive des refuges sans que chaque personne présente sur place soit simultanément considérée comme étant en détresse immédiate. C’est cette appréciation qui explique que le PGHM n’ait pas procédé à une évacuation gratuite des 32 alpinistes.
Reste que, pour le grand public, le paradoxe est difficile à ignorer. La situation est suffisamment préoccupante pour fermer les deux principaux refuges de la voie normale, les compagnies de guides ont interrompu leurs sorties, les éboulements sont documentés, mais les personnes qui se trouvent déjà au-dessus du secteur concerné ne relèvent pas pour autant d’une opération de secours.
Ils paient 95 euros pour éviter le couloir du Goûter en hélicoptère
Une solution intermédiaire est finalement trouvée avec la société privée Chamonix Mont-Blanc Hélicoptères. Les alpinistes sont transportés quatre par quatre depuis le refuge du Goûter jusqu’à Tête Rousse, où ils peuvent poursuivre leur descente. Le coût est fixé à 95 euros par personne, les paiements étant enregistrés par le refuge avant d’être reversés à l’entreprise.
L’intérêt de cette rotation aérienne est très concret : elle permet aux personnes concernées d’éviter le couloir du Goûter, précisément le secteur exposé aux chutes de pierres qui avait contribué à la fermeture des refuges.
C’est là que l’affaire devient particulièrement intéressante. Leur situation n’est pas considérée comme suffisamment urgente pour mobiliser gratuitement un hélicoptère des secours publics, mais une solution aérienne privée est tout de même organisée afin de leur éviter le passage le plus dangereux de l’itinéraire.
Jean-Marc Peillex précise cependant que certains alpinistes ont choisi de redescendre à pied et que, selon lui, la situation, bien que dangereuse, ne se caractérisait pas par un flot continu de pierres. Cet élément aide à comprendre l’appréciation du PGHM et rappelle qu’une fermeture préventive ne signifie pas nécessairement qu’une catastrophe est imminente à chaque minute.
Il n’empêche que la chronologie place ces 32 alpinistes dans une situation particulière : ils étaient déjà au Goûter avant l’arrêté, se retrouvent confrontés à une fermeture décidée pendant leur séjour en altitude et doivent ensuite financer eux-mêmes la solution permettant d’éviter le couloir lors de leur descente.
Jean-Marc Peillex fait de l’affaire une démonstration de fermeté
C’est à ce moment que l’épisode dépasse la seule question de la sécurité en montagne pour devenir également une séquence de communication.
Dans Le Dauphiné Libéré, Jean-Marc Peillex qualifie la situation d’« absolument ubuesque ». Il estime qu’il ne faut pas laisser croire aux pratiquants qu’ils peuvent « faire n’importe quoi » en comptant ensuite sur de « beaux gendarmes » pour venir les chercher. Il évoque également les équipes du refuge confrontées à des alpinistes « pas toujours sympathiques et presque armés avec leurs piolets », avant de revendiquer le fait d’avoir « tenu bon ».
Le message politique est limpide : le maire veut apparaître comme l’élu qui refuse de transformer les moyens de secours en service de transport gratuit pour des pratiquants qui auraient pris des risques en connaissance de cause.
Le principe peut se défendre. Les moyens du PGHM et de la Sécurité civile n’ont évidemment pas vocation à assurer gratuitement chaque retour rendu plus compliqué par de mauvaises conditions en montagne. Pourtant, la manière de présenter ces 32 personnes comme l’illustration d’un comportement irresponsable mérite d’être nuancée par la chronologie, puisque celles-ci se trouvaient déjà au Goûter lorsque l’arrêté municipal a été pris.
C’est précisément ce que la communication très spectaculaire de Jean-Marc Peillex tend à faire oublier. Elles n’ont pas décidé, après la fermeture, de monter malgré l’interdiction avant d’exiger qu’un hélicoptère public vienne les récupérer. Elles ont été confrontées en cours d’ascension à une décision administrative prise en réaction à une situation qui se dégradait rapidement.
Fermer les refuges sans fermer la voie : le paradoxe du Goûter
Cette affaire illustre finalement très concrètement le problème posé par la stratégie retenue à Saint-Gervais. La fermeture des refuges constitue un moyen extrêmement efficace de décourager de nouvelles ascensions sans pour autant interdire formellement l’accès à la voie normale du Mont-Blanc.
Pour les personnes encore dans la vallée, le message est simple : les conditions sont mauvaises, les refuges sont fermés et il faut renoncer. Pour celles qui se trouvent déjà sur l’itinéraire lorsque l’arrêté entre en vigueur, la situation est beaucoup moins évidente, car une fermeture administrative ne fait évidemment pas disparaître instantanément les pratiquants déjà présents en altitude.
Les 32 alpinistes du Goûter en donnent une illustration presque parfaite. Ils se retrouvent dans une montagne suffisamment dangereuse pour que les refuges ferment et que les guides renoncent à y conduire leurs clients, mais pas dans une situation considérée comme suffisamment urgente pour déclencher une évacuation gratuite. Une solution privée est alors mise en place pour leur éviter le couloir, qu’ils doivent financer eux-mêmes.
C’est aussi ce qui rejoint notre précédente réflexion sur la fermeture des refuges de Tête Rousse et du Goûter. Fermer les infrastructures tout en laissant la voie accessible permet certainement de réduire fortement le nombre de candidats au Mont-Blanc, mais cette stratégie peut créer des difficultés supplémentaires pour ceux qui sont déjà engagés au moment où la décision tombe.
Le trail connaît d’ailleurs des problématiques comparables lorsqu’une organisation doit interrompre une épreuve, neutraliser une portion ou fermer un ravitaillement alors que des coureurs se trouvent déjà au-delà du point concerné. Une décision de sécurité ne peut pas uniquement être pensée pour ceux qui ne sont pas encore partis : elle doit aussi prendre en compte ceux qui sont déjà sur le terrain.
Dans cette affaire, Jean-Marc Peillex estime que la situation était « absolument ubuesque ». Sur ce point au moins, difficile de lui donner totalement tort. La question est plutôt de savoir **qui, de ces 32 alpinistes ou de la manière dont la fermeture a été gérée et racontée, rend réellement la situation aussi ubuesque.**
Sources
- Le Dauphiné Libéré, 12 août 2026 : « 32 alpinistes demandent à être évacués gratuitement du Goûter : la descente en hélicoptère se fait à leurs frais ».
- Arrêté municipal de Saint-Gervais-les-Bains du 11 août 2026 relatif à la fermeture des refuges du Goûter et de Tête Rousse.
Lire aussi
- Jean-Marc Peillex : il ferme les refuges pour protéger les alpinistes, mais leur fait prendre plus de risques
- Jean-Marc Peillex ferme les refuges de Tête Rousse et du Goûter, mais laisse ouvert le dangereux couloir du Goûter
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
u-Trail est un média indépendant. Depuis 2012, nous parlons de trail librement, sans aucun sponsor.
🏃 Produire une information libre et accessible à tous a un coût.
⚖️ Certains de nos articles entraînent aussi des pressions ou des procédures juridiques.
❤️ Votre soutien nous aide à nous défendre et à préserver notre liberté éditoriale.





