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🎧 Deux records emblématiques du trail et de l’ultra viennent de tomber presque simultanément.
Aurélien Sanchez s’est attaqué au gigantesque Pacific Crest Trail, tandis que Katharina Hartmuth a fait tomber le record féminin du Bob Graham Round. Deux performances qui illustrent l’explosion actuelle des tentatives de FKT.
Il y a des semaines où les records s’enchaînent au point de presque se banaliser. Celle-ci en fait partie.
En quelques jours, deux itinéraires mythiques de l’endurance ont changé de référence. En Grande-Bretagne, Katharina Hartmuth a amélioré le record féminin du Bob Graham Round. Aux États-Unis, le Français Aurélien Sanchez est allé chercher le FKT du Pacific Crest Trail, au terme de plus de 45 jours d’un effort hors norme.
Les distances, les terrains et les durées n’ont pratiquement rien en commun. Pourtant, ces deux performances racontent la même évolution : le FKT est devenu un véritable territoire de performance pour les meilleurs spécialistes du trail et de l’ultra-endurance.
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La folie des FKT cet été et cette semaine
Aurélien Sanchez fait tomber le record de Karel Sabbe sur le PCT
C’est évidemment la performance d’Aurélien Sanchez qui donne à cette semaine une dimension particulière côté français.
Parti le 8 juin, le vainqueur de la Barkley 2023 a parcouru le Pacific Crest Trail, immense itinéraire reliant la frontière mexicaine à la frontière canadienne à travers la Californie, l’Oregon et l’État de Washington.
Le parcours représente environ 4 270 kilomètres et plus de 120 000 mètres de dénivelé positif.
Aurélien Sanchez l’a bouclé en 45 jours, 20 heures et 15 minutes, améliorant de plus de seize heures la référence établie en 2023 par le Belge Karel Sabbe, qui avait terminé en 46 jours, 12 heures et 50 minutes.
La manière dont le Français a construit sa tentative est presque aussi impressionnante que le chrono final. À mi-parcours, il ne semblait pas encore en position idéale pour battre Sabbe. Mais sa deuxième moitié de PCT a complètement changé la dynamique de la tentative.
Il aurait alors couvert autour de 95 kilomètres par jour en moyenne, malgrĂ© l’accumulation de fatigue provoquĂ©e par plusieurs semaines passĂ©es sur le sentier.
Son passage à la Barkley en 2023 avait déjà montré sa capacité à encaisser des épreuves où la résistance physique ne suffit plus. Sur le PCT, c’est une autre dimension de cette endurance qu’il vient d’exprimer : celle de la répétition, jour après jour, pendant un mois et demi.
Katharina Hartmuth pulvérise le record féminin du Bob Graham Round
À plusieurs milliers de kilomètres de là , Katharina Hartmuth s’est attaquée à un monument beaucoup plus court, mais radicalement différent.
Le Bob Graham Round est l’un des défis historiques du fell running britannique. Créé autour de l’exploit réalisé par Bob Graham en 1932, il consiste à relier 42 sommets du Lake District en moins de 24 heures.
Le parcours cumule environ 8 200 mètres de dénivelé positif, sur un terrain technique où la navigation et les conditions météorologiques peuvent considérablement compliquer la progression.
Hartmuth a terminé son tour en 14 heures, 11 minutes et 58 secondes.
Elle améliore ainsi de plus de vingt minutes l’ancien record féminin détenu depuis 2020 par la Britannique Beth Pascall, créditée de 14 h 34.
La performance confirme surtout l’état de forme exceptionnel de l’Allemande. Quelques mois plus tôt, elle avait déjà remporté le Madeira Island Ultra-Trail 110 km.
Et contrairement à Sanchez, son calendrier ne s’arrête pas à ce record : Hartmuth est attendue à Chamonix fin août pour la finale UTMB.
Comparer directement les performances de Sanchez et Hartmuth n’aurait pas beaucoup de sens.
D’un côté, 14 heures d’effort extrêmement intense, sur un parcours montagneux compact et technique. De l’autre, plus de 45 jours de progression, avec une problématique centrale de récupération, de sommeil, d’alimentation et de résistance à l’usure.
Le Bob Graham Round appartient à la culture historique du fell running britannique. Le Pacific Crest Trail vient davantage de l’univers du thru-hiking américain.
Mais tous deux sont désormais devenus des terrains d’expression pour des athlètes issus du trail de très haut niveau.
Un été 2026 marqué par une avalanche de FKT
Les performances de Katharina Hartmuth et d’Aurélien Sanchez ne sont pas isolées. Depuis le début de l’été, les projets de vitesse se multiplient sur les grands itinéraires : François D’Haene a repris le record du GR20, Aurélien Sanchez a traversé le Pacific Crest Trail en moins de 46 jours, tandis qu’Antoine Clément a relié les onze sommets de plus de 4 000 mètres du Haut Atlas marocain.
En France, Fabrice Bedin s’est attaqué au GR1 autour de Paris et Karel Sabbe vient de partir sur les quelque 3 000 kilomètres de l’Hexatrek.
Entre records homologués, premières références et tentatives encore en cours, le FKT semble être devenu le format incontournable de l’été 2026, au risque de rendre chaque nouvelle annonce un peu moins exceptionnelle que la précédente.
Le FKT est devenue une discipline à part entière
C’est probablement le véritable enseignement de cette succession de records.
Pendant longtemps, le trail de haut niveau s’est essentiellement raconté à travers les grandes compétitions : UTMB, Western States, Hardrock, Diagonale des Fous ou encore les grands championnats.
Le développement des FKT offre désormais une autre manière de mesurer la performance.
Pas de classement traditionnel, pas nécessairement de dossard et parfois aucun adversaire directement présent sur le parcours. Le concurrent est un chrono établi plusieurs années auparavant.
Cette liberté permet également aux meilleurs coureurs d’imaginer des projets qui dépassent largement les formats classiques de compétition.
Aurélien Sanchez en est une parfaite illustration. Après la Barkley, il vient de construire l’une des performances d’endurance les plus importantes de sa carrière sur un sentier de plus de 4 000 kilomètres.
Analyse uTrail : pourquoi les meilleurs traileurs se lancent-ils dans des FKT
Derrière ces records, il n’y a pas seulement une volonté de courir plus vite que le précédent détenteur. Le FKT répond à plusieurs aspirations très différentes, parfois difficiles à distinguer : la recherche d’une aventure personnelle, le besoin de laisser une trace et, plus concrètement, la volonté de construire un projet visible en dehors du calendrier traditionnel des courses.
Pour certains athlètes, il s’agit d’abord de retrouver une forme de liberté.
Le trail de haut niveau est devenu un sport très organisé, rythmé par les circuits, les points de qualification, les obligations médiatiques et les rendez-vous imposés par les grandes épreuves. Sur un FKT, le coureur choisit son itinéraire, sa date, son équipe et ses propres règles. Il ne se confronte pas directement à un peloton, mais à un territoire, à la fatigue et à un temps de référence.
Cette quête d’aventure prend aussi une résonance particulière dans une période marquée par l’instabilité climatique, politique et économique.
Face à un monde perçu comme de plus en plus incertain, partir plusieurs jours ou plusieurs semaines sur un grand itinéraire peut apparaître comme une manière de revenir à quelque chose de simple : avancer, manger, dormir et recommencer. Le défi reste pourtant très moderne, avec un suivi GPS permanent, une assistance structurée et une communication presque quotidienne sur les réseaux sociaux.
Il serait également naïf d’écarter complètement la question de l’ego.
Battre un FKT permet d’inscrire son nom dans l’histoire d’un itinéraire, parfois plus durablement qu’une place d’honneur sur une course disputée chaque année. Pour un athlète déjà reconnu, cela peut devenir une nouvelle manière de prouver sa valeur. Pour un coureur moins médiatisé, c’est parfois l’occasion de changer de dimension en quelques jours.
Le FKT présente enfin un réel intérêt pour les sponsors.
Une course classique concentre généralement l’attention sur quelques heures, avec plusieurs dizaines de favoris et une multitude de marques présentes au même endroit. Une tentative de record peut au contraire produire un récit pendant plusieurs semaines : annonces, préparation, suivi en direct, images quotidiennes, difficultés rencontrées, rebondissements et arrivée finale. L’athlète devient le personnage central d’une histoire dont la marque peut accompagner chaque épisode.
Cela ne signifie pas que les coureurs choisissent ces projets uniquement pour leur valeur commerciale. Aurélien Sanchez n’a probablement pas traversé plus de 4 000 kilomètres simplement pour offrir de la visibilité à ses partenaires. Mais aventure personnelle, ambition sportive, ego et communication ne sont pas incompatibles. Le succès actuel des FKT vient précisément de ce mélange.
Ces records permettent aux traileurs de sortir des classements traditionnels tout en restant au centre de l’attention. Ils offrent une aventure réelle, une performance mesurable et une histoire facile à raconter. Dans le trail contemporain, c’est probablement l’une des combinaisons les plus puissantes.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondĂ© de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribuĂ© Ă faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dĂ©rives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidĂ©os YouTube.










