Bon, vous l’avez déjà lu 200 fois partout, du site le plus généraliste au plus spécialisé, Kilian Jornet revient sur l’UTMB 2026.
Oui oui, l’UTMB, vous avez bien lu et compris. Personne n’est parfait, que voulez-vous ! Et ce que vous avez surement lu aussi, c’est qu’il va enchaîner le même été : Western States, Sierre-Zinal et l’UTMB.
Est-ce qu’il va être capable de tenir et arriver frais à Chamonix, ou ses jambes vont-elle lui crier qu’il aurait mieux fait de partir en vacances à La Baule avec les enfants ? Essayons de voir ça !
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Un agenda estival fou pour Kilian Jornet
Rappelons en quelques mots ce que sont ces 3 courses. Il y a la Western States, un ultra de 160 km dont la particularité réside dans son profil descendant, avec 5500m D+ et surtout 7000 m D-. Il casse les pattes, au sens propre du terme, d’autant que le profil est très roulant. On court sans cesse, alors même que la course traverse des canyons par plus de 40°. Nous sommes fin juin et un podium sur cette course mériterait déjà de se reposer le reste de l’été !
Sierre-Zinal, c’est début août. Question chiffre, la course paraît moins impressionnante avec ses 31 km et 2200 m D+. Sauf que vous faites entre 17 et 20 km d’ascension alpine dès le départ de la course. Vous continuez par une partie presque plate à 2300 – 2400 m d’altitude où il faut tenir une allure très vive malgré la fatigue et un début de raréfaction de l’air. La dernière descente sur le village de Zinal est très technique, tout en se courant à des vitesses dignes d’un sprint sur le plat. 31 km certes, mais parmi les plus éprouvants du circuit.
Enfin, il y a l’UTMB, 15 jours après Sierre-Zinal. L’UTMB, c’est environ 170 km d’incessantes ascensions de cols alpins, seulement entrecoupées de descentes plus ou moins techniques dont les centaines de mètres en D- cassent aussi les pattes de façon violente. L’horaire de départ oblige aussi à courir de nuit, renforçant la fatigue des organismes.
Quel programme !
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Course |
Date 2026 |
Délai avant suivante |
Impact récup typique |
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Western States |
27 juin |
6 semaines (SZ) |
4-6 sem : quads explosés, nerveux KO |
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Sierre-Zinal |
8 août |
20 jours (UTMB) |
3-4 sem : intensité max, tendons en feu |
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UTMB |
28 août |
– |
Arrive frais ? |
Quelle récupération post-course ?
L’enchaînement Western States et Sierre-Zinal de Jornet
Venir gagner à Chamonix cet été, et glaner un 5e titre, est l’objectif de Kilian Jornet. Mais la victoire va principalement se jouer en dehors de la course, dans la récupération.
Jornet a des stats de folie. Gagner la Western States est dans ses possibilités. Il y a terminé 3e l’année dernière, à moins de 10 minutes du premier (qui ne sera pas là cette année) et en améliorant son record personnel sur le tracé de 80 minutes. Un ultra de ce type, c’est généralement 4 à 6 semaines de récupération. Cette période est d’autant plus importante que la Western est réputée pour ses descentes très roulantes qui font hurler les jambes.
Après la course, il faut compter 2 semaines où les tendons et les articulations sont sous le choc de l’épreuve. On reste alors sur des sports portés, de la basse intensité sur un vélo par exemple. Le retour de l’effort se fait progressivement entre la 3e et 4e semaine. Les semaines +5 et +6 permettent progressivement de retrouver l’intensité d’origine.
Il y a les muscles, et il y a le système nerveux. Il ne se remet pas sans mal d’un effort prolongé tel qu’un ultra. Il faut compter 5 à 6 semaines pour qu’il retrouve son équilibre. Et ce délai, c’est celui qui nous mène à Sierre-Zinal, à quelques jours près.
Donc, enchaîner la Western States et Sierre-Zinal est jouable en termes de récupération. Le délai est bon, et il faut tenir compte du fait que le corps de Jornet est habitué aux exercices intenses et répétés au quotidien. Sauf que la compétitivité de Jornet à Sierre-Zinal repose non pas juste sur sa récupération, mais sur sa capacité à retrouver un niveau de forme excellent pour affronter cette deuxième course, sans aller sacrifier le repos nécessaire à la récupération.
Délicat équilibre ! Autrement dit, il a toutes les chances d’être cramé !
Sierre-Zinal et UTMB, l’enchaînement qui pose question
Sierre-Zinal est une épreuve physique impressionnante. On est très loin d’un effort prolongé aussi long que celui d’un ultra, le record est juste sous les 2h30. Mais l’engagement y est encore plus intense. Pour imager la difficulté, dites-vous que sa vitesse moyenne même en pleine ascension est supérieure au sprint qui vous a explosé le cardio la semaine dernière !
Que l’on s’appelle Kilian Jornet ou pas, Sierre-Zinal provoque de gros dégâts musculaires sur les quadri et les mollets (la descente finale est impressionnante). Il y a un stress massif sur le système nerveux car l’on court cette course à bloc. Cela représente une allure marathon en 3h15, mais dans des sentiers techniques et avec 2200 m D+ ! Enfin, la charge sur les tendons et les articulations est elle aussi très importante. Allez sur YouTube, regardez une vidéo de Sierre-Zinal, et vous aurez déjà mal !
En pratique, on ne reprend pas avant presque une semaine d’arrêt total, puis par des activités portées. Et l’on ne compte pas pouvoir reprendre la haute intensité avec 3 à 4 semaines. Pour certains, Sierre-Zinal est l’objectif annuel, c’est dire si la course est capable de laisser des dommages sur le corps.
Et pourtant, seulement 15 jours séparent la course suisse de l’UTMB. C’est donc là en théorie un délai bien trop court pour récupérer et redevenir efficace sur les pentes alpines. Et ce constat se fait sans oublier que Sierre-Zinal sera déjà abordé avec un ultra dans les jambes quelques semaines plus tôt. Enchaîner ces deux courses à près de 40 ans, c’est un sacré pari. Il a toutes les raisons d’arriver totalement HS !
En résumé, que faut-il retenir de cette analyse ? Que Kilian Jornet ne peut pas prétendre à la victoire ou à un record personnel avec un tel été au programme ? Vraisemblablement !
On peut penser qu’il a vu trop grand. Même lui n’est pas immortel et après un ultra, il devrait sans doute prendre un abonnement Netflix plutôt que chausser ses NNormal aussitôt après !
Et pourtant, si un athlète est capable de ce résultat, c’est lui. Ce n’est pas son palmarès de légende qui permet de le dire (bien qu’il ait déjà enchaîné Sierre et UTMB dans sa jeunesse), mais plutôt son incroyable résilience physique démontrée lors de ses grandes off, notamment dans les Pyrénées, les Alpes et l’année dernière en traversant les USA. Il a prouvé que son organisme se regenerait sûrement plus vite que la moyenne, lui permettant d’enchaîner des journées folles, et de battre en passant certains FKT !
Une victoire finale sera difficile, même pour le GOAT. C’est dit ! Kilian l’a affirmé sur ses réseaux, il veut se tester. Et en grand champion qu’il est, il a choisi une solution particulièrement difficile. Trop difficile. Son entraînement d’ici cet été sera toutefois passionnant à suivre ! Et si jamais il y arrivait, quel surnom lui donner après le GOAT et l’ultraterrestre ?
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