Avec l’arrivée du classement par équipes dans les Golden Trail World Series, le trail running assume désormais officiellement une dimension stratégique et collective qui pourrait profondément modifier la lecture des courses.
Pendant longtemps, le trail running a entretenu l’image d’un sport à part, presque préservé des logiques tactiques visibles dans d’autres disciplines professionnelles. Dans l’imaginaire collectif, la montagne restait un territoire où chaque coureur avançait seul face au terrain, à la météo, à la fatigue et à ses propres limites. Bien sûr, les grandes marques structuraient déjà des équipes internationales, certains athlètes partageaient des intérêts communs et des alliances naturelles existaient parfois au fil des courses. Mais jusqu’ici, cette dimension restait diffuse, rarement assumée publiquement et encore moins intégrée officiellement dans le fonctionnement du circuit.
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Zegama : arrivée du classement par équipe dans les Golden Trail World Series
À quelques jours du départ de Zegama-Aizkorri 2026, les Golden Trail World Series ont confirmé l’introduction d’un classement par équipes qui accompagnera désormais le championnat tout au long de la saison. Présentée comme une évolution moderne destinée à dynamiser le spectacle, cette nouveauté pourrait pourtant transformer beaucoup plus profondément la manière dont les courses seront regardées, analysées et peut-être même disputées.
Les GTWS – Golden Trail World Series- officialisent une évolution déjà perceptible
Le principe du nouveau classement est relativement simple : à chaque course, les résultats des 2 meilleurs hommes et des 2 meilleures femmes de chaque équipe seront additionnés afin d’établir un classement collectif. Huit grandes structures internationales participeront officiellement à cette bataille parallèle entre marques.
Mais au-delà des règles elles-mêmes, ce sont surtout les termes employés par les GTWS pour présenter cette nouveauté qui interpellent. Le circuit évoque désormais ouvertement des notions de “collaboration stratégique”, de “dynamique collective” ou encore “d’identités d’équipe renforcées”. Autrement dit, ce qui relevait auparavant de simples suppositions ou d’analyses extérieures devient désormais une composante assumée du championnat.
Cette évolution paraît logique dans un sport qui s’est considérablement professionnalisé ces dernières années. Les équipes disposent aujourd’hui de staffs, de budgets, de calendriers optimisés et d’athlètes capables de jouer le classement général sur toute une saison.
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À Zegama, cette annonce change immédiatement la lecture de la course
Et c’est précisément pour cette raison que cette nouveauté provoque déjà autant de discussions avant même le départ de Zegama.
Car cette édition anniversaire réunit plusieurs groupes d’athlètes dont les profils semblent naturellement complémentaires. Jusqu’ici, beaucoup de passionnés observaient déjà certaines dynamiques implicites sans forcément leur donner une importance majeure. Mais avec l’apparition d’un classement collectif officiel, ces relations vont désormais être scrutées sous un angle totalement différent.
Impossible par exemple de ne pas penser au duo formé par Kilian Jornet et Elhousine Elazzaoui.
Depuis plusieurs saisons, les 2 coureurs incarnent 2 approches extrêmement compatibles sur les courses techniques et explosives. Elhousine possède cette faculté rare à faire immédiatement monter l’intensité grâce à son agressivité et à sa capacité à relancer en permanence, tandis que Kilian excelle ensuite dans la gestion de l’effort, du terrain et des moments clés de la course.
Jusqu’à présent, évoquer cette complémentarité relevait essentiellement de l’analyse tactique ou du ressenti de certains observateurs. Désormais, le contexte change forcément. Même en l’absence de consignes explicites ou de stratégie officielle assumée, beaucoup regarderont différemment la manière dont certains coureurs d’une même structure évoluent ensemble dans la course.
La même logique s’applique à d’autres équipes majeures du circuit. Chez Salomon, la présence simultanée de Rémi Bonnet et Tove Alexandersson renforce encore cette impression d’équipes capables de peser collectivement sur les dynamiques de course. Du côté de Run2Gether On Trail, les blocs kényans ont déjà démontré leur capacité à imposer un rythme extrêmement dur sur certaines épreuves du circuit.
En résumé, le trail entre dans une zone sensible de son histoire
Derrière cette réforme se cache en réalité une question beaucoup plus profonde : le trail peut-il continuer à préserver son identité historique tout en devenant un sport mondial ultra-professionnalisé ?
C’est probablement là que se situe le vrai débat. Depuis des années, une partie des passionnés accepte difficilement l’évolution du trail vers un modèle plus spectaculaire, plus commercial et davantage structuré autour des grandes marques internationales. L’arrivée des retransmissions massives, des calendriers mondiaux et des stratégies marketing avait déjà commencé à modifier l’image du sport. L’apparition d’un classement par équipes ajoute désormais une nouvelle couche à cette transformation.
Certains y verront une évolution logique et même positive. Après tout, presque tous les grands sports d’endurance professionnels ont progressivement développé des dimensions collectives et tactiques au fil du temps. D’autres, au contraire, craignent que cette évolution éloigne progressivement le trail de ce qui faisait sa singularité : cette impression que, malgré les sponsors et les enjeux, la montagne restait encore un espace où l’effort individuel dominait tout le reste.
Le sujet devient d’autant plus sensible que Zegama représente précisément l’inverse de cette logique moderne. Depuis 25 ans, la course basque s’est construite autour d’une identité profondément authentique, presque artisanale dans son esprit. La boue, les cloches, la foule de Sancti Spiritu et cette proximité unique entre les coureurs et le public symbolisent encore une certaine idée du trail traditionnel.
Voir apparaître officiellement des notions de stratégie collective à quelques jours de l’édition anniversaire donne donc forcément le sentiment qu’un cap supplémentaire vient d’être franchi.
En réalité, les Golden Trail World Series ne cherchent même plus à masquer cette transformation du sport. Au contraire, le circuit revendique désormais pleinement cette nouvelle dimension stratégique comme un moyen de renforcer le spectacle, les rivalités et l’intérêt global du championnat.
Et il faut reconnaître que, d’un point de vue médiatique, cette évolution pourrait fonctionner. Les rivalités entre marques, les confrontations entre équipes et les scénarios tactiques offrent forcément de nouvelles histoires à raconter tout au long de la saison. Cela donne aussi davantage de poids aux effectifs collectifs et pousse les grandes structures à construire des rosters encore plus solides et homogènes.
Mais cette évolution change aussi la manière dont les spectateurs regarderont désormais certaines courses. À Zegama, dimanche, beaucoup continueront évidemment à admirer la montagne, l’ambiance unique et les performances individuelles des meilleurs coureurs du monde.
Pourtant, pour la première fois, certains observeront aussi autre chose : les équipes, les alliances naturelles et les dynamiques collectives qui pourraient progressivement transformer le trail de haut niveau.






