🎧 43 secondes pour comprendre le don de dossard contre des running stones
Un dossard gratuit… mais pas vraiment
On est tombé sur une annonce assez lunaire hier matin dans un groupe Facebook de trail.

Un coureur propose de “donner” gratuitement son dossard pour le Val d’Aran by UTMB, une course de soixante-quinze kilomètres et plus de cinq mille mètres de dénivelé positif. Valeur du dossard : environ trois cents euros. Sold out en une heure. Jusque-là , pourquoi pas.
Sauf que le “cadeau” cache un arrangement beaucoup plus étrange : la personne qui récupère le dossard doit courir sous le nom du propriétaire initial afin que les six Running Stones soient créditées sur le compte UTMB du gars… qui ne courra même pas.
Le deal est présenté comme “gagnant-gagnant”. Toi, tu cours gratuitement une course mythique. Lui, il récupère les précieuses Running Stones sans avoir mis un pied sur le parcours.
Et quelque part, cette petite annonce raconte beaucoup de choses sur l’évolution du trail moderne.
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Les Running Stones sont devenues une monnaie parallèle
À la base, les Running Stones avaient été imaginées comme un système de qualification pour accéder aux tirages au sort UTMB. Plus vous participez à des courses du circuit, plus vous accumulez de chances d’être tiré au sort pour Chamonix.
Sur le papier, l’idée récompense l’engagement sportif.
Dans les faits, les Running Stones sont devenues une sorte de monnaie virtuelle du trail. Certaines courses sont prises d’assaut uniquement parce qu’elles rapportent beaucoup de Stones. Des coureurs construisent désormais leurs saisons autour de ce système. Et forcément, dès qu’il y a une monnaie, même symbolique, certains cherchent à contourner les règles.
L’annonce Facebook est fascinante parce qu’elle ne parle quasiment jamais de sport. On ne parle ni du parcours, ni du plaisir de courir, ni de l’expérience en montagne. Le cœur du deal, c’est la récupération de Running Stones “sans effort”.
Le trail version optimisation fiscale.
Moralement, c’est quand même assez culotté
Le plus drôle dans cette histoire, c’est l’honnêteté presque désarmante du message. Tout est expliqué noir sur blanc.
Le gars ne cache rien. Il veut simplement les Stones. Quelqu’un d’autre fera le travail physique à sa place.
Et même si certains trouveront ça “malin”, l’ensemble pose quand même une vraie question morale. Les Running Stones sont censées récompenser une participation réelle à une course. Là , on détourne complètement l’esprit du système.
C’est un peu comme demander à quelqu’un d’aller courir votre marathon pendant que vous récupérez la médaille à l’arrivée.
Le plus ironique, c’est que le futur bénéficiaire des Stones pourra ensuite potentiellement accéder à l’UTMB avec un historique de qualification qui ne correspond pas vraiment à son vécu sportif.
Sur le papier, il aura le profil d’un coureur expérimenté du circuit. Dans la réalité, il aura surtout optimisé son compte.
Juridiquement, ça peut devenir très compliqué
Là où ça devient moins drôle, c’est sur le plan juridique et assurantiel.
Les règlements UTMB interdisent clairement les transferts non officiels de dossards. Ce n’est pas juste une règle “pour faire joli”. Derrière, il y a des questions d’identité, de responsabilité civile, d’assurance et de sécurité.
Imaginons maintenant plusieurs scénarios.
Si le coureur qui utilise le dossard se blesse gravement en montagne, sous quelle identité les secours interviennent-ils ? Qui est réellement assuré ? Que se passe-t-il si l’organisation découvre la fraude après un accident ?
Autre cas encore plus gênant : si le coureur provoque un incident avec un autre participant, juridiquement, ce n’est même pas la bonne personne qui apparaît dans les fichiers de course.
Et évidemment, tout cela peut aussi entraîner des sanctions sportives. Annulation des résultats, suppression des Stones, exclusion du circuit… voire davantage si l’organisation estime qu’il y a eu fraude délibérée.
Le fait qu’il n’y ait “aucun échange d’argent” ne change pas grand-chose au problème.
Et si le coureur ne passe même pas les barrières horaires ?
C’est probablement le détail le plus absurde de toute l’histoire.
Les Running Stones seraient attribuées à quelqu’un qui n’a pas couru… même si la personne qui utilise le dossard abandonne au bout de trente kilomètres ou explose sur les barrières horaires.
En clair, le propriétaire du compte pourrait potentiellement obtenir un avantage de qualification grâce à une performance qu’il n’a ni réalisée… ni même terminée.
On touche ici à une limite assez étrange du système UTMB actuel : la qualification numérique finit parfois par devenir plus importante que l’expérience réelle de terrain.
Le problème du “faux niveau” sur l’UTMB
L’autre question, c’est celle du niveau réel des participants.
Parce que les Running Stones ne sont pas juste décoratives. Elles ouvrent des portes vers des courses extrêmement exigeantes. Et si des systèmes de contournement se multiplient, on risque de voir arriver sur certaines épreuves des profils qui n’ont pas forcément construit leur expérience progressivement.
Attention : accumuler des Stones ne garantit déjà pas le niveau sportif. Mais là , on franchit encore un cap.
Un coureur pourrait théoriquement arriver avec un “profil UTMB” crédible alors qu’une partie de son historique repose sur des arrangements plus ou moins bancals.
Et même s’il peut ensuite très bien se préparer sérieusement, l’idée reste étrange : dans un sport historiquement fondé sur l’effort personnel, certains cherchent désormais à externaliser les kilomètres.
Le trail découvre les dérives des sports ultra-connectés
Cette histoire paraît anecdotique, presque drôle. Mais elle ressemble surtout à ce qui arrive quand un sport devient ultra-numérisé.
Aujourd’hui, le trail ne se résume plus à courir en montagne. Il y a les indices UTMB, les Running Stones, les statistiques Strava, les badges, les points ITRA, les records FKT, les algorithmes de tirage au sort…
Et forcément, dès qu’un système produit de la valeur symbolique, certains cherchent des raccourcis.
Ce qui était autrefois un sport d’aventure devient parfois un immense jeu administratif.
En résumé, ça rappelle surtout les “Strava jockeys”
Au fond, cette histoire ressemble énormément au phénomène des “Strava jockeys”. Ces personnes qui payent quelqu’un pour courir à leur place afin d’obtenir de meilleures statistiques, des KOM ou des records artificiels.
Le principe est le même : récupérer la gloire numérique sans produire l’effort correspondant.
Le trail avait longtemps échappé à ce genre de dérives parce qu’il reposait encore beaucoup sur la confiance, l’expérience et une certaine culture de l’authenticité. Mais avec la montée en puissance des systèmes de qualification, des indices et des plateformes sociales, les comportements changent.
Et cette annonce Facebook, aussi drôle soit-elle, montre peut-être une chose assez simple : certains veulent désormais collectionner les symboles du trail plus que le trail lui-même.
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