Quelques mois seulement après sa victoire sur l’UTMB 2025, Tom Evans est déjà replongé dans sa préparation.
Le Britannique, considéré comme l’un des traileurs les plus méthodiques du circuit, a récemment publié une vidéo qui a beaucoup fait réagir la communauté. Et pour cause. On ne le voit ni dans les montagnes, ni sur une piste d’athlétisme, mais sur un tapis de course très particulier, équipé d’un gilet lesté, de poids aux chevilles et réalisant un exercice qui ressemble à une descente… à l’intérieur de son salon. Une séquence qui a laissé de nombreux coureurs perplexes.
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Toms Evans simule une descente impossible à reproduire en salle classique
La vidéo montre Tom Evans sur un tapis de course peu commun, le Woodway RidgeRunner, un modèle haut de gamme capable de reproduire aussi bien les montées que les descentes. Là où la plupart des tapis se contentent d’incliner la surface vers le haut pour simuler l’ascension d’une pente, celui-ci peut également s’incliner vers le bas et recréer les contraintes d’une descente de montagne.
Dans cette séance, le Britannique pousse le concept encore plus loin. Le tapis est orienté en pente négative tandis que la bande défile dans un sens qui oblige le coureur à freiner continuellement son mouvement. À cela s’ajoutent un gilet lesté et des poids fixés aux chevilles, augmentant encore les contraintes mécaniques subies par les jambes. Le résultat est spectaculaire visuellement, au point que de nombreux internautes ont d’abord cru à une plaisanterie avant de comprendre l’objectif de l’exercice.
Pourtant, derrière cette mise en scène étonnante se cache une logique d’entraînement très précise. Tom Evans ne cherche pas ici à améliorer sa capacité cardiovasculaire ni à accumuler des kilomètres. Il tente avant tout de reproduire les sollicitations musculaires spécifiques auxquelles les coureurs sont confrontés sur l’UTMB. Car si les longues montées mettent le système cardio-respiratoire à rude épreuve, ce sont souvent les descentes qui provoquent les dégâts les plus importants au niveau musculaire. À force de freiner le corps à chaque foulée, les quadriceps encaissent des milliers de contractions excentriques, un travail particulièrement exigeant qui explique pourquoi tant de coureurs terminent les grands ultras avec les jambes détruites alors même qu’ils conservent encore du souffle.
Pourquoi les descentes sont si importantes sur l’UTMB
La méthode de Tom Evans est logique… mais elle interroge
Sur le plan théorique, la démarche de Tom Evans n’a rien d’absurde. Elle repose sur l’un des principes les plus connus de l’entraînement sportif : la spécificité. Plus un exercice reproduit fidèlement les contraintes rencontrées en compétition, plus les adaptations obtenues ont de chances d’être utiles le jour de la course. Dans cette logique, chercher à simuler les descentes lorsque l’on ne dispose pas quotidiennement de longues pentes de montagne peut apparaître comme une solution intéressante, en particulier pour un athlète qui joue la victoire sur les plus grandes courses du monde.
Pour les professionnels, la différence se joue souvent sur des détails qui peuvent sembler insignifiants au grand public. Gagner quelques pourcents de résistance musculaire dans les quadriceps ou retarder l’apparition de la fatigue peut suffire à faire basculer une course de plus de 20 heures. Il n’est donc pas surprenant de voir les meilleurs coureurs explorer des méthodes d’entraînement toujours plus ciblées.
Cette séance soulève néanmoins plusieurs interrogations. La première concerne le lestage utilisé par Tom Evans. Le gilet chargé et les poids aux chevilles augmentent mécaniquement les contraintes exercées sur les articulations et les tissus de soutien. Les genoux, les hanches, les chevilles et les tendons encaissent alors des charges supérieures à celles rencontrées dans des conditions normales de course. Si ce type de travail peut renforcer certaines qualités physiques, il peut également accroître le risque de surcharge lorsqu’il est mal dosé ou reproduit sans encadrement.
La seconde question concerne la fidélité de la simulation. Une descente de l’UTMB ne se résume pas à courir vers le bas pendant plusieurs minutes. Le terrain change constamment, les appuis sont irréguliers, les pierres et les racines obligent à s’adapter en permanence, tandis que la fatigue physique et mentale modifie progressivement la technique de course. Une partie importante de la performance repose justement sur cette capacité à lire le terrain et à prendre des décisions rapides sous fatigue.
Même un équipement à plusieurs dizaines de milliers d’euros ne peut reproduire totalement cette complexité. Le tapis permet de travailler certaines qualités musculaires très spécifiques, mais il ne remplace pas l’expérience acquise sur les sentiers. C’est probablement ce qui rend cette méthode à la fois fascinante et discutable : elle semble pertinente pour développer certains aspects de la performance, tout en rappelant que le trail reste un sport où la réalité du terrain conserve une part impossible à recréer en laboratoire.
Le trail est-il devenu un laboratoire ?
Au fond, la vidéo raconte peut-être autant l’évolution du trail que l’entraînement de Tom Evans lui-même. Les réactions publiées sous son post sont d’ailleurs révélatrices. Beaucoup saluent son inventivité et voient dans cette recherche permanente de solutions nouvelles l’une des raisons qui lui ont permis de remporter l’UTMB. Pour ces observateurs, ce type de séance illustre parfaitement ce qui distingue aujourd’hui les meilleurs athlètes : la capacité à analyser chaque détail de la performance et à chercher des gains là où personne ne regardait auparavant.
Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Certains internautes expriment une forme de nostalgie face à cette sophistication croissante du sport. Un commentaire revient régulièrement sous différentes formes : « Le trail a changé ». Derrière cette phrase se cache l’idée que la discipline s’éloigne progressivement de son image originelle, celle d’un sport simple où il suffisait d’enfiler ses chaussures et de partir courir en montagne.
La réalité est sans doute plus nuancée. Les champions d’aujourd’hui continuent de passer des heures sur les sentiers, mais ils complètent désormais leur préparation avec des outils qui auraient semblé futuristes il y a seulement une décennie. Tapis capables de reproduire les descentes, chambres hypoxiques simulant l’altitude, analyses biomécaniques poussées, capteurs mesurant la moindre donnée physiologique ou logiciels capables d’optimiser les charges d’entraînement : le très haut niveau s’appuie de plus en plus sur la technologie.
Cette évolution n’est d’ailleurs pas propre au trail. Elle touche l’ensemble des sports d’endurance, du cyclisme au marathon, où la recherche de performance devient toujours plus scientifique. Ce qui surprend davantage dans le trail, c’est le contraste entre cette sophistication croissante et l’image de liberté, de nature et de simplicité qui continue d’être associée à la discipline.
Car au final, le paradoxe est là. Le trail reste un sport qui se pratique dans les montagnes, les forêts et les grands espaces. Pourtant, pour espérer gagner les plus grandes courses du monde, certains athlètes passent désormais une partie de leur préparation dans des environnements qui ressemblent davantage à des laboratoires de performance qu’à des refuges d’altitude. La vidéo de Tom Evans illustre parfaitement cette transformation : elle fascine autant qu’elle interroge, parce qu’elle montre à quel point le trail moderne est entré dans une nouvelle ère.
Faut-il copier Tom Evans ?
Pour la majorité des coureurs, la réponse est probablement non. La vidéo de Tom Evans est fascinante parce qu’elle montre ce qui se fait au plus haut niveau mondial, mais elle ne doit pas être interprétée comme une recette miracle à reproduire dès la prochaine séance.
La tentation est grande de penser qu’un gilet lesté, des poids aux chevilles ou un tapis ultra-sophistiqué permettront automatiquement de progresser en descente. Pourtant, ce qui fait l’efficacité de cette séance ne réside pas uniquement dans le matériel utilisé. Elle s’inscrit dans un programme global, construit et contrôlé par un athlète professionnel entouré d’entraîneurs, de préparateurs physiques et de spécialistes de la performance. Les charges de travail, les temps de récupération et les risques de blessure sont analysés avec une précision qui n’a rien à voir avec la pratique de la plupart des amateurs.
C’est d’ailleurs l’un des pièges des réseaux sociaux : voir un champion réaliser un exercice spectaculaire peut donner l’impression qu’il s’agit du secret de sa réussite. En réalité, cette séance n’est probablement qu’un détail au sein de centaines d’heures d’entraînement accumulées chaque année sur les sentiers.
Pour la grande majorité des traileurs, les fondamentaux restent les mêmes qu’il y a dix ou vingt ans. Rien ne remplace vraiment le terrain lorsqu’il s’agit d’apprendre à descendre efficacement. Courir en montagne, développer progressivement la confiance dans les appuis, apprendre à relâcher les jambes dans les portions roulantes et accumuler de l’expérience sur différents types de sentiers constituent encore les méthodes les plus accessibles et les plus efficaces.
La technologie peut apporter un complément intéressant, mais elle ne remplace pas les sensations, les réflexes et la lecture du terrain qui s’acquièrent au fil des kilomètres. C’est sans doute la principale leçon à retenir de cette vidéo : elle montre jusqu’où peut aller la recherche de performance chez les meilleurs du monde, sans pour autant remettre en cause les bases qui font progresser la plupart des traileurs.
En résumé, la méthode utilisée par Tom Evans n’est pas absurde.
Elle vise à reproduire le travail excentrique des quadriceps, l’un des facteurs déterminants de la performance sur l’UTMB. Mais cette vidéo illustre surtout une évolution plus profonde du trail moderne. Les champions ne se contentent plus d’empiler les kilomètres. Ils cherchent désormais à reproduire chaque détail de la course grâce à des outils toujours plus sophistiqués. Reste à savoir où se situe la limite entre l’innovation utile et la recherche de performance à tout prix. C’est probablement la question que pose réellement cette vidéo.
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