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🎧 Le trail est devenu trop dépendant des influenceurs
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Parmi ses critiques, l’une revient avec insistance : selon lui, il suffirait de ne plus regarder Instagram, Facebook ou TikTok pour retrouver un sport beaucoup plus simple, débarrassé d’une partie du bruit commercial qui l’entoure désormais.
Son raisonnement pourrait être résumé ainsi : les réseaux sociaux ne sont pas indispensables pour courir, mais ils sont devenus tellement présents dans l’écosystème du trail qu’il devient difficile d’échapper aux produits, aux ambassadeurs, aux partenariats et aux recommandations qui accompagnent désormais presque chaque pratique.
La question mérite donc d’être posée : le trail est-il devenu trop dépendant des influenceurs ?
À l’origine, courir en montagne ne nécessitait évidemment aucun influenceur
Il y a quelque chose d’assez ironique dans l’évolution du trail. Peu de sports nécessitent finalement aussi peu de choses pour être pratiqués : une paire de chaussures adaptée, quelques vêtements, de quoi boire et manger lorsque la distance augmente, puis un chemin.
Pourtant, lorsqu’on regarde aujourd’hui le trail à travers les réseaux sociaux, l’impression est parfois très différente. Chaque semaine apporte son lot de nouvelles chaussures, de montres GPS, de sacs, de gels, de boissons énergétiques et d’accessoires présentés comme susceptibles d’améliorer l’expérience ou la performance.
Cela ne signifie évidemment pas que tous ces produits sont inutiles. Le matériel a énormément progressé et certaines innovations ont réellement amélioré le confort, la sécurité ou la performance des coureurs. Le problème commence lorsque la frontière devient difficile à distinguer entre un conseil, un témoignage personnel et une opération commerciale.
Les influenceurs sont devenus un véritable média pour les marques de trail
Pour les équipementiers, travailler avec un créateur de contenu présente un intérêt évident. Une personne suivie quotidiennement par plusieurs milliers de coureurs peut présenter une chaussure dans une situation beaucoup plus concrète qu’une publicité classique.
Le produit n’apparaît plus posé sur un fond blanc avec un slogan publicitaire. Il est porté pendant une sortie longue, un entraînement ou une compétition, accompagné d’un récit personnel, d’impressions et parfois de conseils d’utilisation.
Le phénomène dépasse d’ailleurs largement les comptes Instagram spécialisés. Les athlètes professionnels eux-mêmes sont devenus des créateurs de contenu, tandis que certaines marques construisent une partie importante de leur communication autour de leurs ambassadeurs. Le trail moderne fonctionne désormais avec un écosystème dans lequel sportifs, organisateurs, médias, marques et créateurs de contenu sont de plus en plus imbriqués.
Le problème n’est pas qu’un influenceur soit payé
Un partenariat commercial n’est pas nécessairement problématique. Une marque peut rémunérer une personne pour présenter un produit, de la même manière qu’elle achète une page de publicité dans un magazine ou sponsorise une course.
La vraie question concerne plutôt la transparence et l’indépendance du discours.
Lorsqu’un coureur sait clairement qu’un produit a été offert ou qu’une publication fait partie d’un partenariat rémunéré, il possède une information essentielle pour interpréter ce qu’il regarde. Le problème devient plus délicat lorsque la relation commerciale est peu visible ou lorsque l’avis présenté comme spontané ressemble étrangement au discours marketing de la marque.
Dans le trail, cette question est particulièrement importante parce que les recommandations concernent parfois beaucoup plus qu’une paire de chaussures. Elles peuvent toucher à l’alimentation, aux compléments alimentaires, aux méthodes d’entraînement ou à des produits auxquels les pratiquants attribuent un bénéfice pour leur santé ou leurs performances.
Même les traileurs qui ne suivent aucun influenceur finissent par subir leur influence
C’est probablement le point le plus intéressant du courrier reçu par uTrail.
On pourrait effectivement répondre très simplement : si les influenceurs vous agacent, ne les regardez pas.
Seulement, le mécanisme va désormais beaucoup plus loin.
Les produits mis en avant sur les réseaux sociaux se retrouvent ensuite dans les magasins, dans les pelotons et sur les lignes de départ. Les collaborations avec des athlètes influencent les tendances. Certaines courses deviennent désirables parce qu’elles ont été abondamment montrées en vidéo. Une chaussure se retrouve soudain partout après avoir été envoyée simultanément à des dizaines de créateurs.
Même quelqu’un qui n’utilise pratiquement pas Instagram évolue donc dans un univers trail en partie façonné par Instagram.
C’est en cela que le phénomène devient intéressant : les réseaux sociaux ne se contentent plus de montrer le trail, ils participent à définir ce que le trail est censé être.
Les grandes courses ont elles aussi parfaitement compris le mécanisme
Cette évolution ne concerne pas uniquement le matériel.
Les grandes organisations ont compris depuis longtemps que les images produites par les athlètes, les ambassadeurs et les créateurs permettent de prolonger considérablement la visibilité d’un événement. Une course ne se déroule plus seulement pendant quelques heures ou quelques jours : elle existe pendant des mois à travers les reconnaissances, les annonces de participation, les vidéos de préparation, les publications des partenaires puis les récits d’après-course.
Pour une épreuve internationale comme pour une petite organisation locale, les réseaux sociaux constituent désormais un outil de communication difficile à ignorer.
C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles certaines courses donnent aujourd’hui l’impression d’être omniprésentes alors que des centaines d’autres événements continuent d’exister avec beaucoup moins de visibilité.
La popularité sportive et la visibilité numérique ne sont plus complètement séparées.
À force, le traileur peut finir par croire qu’il lui manque toujours quelque chose
C’est probablement l’effet le plus insidieux de cette économie de l’influence.
Une nouvelle montre promet une meilleure analyse de la récupération. Une chaussure promet davantage de retour d’énergie. Une boisson promet une meilleure assimilation des glucides. Un sac devient plus léger. Une veste plus respirante. Une nouvelle méthode d’entraînement apparaît.
Pris séparément, chacun de ces produits peut présenter un véritable intérêt. Mais lorsqu’ils sont exposés en permanence, ils construisent progressivement l’idée que la pratique pourrait toujours être meilleure avec quelque chose de plus.
Or une grande partie du plaisir du trail repose précisément sur l’inverse : courir longtemps avec relativement peu de choses, apprendre à connaître son corps et accepter qu’une sortie ne soit pas nécessairement optimisée dans ses moindres détails.
Les influenceurs ne sont pourtant pas responsables de tout
Il serait trop simple d’en faire les coupables d’une transformation qui dépasse largement leur rôle.
Ils répondent aussi à une demande. Les coureurs veulent connaître les nouveautés, comparer les chaussures, découvrir des parcours, obtenir des conseils et suivre les athlètes qu’ils apprécient. Certains créateurs produisent par ailleurs des contenus extrêmement documentés qui permettent aux pratiquants de mieux choisir leur matériel ou de découvrir des courses qu’ils n’auraient jamais connues autrement.
Le problème n’est donc probablement pas l’existence de l’influence dans le trail, mais la place qu’on lui accorde et la capacité du public à identifier ce qui relève de l’information, de l’opinion et de la promotion.
On peut encore pratiquer le trail sans Instagram, mais pas complètement échapper à son influence
Notre lecteur a raison sur un point essentiel : personne n’a besoin d’un réseau social pour aller courir.
Il reste parfaitement possible de fermer Instagram, de laisser sa montre à la maison, de conserver la même paire de chaussures pendant des centaines de kilomètres et de choisir une petite course locale simplement parce qu’elle passe dans une belle vallée.
Mais cela ne signifie plus que les réseaux sociaux n’ont aucun effet sur notre pratique.
Ils influencent les produits disponibles, les courses dont nous entendons parler, les athlètes que nous connaissons et même parfois notre représentation de ce qu’est un « vrai » traileur.
Le paradoxe est donc assez simple : on peut très bien courir sans influenceurs, mais le trail moderne, lui, semble désormais avoir beaucoup plus de mal à fonctionner sans eux.
Source
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