À 71 ans, Michel Poletti ouvre une nouvelle page.
Le cofondateur de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc s’est lancé dans un projet à la fois simple dans son principe et ambitieux dans son exécution : traverser une grande partie de la France à pied en reliant plusieurs courses du circuit UTMB World Series.
Sur le papier, il ne s’agit pas d’une course. Il n’y a ni dossard global, ni classement, ni ligne d’arrivée officielle. Pourtant, à la lecture du projet dans le magazine Outside, difficile de ne pas y voir autre chose. Une forme d’itinérance sportive, longue, structurée, engagée… qui rappelle, par certains aspects, ce que pourrait être un “Ultra Trail de Compostelle”.
Il ne s’agit pas d’une annonce officielle, ni d’un nouveau format lancé par l’organisation. Mais l’idée s’impose d’elle-même : relier des territoires à pied, en enchaînant les kilomètres et les reliefs, avec une logique de progression et de sens.
1 800 km à pied, 67 000 m de dénivelé : un défi bien réel
Le projet baptisé “UTMB Slow Path 2026” repose sur des bases concrètes. Pendant près de deux mois, Michel Poletti prévoit de parcourir environ 1 861 km, avec 67 500 m de dénivelé positif. Une moyenne d’environ 40 km par jour.
Même sans revendication de performance, ces chiffres parlent d’eux-mêmes. Ce type de volume correspond à un véritable engagement physique, comparable à certaines traversées longues ou à des défis d’ultra-endurance.
Son parcours doit relier plusieurs courses du circuit :
- Le Grand Raid Ventoux
- Le Trail Alsace by UTMB
- Le Trail Andorra by UTMB
Entre ces étapes, il avancera majoritairement à pied, complétant ponctuellement avec du train, du bus ou de la voiture lorsque la contrainte logistique l’impose.
Ce mélange de progression lente et de participation à des courses structurées crée un format hybride, à mi-chemin entre aventure personnelle et enchaînement d’épreuves.
Une logique d’itinérance qui évoque Compostelle
Ce qui frappe dans ce projet, ce n’est pas seulement le volume, mais la philosophie. Michel Poletti ne parle pas de performance, mais de chemin.
Traverser le Massif central, découvrir des territoires comme l’Aubrac, le Morvan ou la chaîne des Puys, renouer avec des massifs qu’il connaît depuis longtemps… l’approche est clairement tournée vers l’expérience.
C’est là que la comparaison avec Compostelle prend sens. Non pas dans une dimension religieuse, mais dans cette idée de progression lente, de marche longue, de voyage structuré autour d’un fil conducteur.
Le projet n’est pas présenté comme tel. Mais dans les faits, il en reprend plusieurs codes :
un itinéraire long, une forme de solitude, une recherche de sens dans le déplacement.
Un Ultra trail de Compostelle ? Une logistique pensée, mais pas figée !
Comme souvent chez un ancien organisateur, la préparation est rigoureuse. Michel Poletti a détaillé son parcours dans un tableau précis, intégrant distances, étapes et même estimation des émissions carbone.
Mais contrairement à une organisation classique, il revendique une part d’incertitude. Le programme reste prévisionnel. Le corps peut fatiguer, les conditions peuvent évoluer, et l’itinéraire pourra être adapté.
Le matériel, lui, est optimisé : un sac de 4,7 kg, inspiré des expériences en autonomie comme le Marathon des Sables. Minimalisme, efficacité, et capacité à s’adapter en fonction des situations, entre hébergement classique et bivouac.
Un projet qui interroge le modèle du trail moderne
Derrière cette initiative, il y a aussi une réflexion plus large. Depuis plus de 20 ans, Michel Poletti a contribué à construire un circuit international, aujourd’hui incontournable.
Mais ce modèle repose sur une réalité : les déplacements. Avions, enchaînement de courses, calendrier mondial… autant d’éléments qui posent question à l’heure des enjeux environnementaux.
Avec ce projet, il ne remet pas en cause ce qu’il a construit. Il ne propose pas non plus de solution universelle. Mais il explore une autre voie : celle d’un déplacement plus lent, plus réfléchi, plus cohérent avec certaines préoccupations actuelles.
Regrouper les courses, limiter les trajets aériens, privilégier les déplacements terrestres… des idées qui émergent progressivement dans le trail.
Entre expérience personnelle et symbole
Michel Poletti insiste sur un point : ce projet reste personnel. Il ne s’agit pas d’un manifeste, ni d’un nouveau concept destiné à être reproduit.
Et pourtant, difficile de ne pas y voir un symbole. Celui d’un trail en transition, entre mondialisation et retour à des formes plus simples.
En reliant des courses à pied, en prenant le temps de traverser les territoires, en acceptant l’incertitude, il propose une autre manière de vivre ce sport.
Sans le dire explicitement, son projet esquisse une question : et si le trail de demain ressemblait davantage à un chemin qu’à un calendrier ?
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Source
- https://www.outside.fr/le-chemin-de-compostelle-de-michel-poletti-relier-les-courses-de-lutmb-a-pied/;





