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🎧 Les publications de traileurs mécontents se multiplient sur les réseaux sociaux.
Mesh déchiré après quelques sorties, crampons qui disparaissent beaucoup trop vite, semelle qui se décolle, amorti déjà complètement tassé : pour des chaussures parfois vendues 180, 200 ou 250 euros, les témoignages passent de plus en plus mal.
Les marques ont évidemment une réponse toute trouvée : le coureur n’a pas choisi le bon modèle pour le bon terrain, il a utilisé une chaussure de compétition pour l’entraînement, une semelle tendre sur du bitume ou une paire légère sur un terrain trop agressif.
Tout cela peut être vrai. Mais cela n’empêche pas une autre impression de s’installer : on paie de plus en plus cher des chaussures qui ne durent pas forcément plus longtemps.
C’est une forme de shrinkflation appliquée au trail : davantage de technologie, davantage de marketing, davantage de promesses… mais toujours un produit que l’on considère comme consommable après quelques centaines de kilomètres.
Et à force, oui, les traileurs peuvent avoir le sentiment qu’on les prend un peu pour des cons.
À 200 euros la paire, ça fait mal de jeter ses chaussures de trail
Une chaussure de trail reste évidemment soumise à une usure énorme. Elle prend des pierres, de la boue, de l’eau, des torsions, des freinages en descente et parfois plusieurs dizaines de milliers de impacts au cours d’une seule sortie longue.
Mais lorsqu’une paire franchit régulièrement la barre des 200 euros, le rapport psychologique au produit change.
À 120 euros, beaucoup de coureurs acceptaient encore l’idée d’une chaussure utilisée, usée puis remplacée.
À 220 ou 250 euros, on commence plutôt à se demander pourquoi elle ne pourrait pas être réparée.
C’est probablement ce qui explique le succès de certaines vidéos de ressemelage qui circulent aujourd’hui sur les réseaux sociaux. On y voit des chaussures HOKA, The North Face, Arc’teryx ou d’autres marques dont la semelle extérieure est entièrement retirée avant d’être remplacée par une nouvelle semelle Vibram.
Le résultat est spectaculaire, mais il raconte surtout quelque chose de l’évolution du marché.
Le trail est entré dans l’ère de la chaussure premium
Plaques carbone, mousses supercritiques, textiles ultralégers, géométries sophistiquées, semelles spécifiques : la chaussure de trail est devenue un véritable produit technologique.
Et son prix a suivi.
Le problème est qu’une chaussure à 250 euros reste soumise exactement aux mêmes contraintes mécaniques qu’une chaussure beaucoup moins chère : les crampons s’arrachent, le mesh frotte contre les pierres et surtout la mousse finit par perdre ses propriétés.
Autrement dit, le prix augmente beaucoup plus facilement que la durée de vie.
C’est là que le modèle devient difficile à défendre auprès des pratiquants.
Comment prolonger réellement la durée de vie de ses chaussures de trail
Tout ne dépend évidemment pas des fabricants. Quelques habitudes permettent de préserver une paire beaucoup plus longtemps.
La première consiste à éviter de faire systématiquement du bitume avec des chaussures conçues pour le trail. Les gommes tendres et les crampons agressifs peuvent se dégrader extrêmement rapidement sur l’asphalte.
Alterner plusieurs paires peut également permettre aux mousses de reprendre leur forme entre deux sorties et évite de concentrer tous les kilomètres sur une seule chaussure.
Après une sortie boueuse, mieux vaut également retirer les semelles de propreté, laisser sécher les chaussures naturellement et éviter les sources de chaleur directe. Un radiateur peut accélérer le vieillissement des colles et de certains matériaux.
Enfin, une petite déchirure de mesh ou un début de décollement peut souvent être traité avant que le problème ne devienne irréversible.
Oui, certaines chaussures de trail peuvent être ressemelées
C’est probablement l’aspect le plus étonnant de ces vidéos.
Lorsque l’usure concerne essentiellement la semelle extérieure, un professionnel peut dans certains cas retirer l’ancienne gomme et installer une nouvelle semelle.
Cela peut avoir du sens pour une chaussure dont les crampons ont été détruits prématurément alors que la tige et surtout la semelle intermédiaire restent en bon état.
Le ressemelage ne transforme cependant absolument pas une vieille paire en chaussure neuve.
C’est toute la limite de l’opération.
Ce qu’on ne peut pas réparer : l’amorti
La partie la plus importante d’une chaussure de running n’est pas forcément celle que l’on voit.
Entre le pied et la semelle extérieure se trouve la semelle intermédiaire. C’est elle qui contient la mousse et assure une grande partie de l’amorti, du dynamisme et de la stabilité de la chaussure.
Or cette mousse vieillit.
Elle peut se tasser progressivement, perdre de sa résilience ou se déformer après plusieurs centaines de kilomètres. Et contrairement à une semelle extérieure, elle n’est généralement pas remplaçable.
Remettre de magnifiques crampons Vibram sous une chaussure dont la mousse est complètement rincée revient donc à poser des pneus neufs sur une voiture dont les amortisseurs sont morts.
Même problème avec une structure fortement déformée ou une tige devenue incapable de maintenir correctement le pied.
À ce stade, la chaussure est réellement arrivée en fin de vie.
En résumé, le véritable débat concerne désormais le rapport entre prix et durée de vie.
Le vrai problème n’est pas de savoir si une chaussure est réparable. Le ressemelage reste une solution intéressante dans certains cas, mais il ne répond pas à la question principale.
Les marques peuvent continuer à développer des chaussures toujours plus techniques, plus légères et plus performantes. Mais plus les tarifs se rapprochent de 250 euros, plus les pratiquants auront du mal à accepter qu’une paire soit simplement considérée comme un consommable.
Pendant longtemps, le running fonctionnait sur une règle simple : on use, on jette, on rachète.
Le marché du trail est peut-être en train d’atteindre le prix à partir duquel cette logique ne passe plus.
À 250 euros la paire, une chaussure de trail n’est peut-être pas trop chère pour courir. Elle devient surtout trop chère pour être jetée sans se poser de questions.
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