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Le problème des tests trail : dans les médias trail — sites, podcasts, YouTube, réseaux sociaux —, les tests produits sont rarement neutres.
Les chaussures sont offertes. Les montres sont envoyées en avant-première. Les sacs arrivent aussi gratuitement. Et derrière, il y a souvent des liens affiliés qui permettent au média de toucher une commission si vous achetez.
Soyons clairs : quand un site reçoit un produit gratuitement, qu’il veut continuer à recevoir les suivants et qu’il gagne de l’argent sur les ventes, il n’a aucun intérêt à le démonter.
🎥 Dans cette vidéo, je révèle les coulisses des tests produits dans les médias de trail
À partir de mon expérience, j’explique pourquoi il faut lire ces contenus avec beaucoup de recul, y compris lorsqu’ils sont publiés par des sites spécialisés installés depuis longtemps.
Comment les sites de trail gagnent-ils de l’argent et en quoi cela biaise-t-il les tests produits ?
Un site de niche comme le nôtre peut se financer de plusieurs façons :
- la publicité affichée sur ses pages, avec une rémunération au clic, à l’impression ou négociée directement ;
- les abonnements lorsque le contenu est payant — même si, chez uTrail, nous avons choisi de privilégier la publicité ;
- les dons, même si j’ai personnellement toujours l’impression de faire la manche ;
- les articles sponsorisés ;
- l’affiliation.
Avec l’affiliation, le fonctionnement est simple : le site place dans son article un lien vers une boutique en ligne. Si le lecteur clique puis achète une paire de chaussures, une montre ou un sac, le média touche une commission.
Il devient donc économiquement contre-productif d’écrire qu’une chaussure ou qu’un autre équipement est mauvais. Si l’avis négatif vous conduit à ne pas acheter, le site ne touche aucune commission.
Pourquoi les tests de chaussures et de montres de trail sont-ils rarement totalement indépendants
D’abord il faut savoir que les media comme le notre reçoivent beaucoup de produits : parce qu’envoyer un produit coûte moins cher que payer un article sponsorisé
Pour une marque, acheter de la visibilité dans un média spécialisé peut coûter plusieurs centaines d’euros, sans garantie que l’opération entraînera des ventes ou une amélioration de son référencement (c’est difficile de duper google avec des lien sponsorisés, on n’est plus en 2010).
Nos liens sponsorisés par exemple coûtent autour de 400 euros.
Pour la marque, le choix est vite fait : entre une chaussure qu’elle a produite et qui lui coûte presque 0 à envoyer ET un lien à 400 euros, autant envoyer une paire de chaussures.
Pour rien, l’équipementier a de la pub gratuite avec des photographies, des publications sur les réseaux sociaux et un lien vers son produit.
Dans les faits, cet envoi constitue déjà une forme d’avantage économique pour le média ou le testeur.
Parce qu’un produit reçu gratuitement n’est pas évalué comme un produit acheté
Un coureur qui dépense 200 euros pour une paire de chaussures ou plus de 1 000 euros pour une montre attend un véritable retour sur investissement. Il sera naturellement plus exigeant sur la durabilité, le confort, les fonctionnalités et le rapport qualité-prix.
Le testeur qui reçoit ce même produit gratuitement ne vit pas la même expérience. D’abord il est super content de recevoir du matos gratos.
Ensuite, même lorsqu’il souhaite rester honnête, il peut se montrer plus indulgent. Il est heureux de découvrir la nouveauté, de l’utiliser avant sa commercialisation et de bénéficier d’un équipement qu’il n’aurait peut-être pas acheté lui-même.
La question n’est donc pas seulement de savoir si le produit est bon. Il faut aussi se demander si le testeur aurait tenu exactement le même discours après avoir sorti sa propre carte bancaire.
Parce qu’un article très critique peut couper l’accès aux nouveautés
Les médias spécialisés dépendent des marques pour recevoir les produits avant leur sortie, accéder aux informations techniques, participer aux présentations et obtenir les éléments nécessaires à leurs articles.
Lorsqu’un site critique régulièrement une entreprise ou démonte ses produits, cette entreprise peut simplement décider de ne plus travailler avec lui. Les invitations disparaissent, les produits ne sont plus envoyés et les informations arrivent plus tard, lorsqu’elles arrivent encore.
Chaque rédacteur sait qu’une critique très dure peut détériorer une relation commerciale et éditoriale construite parfois depuis plusieurs années.
Parce que l’affiliation récompense les articles qui donnent envie d’acheter
De nombreux sites de trail et de running utilisent des liens affiliés (i-run, alltricks, ekosport, decathlon, top4running etc). Lorsqu’un lecteur clique sur l’un de ces liens puis effectue un achat chez un marchand partenaire, le site touche une commission (sauf quand la plateforme d’affiliation triche sur les cookies et est de mèche avec la marque).
Un article qui va dire qu’une chaussure est mauvaise, inutile ou beaucoup trop chère produira peu de ventes. (dans notre jargon on dit « transformer »). À l’inverse, un test enthousiaste accompagné d’un bouton d’achat peut devenir rentable.
Parce que les sites spécialisés doivent malgré tout payer leurs factures
Un site internet peut se financer grâce aux abonnements, aux dons, à la publicité, aux articles sponsorisés ou à l’affiliation. Chacune de ces solutions impose ses propres contraintes… mais en général on fonctionne tous, plus ou moins, sur le modèle gratuit.
Si on dit du mal d’un produit, on perd nos sponsors, on ne reçoit plus de news, donc on perd du trafic, donc des revenus. Dans tous les cas on y perd !
Il vient d’un système dans lequel le média doit parler des marques dont il dépend pour obtenir des produits, des informations, de la publicité ou des commissions… et ça devient encore plus pernicieux quand les athlètes élites ou les influenceurs sont sponsorisés par ces mêmes marques qui vous font vivre.
Allez dire du mal de la paire de shoes de bidule et son sponsor ne vous file plus aucune news en avant première.
NOTRE POLITIQUE SUR LES TESTS PRODUITS
Trois cas de figure
- Chez uTrail, lorsque nous n’aimons vraiment pas un produit, nous ne publions pas le test plutôt que d’écrire un compte-rendu négatif
- Lorsqu’un équipement nous paraît simplement moyen, nous ne parlons que des aspects positifs du produit.
- Lorsque c’est objectivement un bon produit, alors là on se lâche !!
Ne pas publier un mauvais test évite de recommander un produit décevant, mais cela produit aussi un effet pervers. Le lecteur ne voit finalement que les équipements ayant obtenu un avis plutôt favorable. Il peut alors croire que presque toutes les nouveautés sont excellentes.
Un test biaisé n’est pas forcément un faux test
Dire qu’un test est biaisé ne signifie pas automatiquement que son auteur ment. Un testeur peut réellement apprécier une chaussure reçue gratuitement.
Mais son jugement reste influencé par les conditions dans lesquelles le produit lui est parvenu. La gratuité, l’accès en avant-première, la proximité avec les équipes marketing et l’espoir de recevoir les prochaines nouveautés créent une relation que le lecteur ordinaire n’entretient pas avec la marque.
Comment choisir son matériel de trail sans se faire influencer ?
Un test publié dans un média peut servir de première source d’information, notamment pour découvrir les caractéristiques d’un produit. Il ne devrait cependant jamais suffire à déclencher seul un achat important.
Avant de choisir une paire de chaussures ou une montre GPS, il vaut mieux croiser plusieurs sources. Essayez les chaussures en boutique lorsque cela est possible. Consultez les retours de coureurs ayant acheté le produit. Posez des questions sur notre groupe trail je suis addict et les forums. Recherchez les avis publiés après plusieurs mois d’utilisation, lorsque les problèmes de durabilité commencent à apparaître.
Regardez également si le test précise que le produit a été offert, si l’article contient des liens affiliés et si de véritables défauts sont mentionnés. Un équipement présenté comme excellent pour tout le monde, sans aucune limite ni réserve, doit immédiatement éveiller la méfiance.
Le véritable problème n’est pas le testeur, mais le système qui récompense les avis positifs
Les médias spécialisés se trouvent dans une situation contradictoire. Ils doivent informer leurs lecteurs sur le matériel, mais ils dépendent souvent des fabricants pour accéder à ce matériel. Ils doivent être critiques, tout en préservant les relations qui leur permettront de continuer à travailler. Ils doivent conseiller leurs lecteurs, mais peuvent aussi être rémunérés lorsque ces lecteurs achètent les produits conseillés.
Dans ce système, l’enthousiasme rapporte davantage que la prudence. Une critique sévère peut coûter une relation avec une marque et ne générer aucune vente. Un avis positif peut au contraire offrir du trafic, des commissions et de futurs produits à tester.
C’est pourquoi je ne vous demande pas de rejeter tous les tests produits, y compris ceux publiés sur u-Trail. Je vous demande de ne jamais les prendre pour une vérité absolue. Un test représente l’avis d’une personne placée dans un environnement économique particulier. Votre argent, votre pratique et vos besoins n’appartiennent qu’à vous.
Le dénigrement commercial : un levier juridique puissant pour les marques
Lorsqu’un média critique durement une chaussure, une montre, un sac ou un service, une marque peut invoquer le dénigrement commercial si elle estime que le contenu jette publiquement le discrédit sur son produit.
La critique n’est pas interdite. Mais elle doit reposer sur des faits vérifiables, être formulée avec mesure et pouvoir être défendue point par point.
Pour une petite rédaction, le risque est considérable : frais d’avocat, temps consacré à la procédure, demande de retrait ou de modification de l’article et éventuels dommages et intérêts.
Même sans condamnation, la menace d’une procédure peut suffire à pousser un média à adoucir son avis, à retirer certains passages ou à ne pas publier du tout un test très négatif.
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