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đ„ Mathieu Blanchard sâinquiĂšte de la course Ă la performance qui transforme actuellement le trail de haut niveau. Alors que les records tombent et que les meilleurs courent toujours plus vite, le Français pose une question beaucoup moins spectaculaire : combien de temps les corps et les tĂȘtes pourront-ils suivre ?
Le trail professionnel change de dimension. Les chronos progressent, les pelotons de tĂȘte deviennent plus denses et des performances autrefois exceptionnelles commencent Ă servir de nouvelles rĂ©fĂ©rences. Mathieu Blanchard observe cette Ă©volution de lâintĂ©rieur. Et derriĂšre lâenthousiasme suscitĂ© par les records, le Français voit apparaĂźtre un risque.
InvitĂ© du podcast Dans la tĂȘte dâun coureur, il finit par prononcer une phrase particuliĂšrement forte : « Jâai peur pour mon sport. »
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Mathieu Blanchard a peur que le trail finisse par brûler ses meilleurs athlÚtes
Son inquiĂ©tude ne porte pas sur la progression du niveau en elle-mĂȘme. Voir les records tomber reste, selon lui, une bonne chose pour le spectacle et pour le dĂ©veloppement du trail.
La vraie question se situe derriĂšre le chronomĂštre.
Mathieu Blanchard sâinterroge sur le coĂ»t humain de cette accĂ©lĂ©ration. Les athlĂštes sâentraĂźnent mieux, courent plus vite et sont capables de maintenir des intensitĂ©s Ă©levĂ©es beaucoup plus longtemps. Mais leur organisme doit Ă©galement absorber cette Ă©volution.
Et la pression ne vient pas uniquement du coureur.
Le Français rappelle quâun athlĂšte professionnel Ă©volue dĂ©sormais au milieu dâun Ă©cosystĂšme composĂ© notamment des Ă©quipes, des sponsors, des courses et des impĂ©ratifs de performance. Les dĂ©cisions concernant une saison ne dĂ©pendent donc pas toujours uniquement de la volontĂ© individuelle du sportif.
Le trail est entré dans une nouvelle époque
Quelques minutes auparavant, Mathieu Blanchard décrit déjà trÚs concrÚtement la transformation du haut niveau.
Il prend lâexemple de lâUTMB. Courir sous les vingt heures, performance autrefois considĂ©rĂ©e comme exceptionnelle, devient dĂ©sormais une rĂ©fĂ©rence pour jouer les premiĂšres places.
Il explique Ă©galement quâil y a encore quelques annĂ©es, les meilleurs pouvaient discuter au dĂ©but de certaines courses. Aujourdâhui, lâintensitĂ© peut monter presque immĂ©diatement.
Cette évolution repose sur plusieurs facteurs : entraßnement plus précis, meilleure gestion des glucides, matériel, stratégie de course et surtout augmentation considérable de la densité au plus haut niveau. Le trail se professionnalise et les athlÚtes se rapprochent progressivement de leurs limites physiologiques.
Mais cette progression pose une autre question : un athlĂšte extrĂȘmement performant Ă 25 ou 30 ans pourra-t-il encore lâĂȘtre dix ou quinze ans plus tard ?
Courir plus vite signifie aussi récupérer davantage
Câest probablement le point central de lâavertissement lancĂ© par Mathieu Blanchard.
Plus l’intensitĂ© augmente, plus la rĂ©cupĂ©ration doit devenir une composante essentielle de la performance. Courir un ultra plus rapidement ne signifie pas simplement passer moins de temps sur le parcours : cela peut aussi signifier imposer une intensitĂ© supĂ©rieure au corps pendant plusieurs heures.
Mathieu Blanchard estime ainsi quâil faudra peut-ĂȘtre repenser les calendriers des meilleurs traileurs et davantage espacer leurs objectifs.
Son raisonnement est simple : si lâorganisme fournit aujourdâhui des efforts beaucoup plus importants quâil y a quelques annĂ©es, il faut Ă©galement lui donner davantage de temps pour les absorber.
Cette question dĂ©passe dâailleurs la seule rĂ©cupĂ©ration musculaire. Le Français Ă©voque aussi lâimpact mental et physiologique de cette multiplication des performances et des objectifs.
La longévité pourrait devenir la prochaine grande bataille du trail
Pendant longtemps, la performance en trail sâest principalement mesurĂ©e au rĂ©sultat obtenu le jour de la course.
Mathieu Blanchard propose presque dâajouter un nouveau critĂšre : la capacitĂ© Ă durer.
Un immense potentiel exploitĂ© trop rapidement peut produire des rĂ©sultats spectaculaires pendant quelques saisons. Mais si lâathlĂšte sâĂ©puise avant dâavoir atteint sa pleine maturitĂ© sportive, la recherche permanente de performance peut finalement devenir contre-productive.
Le paradoxe est intéressant : ralentir le calendrier pourrait permettre de courir plus vite sur le long terme.
La publication de lâextrait a dâailleurs prolongĂ© le dĂ©bat sur les rĂ©seaux sociaux. Le compte de Dans la tĂȘte dâun coureur insiste notamment sur la multiplication des grands rendez-vous, la pression liĂ©e aux performances et aux sponsors, ainsi que la concentration de la mĂ©diatisation autour de quelques courses majeures.
La question de sa légitimité à tenir ce discours se pose aussi
Le propos de Mathieu Blanchard mĂ©rite dâĂȘtre entendu, mais son timing ouvre forcĂ©ment une autre lecture. Dirait-il exactement la mĂȘme chose sâil Ă©tait actuellement en train dâenchaĂźner les victoires et les records ? La question peut se poser sans remettre en cause le fond de son analyse.
Car lorsquâil performe, Mathieu Blanchard tient aussi depuis longtemps un discours construit autour du dĂ©passement de soi et de la sortie de sa zone de confort. Sur son propre site, il explique rechercher des challenges qui lâincitent à « sortir de ma zone de confort » et Ă repousser ses limites.

Dans une interview consacrĂ©e Ă lâultra-trail, il prĂ©sente mĂȘme cette discipline comme une pratique qui conduit prĂ©cisĂ©ment dans des zones trĂšs inconfortables et oblige Ă sâadapter en permanence.
Le contraste est donc intĂ©ressant. Quand il passe sous les 20 heures sur lâUTMB 2022 derriĂšre Kilian Jornet, cette recherche de performance constitue lâun des grands moments de sa carriĂšre. Des internautes lui reprochent aujourdâhui cette apparente contradiction : certains rappellent justement quâil cĂ©lĂ©brait alors ce chrono historique, quand dâautres estiment que son discours actuel arrive au moment oĂč il traverse une pĂ©riode sportive plus compliquĂ©e.
Il faut cependant rester prudent sur lâinterprĂ©tation. On ne peut pas affirmer que Mathieu Blanchard critique aujourdâhui lâintensification du trail simplement parce quâil gagne moins ou parce quâil est freinĂ© sportivement. Ce serait lui prĂȘter une intention quâil nâexprime pas. Mais sa situation personnelle donne forcĂ©ment une rĂ©sonance particuliĂšre Ă ses propos : lorsque lâon est soi-mĂȘme confrontĂ© aux limites de la machine, la question de savoir jusquâoĂč il faut la pousser devient peut-ĂȘtre plus concrĂšte.
Câest finalement toute lâambiguĂŻtĂ© de son discours : Mathieu Blanchard a bĂąti une partie de son identitĂ© sportive sur lâidĂ©e de sortir du confort et de repousser les limites ; il alerte dĂ©sormais sur le risque de les repousser trop souvent et trop longtemps. Ce nâest pas nĂ©cessairement contradictoire. Mais câest prĂ©cisĂ©ment ce qui rend le dĂ©bat intĂ©ressant.
En résumé, selon mathieu Blanchard, le trail va devoir choisir entre toujours plus et durer plus longtemps
Mathieu Blanchard ne demande donc pas de revenir au trail dâil y a vingt ans.
Il pose plutĂŽt une question que la professionnalisation rend dĂ©sormais incontournable : jusquâoĂč peut-on accĂ©lĂ©rer sans raccourcir les carriĂšres ?
Les chaussures progressent, lâentraĂźnement progresse, la nutrition progresse et les chronos continuent logiquement de descendre. La prochaine rĂ©volution du trail pourrait pourtant se jouer ailleurs : dans la rĂ©cupĂ©ration, la gestion des calendriers et la capacitĂ© des meilleurs athlĂštes Ă rester performants pendant quinze ou vingt ans.
Car battre un record impressionne.
Ătre encore capable de courir au plus haut niveau dix ans plus tard pourrait bientĂŽt constituer une performance tout aussi remarquable.
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