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🎧 Le premier Swiss Women’s Trail a rassemblé près de 500 participantes samedi 12 septembre 2026 à Couvet.
Une réussite populaire assumée par ses organisateurs et saluée par Marianne Hogan. Mais derrière cette volonté d’attirer davantage de femmes vers le trail, une question demeure : faut-il vraiment interdire le départ aux hommes pour favoriser la pratique féminine ?
Le phénomène dépasse désormais la France. Samedi 12 septembre 2026, à Couvet, dans le Val-de-Travers, la Suisse a organisé son tout premier trail entièrement réservé aux femmes. Le Swiss Women’s Trail, porté par l’équipe du Swiss Canyon Trail, proposait deux parcours de 19 km et 38 km. Près de 500 femmes ont participé à cette première édition.
Marianne Hogan, marraine de l’événement, s’en est félicitée sur Instagram. La traileuse canadienne explique que l’objectif n’est pas de « fermer des portes aux hommes », mais d’en ouvrir davantage aux femmes, encore minoritaires selon elle sur les lignes de départ.
L’intention est claire. Et le succès de cette première édition montre qu’il existe manifestement une demande.
Mais chez u-Trail, notre position reste la même : pour faire venir davantage de femmes dans le trail, nous préférons ouvrir les courses plutôt que les réserver à un sexe.
Le Swiss Women’s Trail revendique clairement son caractère 100 % féminin
Il ne s’agit pas simplement d’un stage, d’un week-end d’initiation ou d’un rassemblement entre pratiquantes.
L’organisation présente officiellement le Swiss Women’s Trail comme le « premier trail 100 % féminin en Suisse ». Deux distances étaient proposées : 19 km avec environ 750 m de dénivelé positif et 38 km avec environ 1 400 m de D+.
Avant même la course, plus de 400 femmes étaient inscrites. L’organisation ambitionnait de réunir entre 300 et 500 participantes dès la première édition, avec l’objectif annoncé de dépasser un jour le millier de coureuses.
Le projet est donc appelé à durer.
Et il repose sur une idée assumée : créer un espace spécifiquement féminin pouvant servir de tremplin vers le trail traditionnel et les distances plus longues. Fait intéressant, le site officiel présente d’ailleurs lui-même les deux formats comme une plateforme permettant ensuite d’aller vers le « monde du trail mixte ».
C’est précisément là que notre interrogation commence.
Marianne Hogan résume précisément la philosophie de l’événement : il ne s’agirait pas, selon elle, de « fermer des portes aux hommes », mais d’en ouvrir davantage aux femmes. L’idée est de créer un cadre suffisamment rassurant pour permettre à certaines pratiquantes d’oser enfin prendre un dossard, avant éventuellement de rejoindre ensuite des courses mixtes.
Si l’objectif final est le trail mixte, pourquoi commencer par exclure les hommes ?
L’argument peut s’entendre. Certaines femmes hésitent davantage à s’inscrire sur une course, se sentent moins légitimes sur une ligne de départ ou peuvent être impressionnées par un univers encore très masculin sur certaines distances.
Créer un événement pensé pour leur donner confiance peut donc avoir une utilité.
Mais c’est justement là que commence notre désaccord : si l’objectif est de permettre aux femmes de prendre davantage leur place dans le trail, pourquoi construire cette première étape en interdisant l’accès aux hommes ?
Certaines femmes hésitent davantage à s’inscrire sur une course. Certaines ne se sentent pas suffisamment entraînées. Certaines peuvent être impressionnées par l’ambiance compétitive ou par la forte présence masculine sur certaines épreuves.
Créer un rendez-vous permettant de franchir ce premier pas peut donc avoir une efficacité réelle.
Le problème est ailleurs.
Pourquoi faudrait-il retirer les hommes de la ligne de départ pour rassurer les femmes ?
Depuis des décennies, l’histoire du sport féminin consiste justement à permettre aux femmes d’accéder aux mêmes compétitions, aux mêmes distances et aux mêmes parcours que les hommes.
Le trail offre aujourd’hui cette possibilité.
Une femme peut courir un 20 km, un 100 km ou un ultra au milieu des hommes, effectuer exactement le même parcours et franchir exactement la même ligne d’arrivée.
Dans certains cas, elle peut même les battre au classement scratch.
Nous écrivions déjà la même chose en France
Cette position n’est donc pas liée au Swiss Women’s Trail ni à Marianne Hogan.
Chez u-Trail, nous défendons cette ligne depuis plusieurs années.
En juin dernier, lorsque Alix Noblat lançait aux Deux Alpes un festival de trail entièrement féminin, nous posions déjà cette question : pourquoi exclure les hommes d’un événement sportif en 2026 ? Notre réponse n’a pas changé. Nous souhaitons évidemment voir davantage de femmes courir. Mais davantage de femmes ne doit pas nécessairement signifier moins d’hommes.
Il existe de nombreuses autres manières de favoriser la pratique féminine : groupes d’initiation, tarifs découverte, entraînements accompagnés, reconnaissance médiatique des athlètes féminines, sécurité sur les parcours, meilleure prise en compte des contraintes familiales ou encore présence accrue de modèles féminins.
Aucune de ces solutions n’oblige à interdire un dossard à la moitié de la population.
Le paradoxe est encore plus visible avec le Swiss Canyon Trail
La démarche surprend d’autant plus que l’organisation du Swiss Canyon Trail dispose déjà d’un solide historique en matière d’égalité sportive.
Elle rappelle avoir instauré depuis longtemps des prize money identiques entre les femmes et les hommes et mis en place des dispositifs destinés à améliorer la participation féminine.
Voilà précisément le modèle qui nous semble intéressant : mêmes courses, mêmes parcours, mêmes récompenses et même reconnaissance.
Autrement dit : l’égalité dans la mixité.
Créer parallèlement une course interdite aux hommes nous paraît donc davantage relever d’une stratégie de segmentation que d’une nécessité sportive.
Près de 500 participantes pour une première édition, c’est incontestablement un succès.
Et il serait absurde de prétendre que les femmes présentes samedi n’ont pas apprécié leur journée. Les réactions publiées autour de l’événement témoignent au contraire d’une expérience très positive pour beaucoup d’entre elles.
Mais une manifestation peut être populaire tout en posant une question de principe.
C’est même ce qui rend le sujet intéressant.
Le débat ne consiste pas à opposer les participantes aux hommes ni à contester leur plaisir de courir ensemble.
Il consiste simplement à se demander quel modèle du trail nous voulons encourager à long terme.
En résumé, chez u-Trail, nous continuons à choisir la mixité
Nous voulons davantage de femmes sur les trails.
Davantage de femmes sur les ultras. Davantage de championnes médiatisées. Davantage de débutantes qui osent prendre leur premier dossard.
Mais nous préférons qu’elles prennent cette place avec les hommes plutôt qu’à leur place.
Le trail possède justement cette particularité rare : femmes et hommes partagent les mêmes sentiers, les mêmes montagnes, les mêmes conditions météo et souvent les mêmes difficultés. Il serait dommage de transformer progressivement cette force en multiplication d’événements séparés.
Le Swiss Women’s Trail a réussi sa première édition. Son objectif d’encourager davantage de femmes à courir est parfaitement compréhensible.
Mais sur le principe, notre position reste inchangée : pour faire progresser le trail féminin, nous croyons davantage à la mixité qu’aux courses 100 % féminines.
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