La Fondation Kilian Jornet lance un label écologique pour les courses de trail, au moment même où le sport n’a jamais été aussi mondialisé
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Green Trail Concept
L’idée, sur le papier, paraît difficilement contestable. Avec le Green Trail Concept, la Fondation Kilian Jornet veut créer un système européen de certification destiné à accompagner les organisateurs de trail vers des pratiques plus responsables. L’objectif affiché est large : mieux protéger les espaces naturels, réduire les déchets, améliorer l’intégration des événements dans les territoires, favoriser l’inclusion et encourager une économie locale plus durable autour des courses.
Le projet, cofinancé par le programme Erasmus+ de l’Union européenne, repose sur une batterie de 75 indicateurs environnementaux, sociaux et économiques.
Zegama-Aizkorri première course certifiée par le Green Trail Concept
Dès 2026, Zegama-Aizkorri deviendra la première course officiellement certifiée, avec la volonté assumée de créer à terme une véritable norme européenne du « trail durable ».
Sur le fond, personne ne peut sérieusement nier que ces questions méritent enfin d’être prises au sérieux. Le trail n’est plus un microcosme confidentiel réservé à quelques passionnés de montagne. C’est devenu une industrie mondiale, avec ses circuits internationaux, ses sponsors, ses voyages permanents, ses milliers de participants et une pression touristique de plus en plus forte sur certains territoires naturels fragiles.
Mais derrière cette volonté sincère d’améliorer les choses, une contradiction continue de sauter aux yeux d’une partie des coureurs : le trail parle désormais énormément d’écologie, tout en reposant de plus en plus sur des déplacements internationaux massifs en avion.
Et c’est précisément là que le débat devient inconfortable.
Le problème n’est pas uniquement Kilian Jornet, mais le modèle global du trail moderne
Il serait trop simple de transformer ce débat en attaque personnelle contre Kilian Jornet. Depuis des années, le Catalan s’exprime publiquement sur les questions climatiques, la protection des montagnes ou encore les limites du consumérisme dans les sports outdoor. Sa fondation finance des projets environnementaux, soutient des initiatives scientifiques et tente de sensibiliser la communauté du trail à l’impact de ses pratiques.
Le problème est plus large que cela. Il touche à la structure même du trail moderne.
Car aujourd’hui, les grandes carrières internationales reposent presque toutes sur une logique de mobilité permanente. Les athlètes élites passent leur saison à traverser les continents pour enchaîner les courses les plus prestigieuses : États-Unis, Espagne, Suisse, Japon, Afrique du Sud, Chine, La Réunion, Norvège ou Nouvelle-Zélande. Les grandes marques entretiennent cette mondialisation parce qu’elle nourrit les images, les contenus, les récits d’aventure et l’exposition médiatique du sport.
Dans ce contexte, les émissions liées au transport aérien deviennent impossibles à ignorer. Et c’est là que beaucoup de coureurs commencent à éprouver une forme de décalage entre les discours et la réalité.
Car lorsqu’un sport construit son identité autour de la nature, des grands espaces et d’une certaine sobriété philosophique, la multiplication des vols internationaux finit forcément par interroger.
En trail, l’avion est devenu le symbole d’une contradiction écologique difficile à masquer
Bien sûr, l’empreinte environnementale d’un individu ou d’un événement ne se résume jamais à l’avion. Les habitudes alimentaires, la consommation textile, la fabrication du matériel, le chauffage, la voiture ou encore le numérique participent eux aussi au bilan carbone global. Les défenseurs de Kilian Jornet rappellent d’ailleurs souvent qu’il affiche un mode de vie relativement sobre comparé à d’autres figures du sport professionnel, avec une alimentation réfléchie et un discours cohérent sur la nécessité de limiter la consommation inutile.
Mais malgré cela, l’avion reste devenu le symbole le plus visible des contradictions écologiques contemporaines. Et dans le trail, ce symbole est particulièrement puissant parce qu’il touche directement à l’image même du sport.
Pendant longtemps, le trail a bénéficié d’une sorte d’immunité écologique implicite. Parce qu’on courait en montagne, parce qu’on parlait de nature, parce qu’on valorisait l’effort simple et le retour à l’essentiel, beaucoup considéraient presque automatiquement cette pratique comme « verte ».
Cette époque est probablement terminée.
Aujourd’hui, les traileurs eux-mêmes commencent à poser des questions beaucoup plus directes. Peut-on vraiment parler d’événements durables lorsque des milliers de participants prennent l’avion pour quelques jours ? Un circuit mondial est-il compatible avec les objectifs climatiques actuels ? Le modèle économique du trail international peut-il continuer à croître tout en réduisant réellement son impact environnemental ?
Ces interrogations ne concernent d’ailleurs pas seulement Kilian Jornet ou sa fondation. Elles traversent désormais tout le sport outdoor.
Le Green Trail Concept pose finalement une question beaucoup plus profonde que celle du recyclage
Réduire les déchets sur les ravitaillements, supprimer les bouteilles plastiques ou mieux protéger certains sentiers reste évidemment utile. Mais la vraie difficulté sera probablement ailleurs.
Le véritable sujet, celui que le trail devra finir par affronter, concerne sa propre mondialisation.
Car depuis plusieurs années, les grandes courses internationales sont devenues des destinations touristiques à part entière. On voyage désormais pour cocher une course comme on collectionne autrefois des sommets ou des pays. L’UTMB, la Western States, la Hardrock, la Transvulcania ou la Diagonale des Fous alimentent cette logique globale du « trail expérience », avec des coureurs capables de traverser la planète entière pour quelques jours d’événement.
Et cette dynamique ne concerne pas uniquement les élites. Elle touche toute une communauté fascinée par les grands rendez-vous internationaux.
C’est précisément pour cette raison que le débat autour du Green Trail Concept dépasse largement la simple création d’un label écologique. En réalité, il oblige le trail à regarder en face ses propres contradictions. Le sport veut continuer à grandir, à séduire de nouveaux marchés, à développer ses circuits mondiaux et à faire voyager ses athlètes partout sur la planète. Mais dans le même temps, il cherche aussi à se présenter comme un modèle de sobriété environnementale.
Or ces deux ambitions deviennent parfois difficiles à concilier.
En résumé, la crédibilité écologique du trail se jouera probablement dans les années qui viennent
Le Green Trail Concept a au moins un mérite : celui de mettre publiquement le sujet sur la table. Pendant longtemps, les sports outdoor ont surtout communiqué sur leur amour de la nature sans réellement interroger leurs propres modèles économiques et logistiques. Désormais, cette approche ne suffit plus.
Les coureurs, les bénévoles et même une partie des organisateurs veulent des réponses plus concrètes. Ils ne se contentent plus d’un simple discours environnemental. Ils veulent savoir jusqu’où le trail est réellement prêt à aller pour réduire son impact.
Et c’est probablement là que se situera le véritable test pour les prochaines années. Non pas dans la création d’un logo vert ou d’un nouveau label, mais dans la capacité du sport à accepter certaines limites à sa propre expansion.
Parce qu’au fond, beaucoup finiront peut-être par penser la même chose : on croira vraiment au trail durable le jour où ses figures les plus influentes accepteront aussi de moins prendre l’avion pour courir.
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