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🎧 À chaque foulée, le corps d’une femme qui court subit des impacts.
Lorsque celle-ci est enceinte, une question peut alors sembler intuitive : ces milliers de petits chocs répétés peuvent-ils être transmis au fœtus et, à force, représenter un danger pour son cerveau ? La comparaison avec le syndrome du bébé secoué est spectaculaire. Scientifiquement, elle ne tient pourtant pas. À ce jour, les données disponibles ne montrent pas que courir pendant une grossesse sans complication provoque des lésions cérébrales chez le fœtus.
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Le syndrome du bébé secoué n’a rien à voir avec les impacts de la course à pied
Le premier problème vient du terme lui-même.
Le syndrome du bébé secoué, aujourd’hui généralement intégré à la notion de traumatisme crânien infligé, correspond à un mécanisme extrêmement violent chez un nourrisson : des mouvements répétés d’accélération, de décélération et surtout de rotation de la tête peuvent entraîner des lésions vasculaires et cérébrales, avec notamment des hémorragies sous-durales et rétiniennes. Il s’agit d’un traumatisme infligé après la naissance, et non d’un phénomène décrit chez le fœtus lorsque sa mère court.
Comparer directement les oscillations liées à une foulée avec ces accélérations violentes n’a donc pas de fondement médical démontré.
Les « microtraumatismes » de la course peuvent-ils abîmer le cerveau du fœtus ?
C’est en réalité la question la plus intéressante.
Une recherche dans la littérature scientifique ne fait pas apparaître de données montrant que la répétition des impacts de la course à pied pendant une grossesse normale provoquerait des microtraumatismes cérébraux chez le fœtus, ni qu’elle augmenterait ensuite le risque d’épilepsie.
Mais il faut être précis : cela ne signifie pas que des chercheurs ont placé des capteurs sur la tête de milliers de fœtus pendant que leur mère courait pour démontrer un risque absolument nul.
Les études disponibles s’intéressent surtout aux conséquences observables : croissance du bébé, poids de naissance, prématurité, fréquence cardiaque fœtale, complications obstétricales ou développement ultérieur de l’enfant. Sur ces critères, aucun signal correspondant à des traumatismes cérébraux répétés provoqués par la course n’a été mis en évidence. Une étude consacrée au neurodéveloppement des enfants après une grossesse avec exercice régulier n’a notamment observé aucun effet délétère du sport maternel sur leur développement précoce.
Une grande méta-analyse consacrée à l’exercice prénatal concluait également que l’activité physique pendant la grossesse n’était pas associée à davantage de complications néonatales ou d’effets défavorables observés chez l’enfant.
Autrement dit : l’hypothèse des « petits chocs qui secoueraient le cerveau du bébé à chaque foulée » peut paraître intuitive, mais elle n’est pas étayée par les données cliniques disponibles.
Une étude a suivi près de 1 300 femmes qui couraient enceintes
On dispose même de données portant spécifiquement sur la course à pied.
Une étude publiée en 2018 dans BMJ Open Sport & Exercise Medicine a analysé 1 293 coureuses et comparé celles qui avaient poursuivi la course pendant leur grossesse à celles qui avaient arrêté.
Les chercheurs n’ont observé aucune différence significative concernant le terme de l’accouchement ni le percentile du poids de naissance, y compris en tenant compte de la distance hebdomadaire parcourue et du trimestre jusqu’auquel les femmes avaient continué à courir.
L’étude relevait toutefois davantage d’accouchements vaginaux assistés chez les femmes ayant continué à courir : 27 % contre 22 %. Les chercheurs avançaient l’hypothèse d’un tonus musculaire du plancher pelvien plus important, tout en soulignant que ce résultat devait être confirmé par des travaux prospectifs.
Cela ne permet donc évidemment pas d’affirmer que courir 50 kilomètres par semaine pendant neuf mois est sans conséquence pour absolument toutes les femmes. Mais cela contredit l’idée selon laquelle la course provoquerait mécaniquement une accumulation de traumatismes chez le bébé.
Même chez les sportives de haut niveau, le principal sujet étudié est ailleurs
Les inquiétudes scientifiques concernant les femmes qui continuent à beaucoup s’entraîner pendant leur grossesse portent surtout sur l’intensité de l’effort et la réponse cardiovasculaire du fœtus, beaucoup plus que sur les impacts produits par les foulées.
Une revue systématique et méta-analyse portant sur les sportives de haut niveau a retrouvé quelques épisodes de bradycardie fœtale après des efforts très intenses. Ils étaient peu nombreux et se sont résolus dans les minutes suivant l’arrêt de l’exercice. Pour les autres paramètres étudiés, aucune différence significative n’était mise en évidence entre les sportives de haut niveau et les groupes de comparaison. Les auteurs insistaient néanmoins sur le faible niveau de certitude des données disponibles.
Des travaux plus récents continuent d’étudier ce point. Une étude publiée en 2025 sur des sportives enceintes pratiquant des exercices fractionnés de haute intensité a conclu que ces efforts étaient globalement bien tolérés, tout en observant ponctuellement des modifications transitoires de la fréquence cardiaque fœtale.
Le débat scientifique existe donc davantage autour de l’exercice extrêmement intense que du simple fait que les pieds frappent le sol plusieurs milliers de fois.
En trail, il existe en revanche un risque beaucoup plus évident : tomber
Que les impacts normaux de la course n’aient pas été associés à un traumatisme cérébral fœtal ne signifie pas que toutes les pratiques sportives soient équivalentes pendant une grossesse.
Pour une traileuse, le véritable problème mécanique est beaucoup plus concret : la chute.
La Haute Autorité de santé ne considère pas que la course à pied et le jogging doivent être systématiquement interdits pendant la grossesse, mais recommande un avis médical favorable pour leur poursuite.
L’Assurance Maladie recommande parallèlement d’éviter les activités susceptibles de provoquer une perte d’équilibre, une chute ou un traumatisme pour la mère et le fœtus. Elle rappelle également que l’équilibre peut se modifier lorsque la grossesse avance.
Sur un trottoir régulier, sur une piste ou sur un chemin très roulant, le risque n’est donc évidemment pas le même que dans une descente de trail remplie de pierres et de racines.
Courir jusqu’à neuf mois n’est pas la même chose que conseiller à toutes les femmes de le faire
C’est probablement là que les réseaux sociaux peuvent brouiller le message.
Voir une femme courir beaucoup et très tard pendant sa grossesse montre ce qu’une personne donnée a pu faire dans une situation médicale donnée. Cela ne transforme pas cette pratique en recommandation.
Les recommandations de santé publique encouragent l’activité physique pendant une grossesse sans contre-indication. Elles ne demandent certainement pas aux femmes enceintes de courir plusieurs dizaines de kilomètres chaque semaine. La Haute Autorité de santé recommande une activité adaptée à la condition physique antérieure, à l’évolution de la grossesse et à l’avis des professionnels qui la suivent.
Et certains signes imposent d’arrêter l’effort et de consulter : contractions régulières et douloureuses, saignements, essoufflement anormal, malaise, vertiges ou troubles inhabituels font notamment partie des signaux mentionnés par l’Assurance Maladie.
En résumé : non, courir enceinte ne revient pas à « secouer » son bébé
L’image est frappante, mais le syndrome du bébé secoué n’est pas le bon argument pour mettre en garde contre la course pendant la grossesse.
Ce syndrome correspond à des accélérations et décélérations violentes de la tête d’un nourrisson. Aucun travail clinique identifié ne montre que les impacts ordinaires de la course chez une femme enceinte provoquent le même mécanisme chez un fœtus.
Les études disponibles sont plutôt rassurantes concernant la course et l’activité physique pendant les grossesses sans complication, même si les connaissances deviennent moins solides lorsque l’on parle de très gros volumes ou d’intensités extrêmes.
La prudence doit donc être placée au bon endroit : suivi médical individualisé, adaptation de l’intensité, attention aux signaux du corps et, pour les traileuses, réduction du risque de chute.
Le débat peut porter sur la quantité de sport raisonnable pendant une grossesse. En revanche, présenter chaque foulée comme un petit traumatisme cérébral infligé au futur bébé n’est, à ce jour, pas soutenu par la littérature scientifique.
Sources
Cet article s’appuie sur la littérature scientifique disponible concernant l’activité physique et la course à pied pendant la grossesse. Une étude publiée en 2018 dans *BMJ Open Sport & Exercise Medicine* a notamment suivi **1 293 coureuses enceintes** sans mettre en évidence d’effet défavorable sur l’âge gestationnel ou le poids de naissance lié à la poursuite de la course. Une revue systématique et méta-analyse publiée la même année conclut que l’exercice prénatal n’est pas associé à une augmentation des complications néonatales ou des effets défavorables étudiés chez l’enfant. Les données concernant les sportives de haut niveau restent toutefois moins solides : une revue systématique souligne le faible niveau de certitude des études disponibles et rapporte quelques épisodes transitoires de bradycardie fœtale après des efforts de très haute intensité. Les recommandations françaises de la **Haute Autorité de santé** encouragent enfin l’activité physique pendant une grossesse sans contre-indication, à condition de l’adapter à la femme, à son niveau antérieur et à l’évolution de la grossesse.
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