🎧 Écouter le résumé de l’article sur les incohérences du nouveau projet de Eliud Kipchoge.
Eliud Kipchoge, le plus grand marathonien de l’histoire, lance une tournée mondiale censée défendre l’environnement… en multipliant les vols autour de la planète
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Le « Eliud Kipchoge World Tour » relance un débat devenu explosif dans le running
Pendant longtemps, Eliud Kipchoge incarnait une forme de perfection presque intouchable dans la course à pied. Son image dépassait largement le simple cadre du marathon : discipline absolue, humilité permanente, discours inspirant et performances historiques avaient fini par faire de lui une figure quasiment universelle du sport mondial.
Mais son nouveau projet risque de rouvrir un débat de plus en plus sensible dans le monde du running et du trail : celui de la cohérence écologique.
Le principe de ce « Eliud Kipchoge World Tour » est relativement simple. Le marathonien kényan souhaite courir sept marathons sur les sept continents au cours des deux prochaines années afin de soutenir les actions de sa fondation, notamment dans les domaines de l’éducation et de l’environnement.
Présenté ainsi, le projet paraît difficilement critiquable. Utiliser sa notoriété pour financer des causes utiles ressemble même à une initiative positive et logique pour un athlète de cette dimension.
Mais derrière l’intention affichée apparaît rapidement une contradiction devenue impossible à ignorer dans les sports d’endurance modernes.
Car cette tournée mondiale implique forcément une succession de vols intercontinentaux, des déplacements extrêmement lourds sur le plan environnemental et même une étape envisagée en Antarctique. Et c’est précisément ce contraste qui commence déjà à faire réagir.
Le running découvre ses propres contradictions écologiques
Le cas Kipchoge dépasse largement la simple personne du champion kényan. Ce qu’il révèle surtout, c’est l’évolution profonde du running mondial depuis une dizaine d’années.
Jamais les discours écologiques n’ont été aussi présents dans le trail et la course à pied. Les organisations parlent désormais systématiquement de réduction des déchets, de compensation carbone, de mobilité douce, de respect de la montagne ou encore de préservation des espaces naturels.
Dans le même temps, jamais les calendriers internationaux n’ont été aussi mondialisés.
Les élites prennent l’avion en permanence pour courir aux quatre coins du monde. Les influenceurs enchaînent les destinations pour produire du contenu. Les grandes séries internationales poussent les coureurs à voyager toujours plus loin afin d’exister médiatiquement ou sportivement.
Le paradoxe devient donc de plus en plus visible. Et le projet de Kipchoge agit presque comme un révélateur géant de cette contradiction.
Courir en Antarctique pour défendre l’environnement interroge forcément
Parmi les étapes évoquées dans cette tournée mondiale, celle de l’Antarctique résume probablement à elle seule tout le problème.
Sportivement, l’image sera spectaculaire. Voir Eliud Kipchoge courir au milieu des glaces fera forcément le tour des réseaux sociaux et des médias du monde entier. Le storytelling paraît presque parfait.
Mais sur le plan symbolique, le message devient beaucoup plus fragile.
L’Antarctique représente justement l’un des territoires les plus sensibles de la planète face au réchauffement climatique. Y organiser un événement sportif international nécessite une logistique extrêmement lourde, des transports complexes et des déplacements aériens massifs.
C’est là que le discours écologique commence réellement à se heurter à la réalité matérielle du projet.
Le problème n’est pas Eliud Kipchoge lui-même
Attention toutefois : le sujet n’est pas de reprocher à Kipchoge de continuer à courir ou de vouloir utiliser sa notoriété pour soutenir des projets utiles.
Le vrai débat se situe ailleurs.
Depuis plusieurs années, le sport d’endurance moderne semble vouloir faire cohabiter deux récits qui deviennent de plus en plus difficiles à concilier. D’un côté, celui de la mondialisation permanente, avec des événements organisés sur tous les continents et des déplacements incessants. De l’autre, celui d’un sport supposément exemplaire sur le plan écologique.
Or, Ă mesure que le running devient une industrie mondiale, cette contradiction devient de plus en plus visible.
Son projet apparaît simplement comme une version particulièrement spectaculaire d’un phénomène déjà omniprésent dans le trail et la course sur route.
Pendant longtemps, le running bénéficiait d’une image naturellement positive. Courir était vu comme un sport simple, sain et proche de la nature. Mais avec la professionnalisation des circuits, l’explosion du marketing sportif et la multiplication des événements internationaux, cette image commence progressivement à se fissurer.
Le « Eliud Kipchoge World Tour » pourrait finalement symboliser malgré lui cette nouvelle réalité : celle d’un sport qui parle de plus en plus d’écologie… tout en reposant toujours davantage sur une logique de déplacements mondialisés.
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