🎧 La nouvelle tendance en trail – Sortir sa vidéo d’après course
Écouter le résumé de l’article — Durée totale : 0:48
Résumé audio généré par intelligence artificielle.
Les trois dernières sorties »trail »
Aujourd’hui, Mathieu Blanchard a sorti sur YouTube « Heart of Rock », une vidéo consacrée à sa Hardrock courue il y a tout juste un an.
Au même moment, Théo Detienne fait monter la pression sur les réseaux en annonçant pour demain midi – au moment où nous écrivons cet article – la sortie d’une vidéo sur sa Transvulcania de mai dernier.
Quelques semaines plus tôt, Clemquicourt nous proposait d’abord une véritable bande-annonce digne d’un blockbuster pour sa tentative de FKT en Corée, avant d’enchainer sur un suivi live immersif en direct de ses 175 kilomètres de l’Ultra Marin.
Le trail a basculé dans une nouvelle ère. Terminé le temps où l’on se contentait de rafraichir régulièrement une page de suivi LiveTrail un samedi soir ou de lire un long récit d’après-course agrémenté de quelques photos sur une page Instagram. Aujourd’hui, certains traileurs ne se contentent plus de courir. Ils deviennent les acteurs principaux, réalisateurs et producteurs de leurs propres films.
De l’athlète au héros du grand écran
Sortir un film suite à une course ou à une aventure n’est pas quelque chose de complètement nouveau.
Depuis des années, des grandes marques comme Salomon, des élites comme Kilian Jornet avec ses projets personnels, ou certains circuits officiels comme l’UTMB s’offrent des équipes de tournage pour capturer la beauté et la souffrance de l’ultra-endurance.
Désormais, qu’ils soient élites ou créateurs de contenu très performants, certains athlètes s’entourent de caméras, de drones et de réalisateurs embarqués sur des vélos ou à pied à chaque point d’assistance. La course passée, le travail ne fait que commencer car il faut monter, scénariser, rajouter une voix off dramatique et caler une musique vibrante.
Le résultat ?
Des vidéos d’après-course ultra-produites, teasées des jours à l’avance sur Instagram comme de véritables évènements culturels. On attend la sortie sur YouTube comme on attendrait le dernier épisode d’une série à succès.
Entre immersion totale… et culture du « moi je »
Cette tendance a de l’intérêt car elle offre une immersion spectaculaire. Elle permet de comprendre de l’intérieur la gestion de crise d’un traileur à 3 heures du matin, les larmes de l’assistance, la stratégie nutritionnelle et la beauté des paysages traversés. C’est potentiellement une source d’inspiration formidable pour toute une communauté de pratiquants.
Mais cette « peopolisation » du trail peut forcément faire grincer quelques dents.
Dans un sport qui historiquement à une image d’humilité, de minimalisme et de rapport simple à la nature, cette profusion de caméras et cette mise en scène de soi a parfois un petit côté « je m’aime beaucoup » difficile à ignorer.
A voir défiler toutes ces vidéos, on finit par se demander si certains athlètes ne finissent pas par être mannequins tout autant qu’ils sont traileurs, car obligés de courir constamment entourés de caméras pour s’assurer d’être parfaitement « youtubables ». Quand l’annonce de la sortie du film devient presque aussi importante que la performance sportive elle-même, on peut légitimement se demander si le traileur court pour la beauté du geste, ou pour alimenter le prochain script de son monteur vidéo.
Le risque de l’indigestion numérique
Cette multiplication des formats longs pose aussi une question sur la saturation de nos écrans.
Le départ de nuit à la lampe frontale, le coup de mou de 3 heures du matin sur une musique mélancolique, le lever de soleil qui redonne un coup de boost sur les crêtes, et les larmes d’émotion à l’arrivée… La recette est désormais connue par cœur. A force de vouloir transformer chaque dossard en chef-d’œuvre cinématographique, le risque est de lasser un public noyé sous un flux continu d’images magnifiques, où l’exceptionnel finit par devenir terriblement banal.
Le trail est définitivement sorti de la simplicité pour faire partie de la culture du divertissement. Que l’on trouve cela captivant ou un brin narcissique, cette mode des productions d’après-course est là pour durer. Elle transforme les sportifs en créateurs de médias à part entière. Après tout, si le public est au rendez-vous pour vibrer devant ces formats longs, c’est que l’histoire reste belle à raconter. On espère tout de même que l’esprit d’origine du trail ne se perdra pas complètement derrière l’objectif des caméras, et que tous les traileurs connus ne se mettront pas à suivre cette mode des vidéos post-course au risque de saturer encore plus nos fils d’actualité.





