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🎥 Les « 25 heures qui courent », une formidable opération caritative… mais à quel prix pour le trail ?
Les « 25 heures qui courent » se déroulent les 6 et 7 novembre 2026, à l’initiative de Clément Deffrenne, connu sur les réseaux sociaux sous le nom de Clemquicourt. Cette course caritative, inspirée du format backyard, rassemble une centaine de participants qui doivent terminer une boucle d’environ 5,9 km et 180 m de dénivelé positif en moins d’une heure, avant de repartir au départ suivant. L’épreuve est limitée à 25 heures et diffusée en direct sur Twitch, au profit de l’association Rêves, qui accompagne des enfants et adolescents gravement malades.
L’originalité de ce rendez-vous tient surtout à son casting. Mathieu Blanchard, Ludovic Pommeret, Blandine L’Hirondel, Théo Detienne, Aurélien Sanchez, Tibo InShape et plusieurs figures majeures d’Internet participent à un même événement. Rarement autant de personnalités du trail et de la création de contenu auront été réunies autour d’une seule course. C’est une réussite médiatique indéniable, mais cette concentration de célébrités interroge aussi sur la place que prennent désormais l’influence et le marketing dans le monde du trail.
Mon avis en video des 25 heures qui courent
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
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Je pensais m’ennuyer devant cette backyard… et finalement, c’est très bien
Je vais être honnête : je ne pensais pas passer une bonne soirée devant les « 25 heures qui courent ». Regarder pendant des heures des participants tourner en rond sur un parcours aménagé dans un golf, ce n’était pas particulièrement enthousiasmant sur le papier.
Le cadre me laissait également perplexe. Le trail évoque habituellement les sentiers, la montagne, la nature et les terrains accidentés. L’univers du golf, avec son image plutôt privilégiée et ses espaces aménagés, me semblait assez éloigné de cet esprit.
Quant aux influenceurs présents, la plupart ne font pas partie des personnalités que je suis habituellement. Mon univers, c’est avant tout la course à pied et le trail.
Je m’attendais donc à regarder quelques minutes avant de passer à autre chose.
Et finalement, j’ai été agréablement surprise. Vraiment.
La retransmission est vivante, les échanges sont intéressants et les heures passent beaucoup plus vite que je ne l’imaginais. Ce qui pouvait ressembler à une longue succession de tours devient un programme que l’on prend plaisir à suivre.
Clemquicourt est un excellent animateur : il connaît ses invités sur le bout des doigts
C’est probablement ce qui m’a le plus impressionnée : la qualité de l’animation.
Clément Deffrenne maîtrise son sujet. Il connaît les participants, leurs parcours, leurs personnalités et leurs particularités. Il sait les présenter, leur poser des questions et faire vivre les moments où il ne se passe pas grand-chose sur le plan purement sportif.
Et c’est loin d’être évident.
Une course de 25 heures, avec des départs successifs sur une même boucle, pourrait rapidement devenir monotone à regarder. Pourtant, le direct conserve du rythme grâce aux interventions, aux échanges avec les coureurs et à la manière dont l’organisateur raconte ce qui se passe.
Clemquicourt ne se contente pas d’organiser une course. Il sait aussi la commenter et la rendre intéressante pour les spectateurs.
Il faut le reconnaître : sur ce point, c’est une vraie réussite.
Le rassemblement des influenceurs fonctionne mieux que je ne l’imaginais
J’avais également des réserves sur le casting.
Réunir autant de youtubeurs, de streamers et de personnalités des réseaux sociaux pouvait donner l’impression d’un événement principalement construit autour de la notoriété des invités.
Mais à l’écran, le mélange fonctionne.
Les traileurs expérimentés apportent leur connaissance de l’endurance, tandis que les participants moins habitués à ces distances découvrent les difficultés d’une épreuve qui se prolonge pendant toute une nuit.
Tibo InShape en est un bon exemple. Principalement connu pour la musculation et le fitness, il avait terminé le marathon de Paris en moins de 4 heures en 2025. Le voir dépasser les 70 km au cours de cette backyard montre que sa participation ne se limite pas à faire de la figuration.
Ces différences de profils apportent de l’intérêt au direct. Elles permettent aussi à des spectateurs qui ne connaissent pas nécessairement le trail de découvrir les exigences de l’ultra-endurance.
Et même sans connaître tous les influenceurs présents, j’ai trouvé l’ensemble agréable à regarder.
En revanche, j’ai toujours du mal avec la pression des appels aux dons
C’est ma principale réserve concernant cette soirée.
Je trouve évidemment formidable de récolter de l’argent pour l’association Rêves. Aider des enfants et adolescents gravement malades à réaliser leurs rêves est une cause qui mérite d’être soutenue.
Mais je suis beaucoup moins à l’aise avec les appels aux dons répétés pendant ce type de retransmission.
À force d’encourager les spectateurs à participer financièrement, on peut finir par créer une forme de pression morale.
Le message n’est évidemment pas formulé ainsi, mais le spectateur peut avoir le sentiment que s’il ne donne pas, il refuse d’aider des enfants malades.
Or, on peut soutenir une cause, trouver une initiative formidable et ne pas avoir envie, ou ne pas avoir les moyens, de mettre la main à la poche.
Je pense qu’il faut pouvoir regarder un événement caritatif sans se sentir coupable de ne pas contribuer financièrement.
Ce malaise ne concerne d’ailleurs pas uniquement les « 25 heures qui courent ». C’est une difficulté que je retrouve plus largement dans certains grands dispositifs médiatiques construits autour de la générosité du public.
Une cagnotte impressionnante, mais une partie des dons était déjà prévue
Il y a également un point qui mérite d’être expliqué.
Pendant la retransmission, le compteur de la cagnotte augmente rapidement. Visuellement, c’est impressionnant et cela participe à l’enthousiasme de l’événement.
Mais lorsqu’on regarde les contributions de plus près, on constate que certaines sommes proviennent d’entreprises partenaires dont l’engagement avait été préparé en amont.
C’est notamment le cas de Deezer, qui a annoncé une contribution de 50 000 €. HelloWork fait également partie des partenaires engagés dans l’opération.
Ces montants sont évidemment les bienvenus pour l’association. Un euro donné par une entreprise a la même valeur qu’un euro donné par un spectateur.
Mais cela change un peu la manière d’interpréter la progression spectaculaire du compteur.
Il faut distinguer les dons spontanés du public des contributions négociées ou annoncées dans le cadre des partenariats.
Les 2 participent au succès de la collecte, mais ils ne correspondent pas au même mécanisme.
Et pour moi, cette distinction mérite d’être clairement expliquée.
Les influenceurs sollicitent leurs communautés, mais donnent-ils eux-mêmes ?
Une autre question m’est venue pendant le direct.
Les personnalités présentes participent à l’événement, courent pendant des heures et contribuent à sa visibilité. C’est déjà une forme d’engagement, qu’il faut reconnaître.
Mais lorsqu’on sollicite régulièrement les spectateurs pour les encourager à donner, il me semble légitime de se demander si les participants les plus médiatisés contribuent également personnellement à la collecte.
Au-delà de leur présence et de leur audience, les influenceurs mettent-ils eux aussi la main à la poche ?
Je ne sais pas s’ils le font. Certains ont peut-être donné sans communiquer sur leur contribution, et il serait injuste d’affirmer le contraire sans disposer d’informations.
Ce n’est donc pas une accusation, mais une interrogation.
Les créateurs de contenu disposent d’une visibilité qui peut aussi leur être bénéfique. Participer à un événement suivi par de nombreuses communautés permet de rencontrer de nouveaux publics et de développer sa notoriété.
On peut parfaitement considérer que cette visibilité offerte à une association constitue une contribution suffisante. Mais on peut aussi s’interroger sur la répartition de l’effort demandé à chacun.
Pourquoi les spectateurs devraient-ils se sentir moralement obligés de donner, alors que la contribution financière personnelle des personnalités mises en avant n’est pas nécessairement connue ?
La question mérite au moins d’être posée.
Le cadre du golf et le copinage restent mes 2 autres réserves
Je conserve également mes interrogations sur le choix du cadre et sur le fonctionnement du casting.
Une course inspirée de la backyard peut évidemment être organisée sur toutes sortes de terrains. Il n’existe aucune obligation de courir en pleine montagne pour pratiquer l’ultra-endurance.
Mais le contraste entre l’univers du trail et celui du golf continue de me surprendre. Ce cadre aménagé, associé dans l’imaginaire collectif à une pratique plutôt privilégiée, ne correspond pas spontanément à l’idée que je me fais de la course en nature.
Et puis il y a cette impression d’entre-soi.
Les personnalités présentes évoluent souvent dans des cercles proches, se connaissent et partagent parfois les mêmes réseaux professionnels. Cela peut contribuer à la bonne ambiance et à la réussite du direct, mais cela donne aussi le sentiment d’un grand rassemblement entre connaissances.
Ce n’est pas forcément un problème. Après tout, chacun est libre d’inviter les personnes avec lesquelles il souhaite construire un projet.
Mais je reste attachée à un trail accessible, dans lequel les coureurs anonymes et les petites organisations ont autant leur place que les personnalités les plus médiatisées.
Ce sont des réserves que je conserve, même si elles ne m’ont finalement pas empêchée d’apprécier la soirée.
En résumé, bravo à Clemquicourt… et pourquoi pas une carrière d’organisateur ?
Au fond, c’est bien ce qui me surprend le plus : je suis partie avec beaucoup d’a priori, et j’ai finalement passé un bon moment devant les « 25 heures qui courent ».
Je ne pensais pas m’intéresser autant à un événement réunissant autant d’influenceurs sur une boucle répétée pendant 25 heures. Et pourtant, j’ai trouvé le direct vivant, agréable à suivre et particulièrement bien animé.
Mes réserves restent les mêmes. J’ai du mal avec les appels répétés à la générosité du public, je pense que la présentation de la cagnotte mérite de la transparence, et le cadre du golf comme l’impression de copinage ne correspondent pas vraiment à ma vision habituelle du trail.
Mais ces critiques n’effacent pas les qualités de l’événement.
Clemquicourt a organisé un rendez-vous ambitieux, réussi à réunir des personnalités très différentes et démontré de véritables qualités d’animateur.
Et c’est peut-être sur ce dernier point que je terminerai.
Parce qu’à le regarder commenter sa course, connaître ses invités sur le bout des doigts et faire vivre un direct aussi long, je me dis qu’il possède déjà les qualités nécessaires pour devenir un excellent commentateur de trail.
Alors, le jour où il aura moins envie de courir, ou lorsque son niveau sportif ne lui permettra plus de suivre les meilleurs, il pourra toujours prendre le micro.
Et qui sait ? Il finira peut-être par commenter les plus grandes courses de trail, entouré de tous ses copains.
En attendant, il faut bien le reconnaître : les « 25 heures qui courent », finalement, c’est bien. Et je ne pensais vraiment pas dire ça.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.










