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🎥 Il aura fallu attendre un peu, mais Hugo Clément a finalement posé à l’UTMB les questions environnementales que nous regrettions de ne pas entendre jusqu’ici.
Sur uTrail, nous avions notamment relevé un paradoxe : voir le journaliste, connu pour ses enquêtes consacrées à l’environnement, participer à l’OCC, produire de nombreux contenus autour de l’UTMB, tout en restant aussi discret sur l’un des sujets centraux de son travail habituel : l’impact écologique d’un événement devenu mondial, et notamment les déplacements qu’il génère.
Cette fois, le sujet est bien sur la table. Dans un nouvel épisode de Safe Pace, Hugo Clément interroge directement l’organisation de l’UTMB sur les sentiers, la faune, les émissions de gaz à effet de serre et les déplacements des coureurs.
C’est une évolution qu’il faut concéder à Hugo Clément. Néanmoins, à l’écoute du podcast, on se demande Hugo Clément pose réellement l’UTMB face à ses contradictions ou s’il leur déroule le tapis rouge.
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Hugo Clément consacre enfin un podcast aux polémiques de l’UTMB…
Dès l’introduction, le journaliste annonce vouloir entrer dans les coulisses d’une course devenue « une entreprise lucrative, admirée et parfois controversée ».
Pour parler de ces controverses, deux invités principaux sont présents : Isabelle Poletti, directrice de l’UTMB Mont-Blanc et fille des fondateurs Catherine et Michel Poletti, ainsi que Julien Chorier, ancien manager du team trail Hoka et aujourd’hui chargé d’un rôle de liaison entre les athlètes élites et l’organisation de l’UTMB.
Sur le principe, la démarche est intéressante…Hugo Clément aborde le modèle économique, le prix des dossards, les bénévoles, les influenceurs et, enfin, l’environnement…. sur le principe seulement.
… sauf que ce podcast est indirectement financé par l’UTMB
Dès les premières secondes de l’émission. Hugo Clément est obligé de préciser sa « presque collaboration commerciale » :
« Cet épisode de Safe Pace est rendu possible grâce à Hoka, partenaire titre de l’Ultra-Trail du Mont-Blanc. »
Suit une séquence promotionnelle consacrée à la marque avant le début de l’entretien. Le podcast est donc parfaitement transparent sur l’existence du partenariat : il ne le cache pas. Mais cette transparence n’efface pas la question éditoriale.
Hoka finance l’épisode. Hoka est partenaire titre de l’UTMB. Et l’épisode consiste précisément à interroger l’UTMB sur les critiques dont l’organisation fait l’objet.
Cette configuration explique probablement pourquoi plusieurs internautes se montrent méfiants. Dans les commentaires, certains parlent de « belle langue de bois » et regrettent l’absence de contradicteur.
Les internautes ne sont pas dupes
Dans les commentaires, les critiques se regroupent autour de plusieurs thèmes.
La première concerne le modèle économique de l’UTMB, jugé par certains trop cher, trop commercial et trop éloigné de l’esprit originel du trail, avec des remarques sur le prix des dossards, le recours massif aux bénévoles et la place prise par les marques et les influenceurs.
D’autres s’attaquent directement à la crédibilité environnementale du discours, notamment sur les voyages, l’empreinte carbone des participants et le recours à l’argument du « il y a pire ailleurs » lorsque l’UTMB compare son impact à celui du ski ou du tourisme.
Un troisième groupe de commentaires vise le dispositif éditorial lui-même : podcast sponsorisé par Hoka, partenaire titre de l’UTMB, absence de contradicteur extérieur et impression pour certains d’assister davantage à une opération de communication qu’à une véritable confrontation journalistique.
Enfin, plusieurs internautes critiquent la massification de l’événement, avec trop de monde à Chamonix, trop de participants sur les sentiers et une perte supposée de l’esprit montagne.
Quelques voix défendent toutefois l’organisation, saluent la qualité de l’événement ou jugent les critiques excessives, ce qui montre que la réception du podcast reste loin d’être totalement unanime.
Première question : « L’UTMB détruit l’environnement du Mont-Blanc, qu’est-ce que tu réponds ? »
Hugo Clément attaque pourtant directement :
« Une des critiques récurrentes qui revient, c’est : l’UTMB détruit l’environnement du Mont-Blanc. »
Il évoque la fréquentation des sentiers, la flore et les animaux sauvages avant de demander à Isabelle Poletti ce qu’elle répond à cette critique. C’est une vraie question.
Mais la réponse de l’UTMB méritait probablement une relance.
Isabelle Poletti oppose environ 10 000 coureurs aux quelque 130 000 randonneurs qu’elle évoque autour du massif. Elle explique ensuite que les coureurs doivent évidemment « prendre leur part », tout en demandant que l’impact de la course soit replacé dans un contexte plus large. Elle cite notamment le tourisme et les pistes de ski.
L’argument peut être entendu.
Hugo Clément ne pousse pas davantage ce point. Il passe au carbone. En tant que journaliste spécialisé dans les questions environnementales, le journaliste connaît forcément très bien ce type d’argument : « il y a pire ailleurs ». Dire qu’il y a pire ailleurs ne suffit pas à répondre sur son propre impact.
Quand Isabelle Poletti compare l’UTMB aux randonneurs ou aux pistes de ski, il aurait donc pu lui demander de revenir précisément sur l’empreinte de l’événement lui-même.
Il ne le fait pas. Il ne relance pas et la laisse dérouler son argumentation avant de passer au sujet suivant.
Deuxième question : Hugo Clément met le doigt sur le vrai problème, les déplacements
C’est probablement le passage le plus important du podcast.
Hugo Clément explique lui-même que le principal impact d’une course de trail ou d’un grand événement sportif réside dans les émissions de gaz à effet de serre provoquées par les déplacements des participants et de leurs accompagnants.
Puis il demande :
« Comment on fait pour limiter ça, du coup, à votre niveau ? C’est quoi que vous pouvez mettre en place ? »
Cette fois, difficile de lui reprocher d’éviter le sujet. C’est exactement la problématique environnementale que nous avions regretté de ne pas voir abordée dans ses précédents contenus consacrés à l’UTMB.
L’organisation présente alors sa « Travel Policy ». Elle dit vouloir favoriser le train et le bus chez les Européens, limiter les vols courts et donner davantage de chances au tirage au sort aux coureurs adoptant certains modes de déplacement. L’objectif affiché est de réduire de 20 % le bilan de l’UTMB Mont-Blanc d’ici 2030.
Mais le problème est plus large que les 20 % annoncés par l’UTMB
La question est plus fondamentale : peut-on vraiment rendre écologique un événement qui fait venir des milliers de coureurs et d’accompagnants à Chamonix, tout en développant parallèlement un circuit mondial de 65 courses ?
L’argument de l’UTMB est justement le suivant : plutôt que de demander à tous les traileurs de venir à Chamonix, il faudrait « amener les courses aux gens » grâce aux UTMB World Series. Le développement international du circuit est donc présenté, au moins en partie, comme une manière de limiter les déplacements vers le Mont-Blanc.
Mais Hugo Clément aurait pu relever immédiatement la contradiction potentielle : ces courses mondiales servent aussi à obtenir les Running Stones permettant d’accéder au tirage au sort des finales à Chamonix.
Le système peut donc également produire l’effet inverse : des coureurs voyagent pour participer à une épreuve du circuit, parfois à l’étranger, puis se déplacent de nouveau jusqu’à Chamonix s’ils décrochent leur qualification ou leur dossard.
Et ce ne sont pas seulement les amateurs. Les élites participent aux différentes étapes du circuit mondial, tandis que les équipes, sponsors, médias et créateurs de contenu se déplacent eux aussi autour de ces événements.
Et c’est précisément là qu’on attendait Hugo Clément.
Il venait lui-même de rappeler que le principal impact carbone d’un grand événement sportif vient des déplacements des participants et de leurs accompagnants.
La question naturelle était donc : le problème n’est-il pas aussi l’existence même de ces grands rassemblements internationaux et d’un circuit mondial qui encourage les traileurs à voyager pour courir ?
Cette question-là n’est jamais posée.
Le podcast donne pourtant lui-même un exemple parfait de cette mondialisation
Quelques minutes plus tard, l’émission revient sur les UTMB World Series, mais cette fois sans faire le lien avec le débat environnemental qui vient d’avoir lieu.
Hugo Clément évoque la Major asiatique de Chiang Mai, en Thaïlande, puis les nouvelles courses qui doivent rejoindre le circuit aux États-Unis. Julien Chorier explique même qu’il se rend depuis deux ans en Thaïlande.
Autrement dit, le podcast fournit lui-même des exemples très concrets de ces déplacements internationaux sans jamais les confronter à la question du bilan carbone posée quelques minutes auparavant.
C’était pourtant sans doute la relance la plus intéressante de tout l’entretien : si les transports constituent le principal impact environnemental du trail, jusqu’où peut-on mondialiser le circuit sans augmenter mécaniquement les voyages qu’il génère ?
Troisième question : faut-il limiter les accompagnants ?
Hugo Clément tente ensuite d’aller plus loin :
« Est-ce que c’est envisageable de réguler le nombre d’accompagnants qui viennent sur l’UTMB chaque année pour réduire le bilan carbone de l’événement ? »
Il propose même concrètement l’hypothèse d’un seul accompagnant par coureur.
Isabelle Poletti répond que cela lui paraît juridiquement compliqué et invoque la liberté de déplacement. Elle ajoute qu’une famille venant une semaine à Chamonix peut éventuellement transformer son déplacement en véritable séjour touristique, contrairement à un visiteur effectuant simplement un aller-retour. Elle reconnaît elle-même ne pas avoir toutes les réponses.
Hugo Clément acquiesce sur la difficulté juridique et passe au sujet suivant.
Là encore, une relance aurait pourtant été possible.
Car entre interdire aux familles de venir et ne rien modifier, il existe de nombreuses options : incitation, transport collectif, conditionnement de certains avantages, sensibilisation renforcée ou modification du modèle d’assistance.
La question était intéressante. La contradiction s’arrête très vite.
Quatrième sujet : les frontales rouges, une mesure concrète mais périphérique
Hugo Clément souligne ensuite une nouvelle mesure mise en place par l’UTMB : certains passages doivent désormais être effectués avec une lumière rouge afin de limiter le dérangement de la faune.
Frontale rouge ou frontale blanche, le problème reste qu’environ 10 000 coureurs passent sur les sentiers pendant la semaine de l’UTMB.
Pendant quelques heures, certaines zones naturelles voient arriver un flux massif de participants, auquel s’ajoutent l’organisation, les bénévoles et les accompagnants.
La lumière rouge peut donc réduire une partie du dérangement nocturne. Elle ne règle pas la question plus générale de la pression exercée par un événement de cette taille sur un milieu naturel fragile.
Hugo Clément aurait pu demander quelque chose de très simple : à partir de combien de coureurs un grand événement de trail devient-il, par sa seule fréquentation, difficilement compatible avec la protection de certains espaces naturels ?
Cette question-là n’est pas posée.
En résumé, OUI, Hugo Clément commence timidement à parler d’écologie
Il faut être juste : oui, Hugo Clément a enfin posé les questions que nous attendions.
Il a parlé du bilan carbone. Il a identifié les transports des coureurs et de leurs accompagnants comme le principal problème. Il a interrogé l’organisation sur la réduction des émissions et même sur une éventuelle limitation des accompagnants.
Nos précédentes critiques doivent donc être actualisées : on ne peut plus écrire qu’il passe totalement sous silence l’impact environnemental de l’UTMB.
Mais ce podcast montre aussi autre chose. Les questions existent. Les relances/contradictions beaucoup moins.
Lorsque l’UTMB compare son impact à celui des randonneurs ou des pistes de ski, personne ne revient sur son empreinte propre. Lorsque l’organisation annonce -20 % de carbone en 2030, personne ne demande précisément comment ce chiffre est calculé. Et lorsque le circuit mondial de 65 événements apparaît dans la conversation, personne ne demande si cette mondialisation ne génère pas elle-même les déplacements que l’UTMB dit vouloir réduire.
Surtout, le dispositif reste particulier : une émission sponsorisée par Hoka, partenaire titre de l’UTMB, avec la directrice de l’UTMB et un ancien manager du team Hoka maintenant salarié de l’organisation pour discuter des controverses de l’UTMB.
Hugo Clément a donc ouvert le dossier. Il reste maintenant à véritablement le confronter.
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