Voir les deux coureurs aider Ajay Haridasse à terminer le marathon de Boston
Le marathon de Boston, une course où chaque seconde compte
Pour comprendre la portée de cette scène, il faut mesurer ce que représente le marathon de Boston dans le monde de la course à pied.
Créé en 1897, Boston est le plus ancien marathon annuel de la planète. Il appartient au circuit des World Marathon Majors, aux côtés de Tokyo, Londres, Berlin, Chicago, New York, Sydney et désormais Le Cap. Sa 130e édition a réuni plus de 30 000 participants le lundi 20 avril 2026.
Boston se distingue surtout par son système de qualification. La majorité des coureurs doivent réaliser, sur un autre marathon homologué, un chrono correspondant à leur âge et à leur sexe. Atteindre ce standard permet de déposer une candidature, mais ne garantit pas toujours un dossard : lorsque les demandes dépassent le nombre de places, les athlètes les plus rapides sont prioritaires.
À Boston, quelques secondes peuvent donc décider d’une participation future. C’est précisément ce qui rend le geste filmé sur Boylston Street aussi marquant.
Des crampes après plus de 41 kilomètres
Ajay Haridasse participe à son premier marathon de Boston. Étudiant en ingénierie mécanique à la Northeastern University et capitaine d’un club universitaire de course à pied, il avance sur des bases très rapides.
Lorsqu’il franchit le panneau du 26e mile, soit environ 41,8 kilomètres, la ligne se trouve à quelques centaines de mètres. Ses jambes se contractent brutalement. Il chute, tente de repartir, puis tombe de nouveau.
Le jeune coureur s’est relevé à plusieurs reprises avant de comprendre qu’il ne parvenait plus à contrôler ses jambes. Après sa quatrième chute, il envisage de parcourir la distance restante à quatre pattes.
Pourquoi les crampes apparaissent-elles souvent en fin de marathon ?
Une crampe correspond à une contraction musculaire involontaire, soudaine et douloureuse. Sur marathon, elle touche souvent les mollets, les ischio-jambiers ou les quadriceps.
La déshydratation et les pertes en électrolytes peuvent favoriser leur apparition, particulièrement lorsque la chaleur augmente les pertes hydriques. Elles n’expliquent cependant pas toutes les crampes. La fatigue neuromusculaire constitue également une cause majeure : après plusieurs heures d’effort, le muscle ne répond plus correctement aux signaux du système nerveux.
Le risque augmente lorsque l’allure adoptée dépasse le niveau réellement préparé, lorsque les muscles subissent une fatigue inhabituelle ou lorsque le coureur accélère malgré des premiers signes de tension. À Boston, le profil descendant du début de parcours peut aussi pousser les participants à solliciter fortement leurs quadriceps avant d’aborder les difficultés de Newton et la fin de course.
Lorsqu’une crampe survient, ralentir, arrêter l’effort et étirer doucement le muscle peut aider. En présence d’une incapacité à tenir debout, d’un malaise, d’une confusion ou d’une douleur inhabituelle, l’intervention des secours devient prioritaire.
Aaron Beggs s’arrête le premier
Plusieurs concurrents dépassent Ajay Haridasse. Les images ont provoqué de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, certains internautes reprochant à ces coureurs leur absence de réaction.
La situation mérite pourtant davantage de nuance. Après 42 kilomètres courus autour de 3 minutes 55 par kilomètre, les participants évoluent eux-mêmes dans un état de fatigue extrême. Leur lucidité diminue et chacun peut penser que les bénévoles ou les secours placés près de l’arrivée vont intervenir.
Aaron Beggs, un coureur de 40 ans venu d’Irlande du Nord, choisit finalement de s’arrêter. Lui aussi souffre et lutte pour terminer. Il revient vers Ajay, le relève et tente de le faire avancer.
Le jeune Américain trébuche encore. Robson De Oliveira, un Brésilien de 36 ans, rejoint alors les deux hommes. Il avait aperçu Ajay au sol, mais ne se sentait pas capable de le soutenir seul.
Aaron Beggs et Robson De Oliveira passent chacun un bras d’Ajay autour de leurs épaules. Les trois hommes reprennent leur progression, lentement, sous les encouragements du public massé dans la dernière ligne droite de Boylston Street.
Ils terminent ensemble en 2 h 44 min 26 s
Ajay Haridasse, Aaron Beggs et Robson De Oliveira franchissent finalement la ligne ensemble en 2 h 44 min 26 s. Le jeune Américain et le coureur brésilien sont ensuite pris en charge par l’équipe médicale.
Ce chrono respecte largement le standard demandé aux hommes de moins de 35 ans pour candidater au marathon de Boston 2027, fixé à 2 h 55. Une précision reste importante : accomplir le temps qualificatif permet de demander un dossard, mais l’acceptation dépend ensuite du nombre de candidats et du temps de coupure retenu par l’organisation.
Les deux hommes ont donc aidé Ajay à achever son premier Boston tout en lui permettant de conserver un excellent chrono. Ils ont, de leur côté, accepté de sacrifier plusieurs secondes et peut-être un record personnel.
En résumé, la scène dépasse largement la simple histoire d’un coureur victime de crampes. Elle montre ce qui subsiste lorsque la performance individuelle atteint sa limite.
Aaron Beggs et Robson De Oliveira ne connaissent pas Ajay Haridasse lorsqu’ils décident de l’aider. Aucun podium ne les attend et leur propre course touche à sa fin. Ils ont pourtant placé la sécurité et la réussite d’un inconnu devant leur chrono.
Dans une épreuve où les participants passent parfois plusieurs années à gagner quelques minutes pour obtenir leur qualification, renoncer volontairement à quelques secondes prend une valeur particulière.
Ajay Haridasse a bien terminé le marathon de Boston en 2 h 44 min 26 s. Mais l’image retenue dépasse son temps officiel : trois coureurs venus des États-Unis, d’Irlande du Nord et du Brésil franchissent la ligne ensemble, parce que deux d’entre eux ont compris qu’à cet instant, le véritable exploit consiste à ne laisser personne au sol.
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Auteur : Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
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