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🎧 Pourquoi Strava distingue-t-il encore les femmes des hommes pour devenir « Local Legend » alors que ce classement ne récompense même pas la vitesse ?
La question commence à faire débat autour de l’application la plus utilisée par les coureurs et les traileurs. Une journaliste de Runner’s World vient de remettre le sujet sur la table en dénonçant une catégorie féminine qu’elle considère comme une forme de « prix de consolation ».
Sur Strava, devenir « Local Legend » ne signifie pas courir plus vite que les autres. Le principe est beaucoup plus simple : le titre revient à la personne qui a parcouru un même segment le plus grand nombre de fois au cours des 90 derniers jours.
Un système particulièrement adapté aux coureurs qui empruntent régulièrement les mêmes chemins, cols ou portions de sentier à l’entraînement.
Mais une particularité de Strava provoque désormais des interrogations : l’application affiche un Local Legend général ainsi qu’un Local Legend féminin. En revanche, il n’existe pas de Local Legend exclusivement masculin.
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Pourquoi les Local Legends de Strava font débat
Pour les KOM et les classements chronométriques classiques, la séparation entre hommes et femmes répond à une logique sportive facilement compréhensible : la performance repose directement sur la vitesse.
Pour les Local Legends, le raisonnement est différent.
Le titre récompense avant tout la répétition. Un coureur qui passe vingt fois sur une montée en trois mois peut devenir Local Legend même s’il réalise des chronos très éloignés des meilleurs temps du segment.
C’est précisément ce qui conduit Lauren Wingenroth, journaliste et coureuse chez Runner’s World, à questionner le fonctionnement de Strava.
Elle explique posséder plusieurs Local Legends absolus, mais également plusieurs titres de « Local Legend féminine ». Selon elle, ces derniers peuvent donner l’impression d’être des récompenses secondaires puisqu’un homme reste parfois devant elle simplement parce qu’il a effectué davantage de passages.
Sa question est finalement très simple : si le classement mesure l’assiduité et non la vitesse, pourquoi conserver une distinction entre les sexes ?
Un « prix de consolation » pour les femmes ?
C’est là que le débat devient plus sensible.
La journaliste estime que créer spécifiquement une catégorie féminine peut donner une impression paternaliste : comme si les femmes avaient besoin d’un classement parallèle pour pouvoir elles aussi obtenir une couronne virtuelle.
Le problème est renforcé par l’absence de catégorie équivalente pour les hommes.
Sur un même segment, Strava peut donc désigner deux personnes : le Local Legend absolu et la Local Legend féminine.
Cela signifie qu’une femme peut apparaître comme « légende locale féminine » tout en étant deuxième, troisième ou beaucoup plus loin dans le nombre réel de passages.
Pour certains utilisateurs, cette distinction permet au contraire de valoriser davantage de sportives et d’encourager leur participation.
Et plusieurs éléments peuvent également expliquer pourquoi hommes et femmes ne disposent pas toujours des mêmes possibilités pour multiplier les sorties.
Il existe aussi des arguments pour conserver deux catégories
Le débat ne se résume donc pas à supprimer immédiatement le classement féminin.
Des données citées par Runner’s World montrent notamment que les hommes déclarent davantage pratiquer la course à pied avec un objectif compétitif et courent également plus souvent seuls.
Deux comportements qui peuvent favoriser la chasse aux segments et aux Local Legends.
Il existe aussi un autre facteur beaucoup plus large : le temps disponible pour pratiquer une activité sportive. Les femmes disposent encore statistiquement de moins de temps libre en raison notamment d’une répartition différente des tâches domestiques et familiales.
Autrement dit, un classement fondé sur le nombre de passages n’est peut-être pas totalement neutre non plus.
Strava reconnaît réfléchir à ses classements
Interrogé par Runner’s World, Strava n’a annoncé aucune modification immédiate.
L’entreprise explique que l’objectif initial des Local Legends était de proposer une nouvelle manière de se mesurer sur les segments afin de toucher davantage d’utilisateurs.
Strava précise également continuer à évaluer ses classements en fonction de l’évolution des pratiques.
Une réponse prudente qui laisse cependant la porte ouverte à de futurs changements.
Une autre solution serait d’ailleurs possible : créer trois classements distincts, avec un Local Legend général, un classement féminin et un classement masculin.
Dans le trail, le sujet dépasse largement la petite couronne Strava
Pour les traileurs, le Local Legend peut paraître anecdotique. Pourtant, ce système représente assez bien l’évolution de Strava.
Sur une montée locale, un single ou une portion de GR, tous les coureurs n’ont aucune chance de décrocher un KOM ou un QOM. Les meilleurs chronos peuvent être détenus par des athlètes très rapides et rester inaccessibles pendant plusieurs années.
Le Local Legend propose une autre forme de reconnaissance : celle de la régularité.
Un traileur amateur peut ainsi devenir la personne ayant parcouru le plus souvent « sa » montée sans être le plus rapide.
C’est justement ce qui rend la question actuelle intéressante : si Strava veut récompenser l’assiduité plutôt que la performance physique pure, la séparation entre femmes et hommes est-elle encore pertinente ?
Le débat vient seulement de commencer. Et derrière une petite couronne virtuelle se pose finalement une question beaucoup plus large : comment construire des classements sportifs à la fois motivants, inclusifs et cohérents avec ce qu’ils prétendent mesurer ?
Source
- https://www.runnersworld.com/news/a73582060/strava-local-legend-gender/
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