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đ§ On parle constamment dâempreinte carbone dans le trail. Courses Ă lâĂ©tranger, dĂ©placements en avion, matĂ©riel fabriquĂ© Ă lâautre bout du monde : les kilos et les tonnes de COâ apparaissent partout.
Mais derriÚre ces chiffres, il reste parfois difficile de comprendre ce que cela représente réellement.
Prenons donc un exemple trÚs concret : un traileur vivant en métropole qui décide de partir à La Réunion pour courir la Diagonale des Fous.
En utilisant principalement les facteurs de lâADEME, son sĂ©jour peut reprĂ©senter autour de 3,5 tonnes de COâe, avec un Ă©lĂ©ment qui domine trĂšs largement tous les autres : le voyage en avion. (LâADEME est lâAgence de la transition Ă©cologique, un organisme public français qui produit notamment des donnĂ©es de rĂ©fĂ©rence sur lâĂ©nergie, les transports, les dĂ©chets et les Ă©missions de gaz Ă effet de serre.)
Dâabord, câest quoi exactement une empreinte carbone ?
Pour comparer toutes ces Ă©missions â celles dâun avion, dâune voiture, dâune paire de chaussures ou dâun hĂ©bergement â on utilise une mĂȘme unitĂ© : le COâ Ă©quivalent, ou COâe.
LâintĂ©rĂȘt de cette unitĂ© est justement de sortir dâun discours abstrait. On peut ainsi comparer des activitĂ©s trĂšs diffĂ©rentes et comprendre lesquelles pĂšsent rĂ©ellement lourd.
Pour un traileur mĂ©tropolitain, la Diagonale reprĂ©sente autour de 3,5 tonnes de COâe
DĂ©tail de l’empreinte carbone
La Diagonale des Fous 2026 est une course d’environ 180 kilomĂštres et 10 200 mĂštres de dĂ©nivelĂ© positif Ă travers La RĂ©union.
Mais pour un coureur venu de métropole, le principal impact ne se produit pas sur les sentiers.
- La liaison ParisâLa RĂ©union reprĂ©sente environ 9 400 kilomĂštres dans chaque sens. Avec les facteurs utilisĂ©s par Impact COâ, un aller-retour en avion long-courrier reprĂ©sente environ 3,3 tonnes de COâe par passager.
Lâavion reprĂ©sente Ă lui seul environ 96 % de cette empreinte. - Si notre traileur ajoute environ 500 kilomĂštres de voiture sur place, sept nuits dâhĂŽtel, une paire de chaussures neuves et un tee-shirt technique, son bilan atteint environ 3,5 tonnes de COâe pour lâensemble du voyage.
- 30 kg pour sept nuits dâhĂŽtel,
- 20 kg pour une paire de chaussures neuves
- et 6 kg pour un tee-shirt technique.
Pour comprendre ce que reprĂ©sentent rĂ©ellement ces 3,5 tonnes de COâe, il faut les comparer au repĂšre souvent utilisĂ© pour une trajectoire compatible avec les objectifs climatiques : environ 2 tonnes de COâe par personne et par an Ă lâhorizon 2050.
Le seul voyage dâun traileur mĂ©tropolitain Ă La RĂ©union reprĂ©sente donc environ 1,75 fois ce budget carbone annuel.
Il faut toutefois prĂ©ciser que ces 3,5 tonnes ne correspondent pas Ă lâempreinte carbone de tous les participants Ă la Diagonale des Fous. Un RĂ©unionnais qui vit sur lâĂźle et rejoint le dĂ©part sans prendre lâavion prĂ©sente Ă©videmment un bilan trĂšs diffĂ©rent.
Le véritable sujet apparaßt alors clairement : ce ne sont pas les 180 kilomÚtres courus sur les sentiers réunionnais qui pÚsent le plus lourd, mais les milliers de kilomÚtres parcourus pour rejoindre la ligne de départ.
Tableau récapitulatif du coût énergétique de ma Diagonale des fous
| Poste | Empreinte approximative |
|---|---|
| Avion ParisâLa RĂ©union aller-retour | 3 300 kg COâe |
| 500 km de voiture sur place | â 70 kg COâe |
| 7 nuits dâhĂŽtel | â 30 kg COâe |
| 1 paire de chaussures neuves | â 20 kg COâe |
| 1 tee-shirt technique | â 6 kg COâe |
| Total | â 3 500 kg COâe |
Infographie

« Mais lâavion partira mĂȘme si je ne monte pas dedans »
Est-ce vraiment le trail que nous voulons ?
Le trail sâest construit autour dâune idĂ©e trĂšs forte : courir dans la nature, dĂ©couvrir des territoires, traverser les montagnes, rechercher une forme de simplicitĂ© et de proximitĂ© avec lâenvironnement.
Or le développement mondial de la discipline produit aussi le mouvement inverse.
Pour participer aux courses devenues mythiques, des milliers de pratiquants parcourent désormais des centaines, parfois plusieurs milliers de kilomÚtres. Un coureur peut ainsi rechercher pendant deux jours une expérience sportive présentée comme proche de la nature tout en ayant auparavant traversé une partie de la planÚte pour atteindre le départ.
La contradiction mĂ©rite au moins dâĂȘtre posĂ©e.
Elle ne signifie pas quâil faudrait arrĂȘter de voyager ni rĂ©server les grandes courses aux seuls habitants du territoire. La Diagonale des Fous doit aussi une partie de son attrait Ă son ouverture aux coureurs venus du monde entier.
Mais lâempreinte carbone oblige Ă regarder autrement certaines habitudes devenues banales dans le trail.
Prendre lâavion pour vivre exceptionnellement une course dont on rĂȘve depuis dix ans ne pose pas tout Ă fait la mĂȘme question que construire toute sa saison autour de plusieurs ultras situĂ©s aux quatre coins du monde.
Et surtout, cette réalité remet en perspective certains débats écologiques du trail.
On peut supprimer les gobelets, rĂ©utiliser son matĂ©riel, conserver ses chaussures plus longtemps, favoriser les produits locaux aux ravitaillements ou organiser du covoiturage. Tous ces gestes ont leur intĂ©rĂȘt.
Mais lorsquâun participant prend un long-courrier pour rejoindre une course, le dĂ©placement peut peser infiniment plus lourd que tous les petits gestes rĂ©alisĂ©s autour de lâĂ©vĂ©nement.
Câest peut-ĂȘtre lĂ que le trail doit rĂ©flĂ©chir Ă son Ă©volution.
Veut-on une discipline toujours plus mondialisée, dans laquelle les pratiquants collectionnent les courses sur plusieurs continents ? Ou un sport qui redonne davantage de valeur aux aventures accessibles prÚs de chez soi, aux compétitions régionales et aux voyages plus rares mais réellement choisis ?
Il nâexiste Ă©videmment pas une seule bonne rĂ©ponse.
Mais une fois que lâon comprend ce que reprĂ©sente concrĂštement une empreinte carbone, la question devient beaucoup plus difficile Ă Ă©viter.
La Diagonale des Fous est loin dâĂȘtre la seule concernĂ©e
La Diagonale constitue ici un exemple particuliÚrement parlant parce que rejoindre La Réunion depuis la métropole impose presque toujours un long voyage en avion.
Mais le sujet dépasse trÚs largement le Grand Raid.
UTMB Ă Chamonix pour les coureurs venus dâautres continents, Hardrock ou Western States aux Ătats-Unis pour les EuropĂ©ens, courses au Japon, en Afrique du Sud, aux Canaries ou en Nouvelle-ZĂ©lande : toute la mondialisation du trail pose dĂ©sormais la mĂȘme question.
Le problĂšme nâest donc pas la Diagonale des Fous en elle-mĂȘme.
Il concerne plus largement notre maniĂšre de pratiquer un sport qui revendique son attachement Ă la nature tout en incitant parfois ses pratiquants Ă parcourir la planĂšte pour courir dessus.
La vraie question pourrait finalement ĂȘtre celle-ci : jusquâoĂč sommes-nous prĂȘts Ă voyager pour aller courir dans la nature ?
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