Dans un épisode du podcast Safe Pace, Blandine L’Hirondel est revenue sur une partie assez méconnue de son parcours : avant les titres, les victoires internationales et les grosses semaines d’entraînement, la Française ne se destinait absolument pas au sport de haut niveau.
À 27 ans, lorsqu’elle courait occasionnellement, elle explique que la motivation était parfois beaucoup plus prosaïque : « mieux décuver après une cuite pour recommencer ».
L’anecdote prête évidemment à sourire. Mais elle raconte surtout quelque chose de plus intéressant sur la carrière de Blandine L’Hirondel : son parcours s’est construit à l’inverse du modèle classique du champion, avec une entrée tardive dans la course à pied, aucune trajectoire sportive programmée depuis l’enfance et une progression initiale beaucoup trop rapide au regard des recommandations habituelles en trail.
🎥 Voir l’interview de Blandine L’Hirondel dans Safe Pace
L’entretien complet a été réalisé dans le podcast Safe Pace, présenté par Hugo Clément. Blandine L’Hirondel y revient longuement sur ses débuts, son rapport à la fête, sa découverte tardive du trail et la manière dont sa pratique s’est progressivement structurée jusqu’au très haut niveau.
Hugo Clément et Blandine L’Hirondel sont tous les deux représentés par Fraich’ TOUCH, une agence spécialisée dans la gestion de talents, d’influenceurs et d’athlètes. L’agence indique accompagner notamment ses profils dans la négociation de contrats, les opérations avec les marques, l’image publique et les relations presse.
Ce lien commun ne remet évidemment pas en cause l’intérêt des propos tenus dans Safe Pace, mais il permet de comprendre la tonalité de l’échange. Il s’agit moins d’une interview contradictoire que d’un entretien très bienveillant, centré sur le parcours, les performances et la personnalité de Blandine L’Hirondel. Le podcast lui-même revendique d’ailleurs un format mêlant expertise, inspiration, divertissement et camaraderie.
Autrement dit, les déclarations de Blandine L’Hirondel restent intéressantes comme témoignage direct, mais elles doivent être replacées dans le contexte d’un entretien réalisé dans un environnement particulièrement favorable à l’athlète.
Blandine L’Hirondel n’a pas été construite pour devenir championne dès l’enfance
Chez de nombreux athlètes de très haut niveau, le récit commence par une pratique sportive précoce, des compétitions chez les jeunes, puis une spécialisation progressive. Blandine L’Hirondel raconte une histoire très différente.
Étudiante en médecine, elle se décrit à cette époque comme très fêtarde. Lorsqu’elle choisit de partir effectuer son internat à La Réunion, son projet personnel consiste surtout à changer d’air, voyager et profiter de l’île. Elle connaît peu la montagne et ne part pas avec l’idée de devenir traileuse.
C’est finalement le territoire réunionnais qui va modifier sa relation à la course à pied. En randonnée, elle observe des coureurs parcourir les sentiers et comprend que courir pourrait lui permettre d’explorer davantage l’île pendant les deux années qu’elle doit y passer. Elle se rapproche ensuite d’une petite association locale et commence à s’entraîner plus régulièrement.
Le trail arrive donc moins comme un projet de performance que comme un moyen de déplacement, d’exploration et de découverte du territoire.
C’est sans doute la première singularité de son parcours.
Sa première victoire a révélé ses qualités physiques qu’elle ignorait
La suite est encore plus inhabituelle.
Une collègue lui propose de participer à un 10 km à L’Entre-Deux, à La Réunion. Blandine L’Hirondel hésite, puis prend finalement le départ presque sur un coup de tête. Sa collègue pense même qu’elle n’est pas venue, faute de l’avoir aperçue dans le peloton.
Le lundi suivant, Blandine lui explique qu’elle a pourtant bien couru : elle a gagné.
Elle assure alors qu’elle ne suivait pas encore de véritable entraînement. Cette victoire ne signifie évidemment pas que n’importe quel débutant pourrait produire la même performance sans préparation. Elle constitue plutôt le premier indice d’un potentiel physiologique inhabituel.
Son entraîneur Lilian Gogliero l’assume d’ailleurs dans l’entretien : selon lui, une partie des capacités de Blandine L’Hirondel relève d’aptitudes naturelles particulièrement favorables. Son premier entraîneur avait utilisé une image parlante, celle d’une « Ferrari cachée au fond d’un garage ».
Des années plus tard, son entraînement et les tests réalisés permettent de mieux comprendre ce potentiel. Son coach évoque notamment une VO2 max élevée, une forte résistance musculaire, une bonne tolérance à la douleur et surtout une capacité à maintenir longtemps une intensité importante sur des efforts de plusieurs heures.
Le talent initial existe donc. Mais il n’explique pas seul la suite.
Sa carrière a commencé quand elle a commencé à s’entraîner
C’est là que l’histoire devient plus intéressante pour les coureurs amateurs.
Les débuts de Blandine L’Hirondel pourraient facilement être transformés en récit romantique du « talent naturel » : une femme qui ne s’entraîne quasiment pas, gagne immédiatement et devient ensuite championne.
La réalité racontée dans l’entretien est plus nuancée.
À La Réunion, elle passe très rapidement des courtes distances aux longues épreuves. Elle raconte avoir évolué du 10 km au 100 km en seulement six mois et reconnaît elle-même, avec le recul, que cette progression était une mauvaise manière de procéder. Son coach la qualifie également de très déconseillée.
Pour Lilian Gogliero, le problème concerne notamment le temps nécessaire aux adaptations mécaniques et articulaires, mais également l’apprentissage de tout ce qui accompagne l’ultra : courir longtemps, encaisser les descentes ou encore s’alimenter pendant l’effort.
Autrement dit, ce que Blandine L’Hirondel a réussi à faire ne constitue pas un modèle de progression à reproduire.
Son parcours montre même l’inverse : disposer de capacités naturelles exceptionnelles peut permettre de brûler certaines étapes au début, mais le très haut niveau exige ensuite une construction beaucoup plus méthodique.
De la course pour décuver aux semaines à 160 km
Le contraste avec son entraînement actuel mesure le chemin parcouru.
Lorsqu’elle prépare un ultra du calibre de l’UTMB, Blandine L’Hirondel explique que certaines semaines spécifiques peuvent atteindre environ 160 km et 10 000 mètres de dénivelé positif, soit approximativement la distance de la course répartie sur une semaine. Elle y ajoute également des rappels d’intensité afin de conserver les qualités développées sur des efforts plus courts.
L’ancienne étudiante qui courait ponctuellement après une soirée est donc devenue une athlète capable d’absorber un volume d’entraînement considérable.
Les résultats récents donnent une autre mesure de cette transformation. En 2025, Blandine L’Hirondel a remporté la Diagonale des Fous, 175 km et plus de 10 000 mètres de dénivelé positif, en 27 h 26. En mai 2026, elle a également remporté la Transvulcania, sur 73 km et 4 350 m D+.
Son parcours rappelle aussi que le talent ne remplace pas l’apprentissage
L’histoire de Blandine L’Hirondel pourrait facilement être racontée comme celle d’une championne apparue presque spontanément.
Ce serait oublier tout ce qui vient après la découverte du talent.
La Française explique aujourd’hui avoir encore du mal à accepter un jour de repos lorsqu’il est ajouté au programme à cause de la fatigue. Son entraîneur insiste au contraire sur la nécessité d’adapter en permanence la planification à l’état réel de l’athlète.
Elle travaille aussi beaucoup plus finement son alimentation en course. Lors de la Transvulcania, elle avait prévu environ 90 grammes de glucides par heure et estime avoir finalement absorbé parfois davantage. Elle associe elle-même cette disponibilité énergétique à sa capacité à rester lucide et offensive dans la dernière partie de la course.
La transformation de Blandine L’Hirondel tient donc moins à un brutal passage de la fête au sport qu’à la découverte tardive d’un potentiel, puis à plusieurs années consacrées à apprendre à l’exploiter.
Blandine L’Hirondel a d’abord fait presque tout ce qu’on déconseille aux débutants
Avec le recul, son parcours raconte aussi une forme d’exception sportive. Blandine L’Hirondel a commencé tard, sans véritable culture de l’entraînement, en courant parfois simplement pour récupérer d’une soirée, puis elle est passée du 10 km au 100 km en six mois. Elle reconnaît elle-même que cette progression était excessive, et son entraîneur rappelle qu’un tel enchaînement reste très déconseillé pour la majorité des coureurs. C’est justement ce qui rend son histoire intéressante : elle a d’abord fait presque tout ce qu’on déconseille aux débutants avant de construire, ensuite, une approche beaucoup plus structurée du haut niveau. Son parcours ne valide donc pas l’idée qu’on peut brûler les étapes sans risque ; il montre plutôt jusqu’où un potentiel naturel hors norme peut retarder les conséquences d’un apprentissage désordonné, avant que la rigueur de l’entraînement ne devienne indispensable.
Son anecdote sur l’alcool constitue une entrée spectaculaire dans son histoire. Mais le véritable enseignement pour les traileurs se trouve ailleurs : une carrière internationale peut commencer très tard et de manière désordonnée. En revanche, rester au plus haut niveau suppose ensuite exactement l’inverse — de l’entraînement, de l’adaptation, de la récupération et une connaissance de plus en plus fine de son propre corps.
Auteur :Axelle Anne, est la fondatrice de la redac. Dans le web depuis 1998, elle a fondé de nombreux sites et s’est mise au trail en 2010. Anti-conformiste et sans langue de bois, elle a contribué à faire sortir le trail de sa niche pour magazine plan plan pour en faire un sport grand public. Depuis 2025, elle assiste impuissante aux dérives du trail.
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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