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Sauf que les réseaux sociaux ne fonctionnent plus comme ça depuis longtemps. On ne voit plus uniquement les gens que l’on a choisi de suivre. Entre les recommandations algorithmiques, les médias qui reprennent leurs aventures, les partages dans les groupes, les publications sponsorisées et les comptes spécialisés qui relayent chaque étape d’un projet, on peut parfaitement ne suivre personne et quand même avoir l’impression de vivre son aventure avec lui du petit-déjeuner jusqu’au coucher… et quand c’est pas sur les réseaux, c’est sur grand écran !
On les suit pas, on les voit quand même
L’argument du « tu n’as qu’à ne pas regarder » est complètement dépassé.
Aujourd’hui, Facebook, Instagram, TikTok ou YouTube passent une grande partie de leur temps à nous montrer des contenus que nous n’avons jamais demandés. Une vidéo fonctionne bien ? Elle est recommandée. Un aventurier fait parler de lui ? S
es publications sont reprises ailleurs. Une polémique éclate ? Elle remonte dans les groupes et les commentaires. Un record est battu ?
Plusieurs dizaines de comptes vont raconter exactement la même histoire sous des formats différents. On peut donc ne jamais avoir cliqué sur « suivre » et connaître malgré tout la progression quotidienne d’un projet. C’est exactement ce qu’exprime un autre lecteur sous notre précédent article consacré aux FKT : même sans suivre ces profils, dit-il, « on est inondé de leur vie ».
La formule est brutale, mais elle décrit assez bien le fonctionnement actuel de l’écosystème.
À l’ère des algorithmes, nous ne choisissons plus vraiment tout ce que nous voyons
Le mécanisme ressemble finalement à celui des AI Overviews dans Google : avant même que l’internaute ait choisi un site ou cliqué sur un lien, une machine lui propose déjà une réponse, sélectionne des informations et décide en partie de ce qui mérite d’être mis sous ses yeux. Sur les réseaux sociaux, la logique est comparable.
Nous ne consultons plus seulement les contenus des comptes que nous avons décidé de suivre : les algorithmes anticipent ce qui pourrait nous intéresser, nous recommandent des publications et réinjectent sans cesse les mêmes sujets lorsqu’ils fonctionnent. Nous sommes entrés dans une époque où les machines ne se contentent plus de nous aider à chercher.
Elles choisissent aussi une partie de ce que nous allons voir. Et c’est précisément pour cela que répondre « il suffit de ne pas suivre » ne correspond plus vraiment à la réalité.
Nouchka Simic en est probablement l’exemple le plus spectaculaire (même si nous, nous avons choisi de la suivre)
Pendant sa Grande Traversée des Alpes, il était extrêmement difficile de passer complètement à côté de Nouchka Simic. On pouvait naturellement ne pas consulter directement son compte.
Mais son aventure était reprise par des médias, des pages consacrées au trail, des comptes personnels, des discussions de groupes et des commentaires.
À mesure que le projet prenait de l’ampleur, sa visibilité dépassait largement son audience propre.
Le sujet n’est donc pas de reprocher à Nouchka Simic de communiquer. Elle a parfaitement le droit de raconter son projet et ses partenaires ont tout intérêt à ce qu’il soit visible. La question est plutôt celle de l’occupation de l’espace médiatique qui se crée autour de quelques aventures. Quand des dizaines de relais reprennent le même sujet, le public ne choisit plus réellement entre regarder ou ne pas regarder.
Il choisit éventuellement de cliquer ou non, mais l’histoire, elle, continue d’apparaître devant lui.
Clemquicourt et Mathieu Blanchard participent à la même logique
Clemquicourt a construit une partie de son succès sur une mécanique comparable : transformer l’endurance et l’aventure en feuilleton.
Cela fonctionne parce que les réseaux adorent ce genre de narration. Il existe un objectif immédiatement identifiable, une progression, des difficultés, des rebondissements et une arrivée. Tout ce qu’un algorithme et une audience peuvent suivre pendant plusieurs jours ou plusieurs semaines.
Mathieu Blanchard évolue évidemment dans un registre différent puisqu’il est aussi un traileur professionnel de très haut niveau. Pourtant, autour de ses expéditions et de ses projets personnels, la logique médiatique est devenue semblable : l’aventure ne produit plus seulement une performance sportive, elle produit également une quantité considérable de contenus avant, pendant et après. Photos, vidéos, podcasts, interviews, publications des partenaires, articles de presse : le projet sportif devient une histoire déclinable presque indéfiniment.
Là encore, chacun de ces contenus pris séparément peut être intéressant. C’est leur accumulation qui produit ce sentiment de saturation.
Et maintenant Aurélien Sanchez qu’on croyait à l’abri de tout ça arrive aussi sur grand écran
Le cas d’Aurélien Sanchez apporte une nouvelle dimension à cette évolution. Après son record sur le Pacific Crest Trail, son aventure doit désormais être racontée dans un film projeté au cinéma lors d’une soirée événement organisée dans plusieurs villes françaises. Il y a quelque chose d’assez amusant lorsqu’on replace cette annonce dans le débat actuel. On nous explique que ceux qui en ont assez des aventuriers ultra-médiatisés n’ont qu’à fermer Instagram. Très bien.
Mais maintenant, ils sont aussi au cinéma. Et évidemment, Aurélien Sanchez n’a rien inventé : le sport outdoor produit des films depuis des décennies. Le cinéma de montagne possède même une histoire bien plus ancienne que les réseaux sociaux. Ce qui change, c’est la manière dont un même projet peut désormais être décliné successivement sur Instagram, YouTube, dans les médias, chez les partenaires puis sur grand écran. Une aventure n’est plus seulement vécue puis racontée.
Elle devient une matière éditoriale exploitée pendant des mois.
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Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
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