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Loïc Lemoine a déclenché malgré lui une polémique sur les réseaux sociaux après avoir pris un Doliprane pendant le Grand Raid Kiprun 3 Vallées.
L’affaire a pris une autre dimension lorsque Théo Detienne a choisi de se moquer publiquement du coureur. Son commentaire apparaît dur, condescendant et largement à côté du sujet. Il mérite toutefois d’être analysé sans prétendre juger toute la personnalité du champion français.
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Loïc Lemoine a terminé deuxième des Balcons de Saint-Jean, le format de 29 km et 1 570 mètres de dénivelé positif du Grand Raid Kiprun 3 Vallées
Au 19e kilomètre, alors qu’il souffrait d’une tendinite, le coureur a demandé à ses accompagnants de lui préparer un Doliprane. La scène a été filmée, puis reprise par la page Instagram Les Doigts dans le Nif, déclenchant de nombreux commentaires.
Loïc Lemoine a reconnu les faits. Il a expliqué avoir pris le départ blessé, avoir ressenti une douleur devenue trop importante et avoir demandé du paracétamol avant d’arriver au ravitaillement.
Le Doliprane ne figurant pas sur la liste des substances interdites, rien ne permet de qualifier cet épisode de dopage.
On peut évidemment discuter de la pertinence de masquer une douleur pour poursuivre une course. On peut également rappeler qu’un antalgique n’est jamais anodin pendant un effort d’endurance.
Mais la polémique a changé de nature lorsque Théo Detienne a décidé d’intervenir directement sous la publication.
🎥 En vidéo : pourquoi, selon moi, le commentaire de Théo Detienne pose problème
Vidéo originale uTrail, réalisée et présentée par Axelle Anne (lien pour me contacter dans ma bio en bas de l’article).
Théo Detienne s’est construit un personnage provocateur
Théo Detienne cultive depuis plusieurs années une communication fondée sur l’exagération, l’arrogance assumée et le second degré.
Ses supporters expliquent souvent qu’il ne faut pas prendre ses déclarations au pied de la lettre. Le champion français jouerait un personnage : celui d’un athlète sûr de lui, provocateur, excessif et volontairement odieux.
Cette lecture peut s’entendre lorsqu’il se moque de lui-même, caricature son propre ego ou met en scène ses performances avec une arrogance manifestement théâtrale.
Elle devient cependant plus difficile à défendre lorsque le trait d’humour vise directement une personne identifiable et moins exposée.
Le second degré ne supprime ni la cible ni l’effet produit.
Le commentaire publié par Théo Detienne
Sous le message dans lequel Loïc Lemoine expliquait les circonstances de la prise du Doliprane, Théo Detienne a écrit :
« Bah voyons Loïc ? Ne serait-il pas plus judicieux d’aller s’entraîner ? 19 km c’est déjà trop ? Si c’est trop je connais un endroit où louer des VTT électriques. »
Le ton est clairement sarcastique
Théo Detienne ne se contente pas de critiquer la prise d’un médicament pendant une course. Il remet en cause le niveau d’entraînement de Loïc Lemoine et laisse entendre que celui-ci ne serait pas capable de supporter 19 kilomètres sans assistance.
Cette interprétation ne correspond pourtant pas à ce que le coureur venait d’expliquer.
Loïc Lemoine ne disait pas que 19 kilomètres étaient trop longs pour lui. Il évoquait une douleur liée à une tendinite. Ce n’est pas la même chose.
Il ne s’agit d’ailleurs pas d’un coureur incapable de terminer l’épreuve : il a bouclé les 29 kilomètres et pris la deuxième place.
Le commentaire de Théo Detienne ne répond pas au fond du débat sur les antalgiques en trail
Théo Detienne aurait pu expliquer que courir avec une tendinite présente un risque. Il aurait pu rappeler qu’un antalgique peut masquer un signal d’alerte. Il aurait aussi pu critiquer la banalisation des médicaments dans les sports d’endurance.
Il n’a choisi aucune de ces voies.
La décision de Loïc Lemoine reste pourtant discutable.
Prendre le départ avec une tendinite n’est probablement pas prudent. Utiliser un antalgique pour poursuivre un effort peut masquer l’évolution d’une blessure. Cette pratique ne doit donc pas être banalisée.
Théo Detienne aurait pu formuler une critique parfaitement légitime. Il aurait pu rappeler qu’un abandon vaut parfois mieux qu’une aggravation, ou que la douleur n’est pas toujours un obstacle qu’il faut chercher à dominer à tout prix.
Il aurait également pu utiliser sa visibilité pour transmettre un message de prévention.
Il a préféré suggérer à un coureur arrivé deuxième d’aller s’entraîner ou de louer un VTT électrique.
C’est son droit.
C’est aussi une manière particulièrement pauvre d’utiliser son statut de champion.
La remarque est d’autant plus maladroite que Loïc Lemoine vient précisément de terminer deuxième d’un trail exigeant. Lui reprocher un manque d’entraînement au regard de ce résultat paraît pour le moins hasardeux.
Le problème n’est donc plus réellement le Doliprane.
Le problème devient la manière dont un champion choisit de parler à un autre coureur.
Courir 29 kilomètres n’a rien de honteux
Le trail ne commence pas à 80 ou à 100 kilomètres.
Les formats de 20, 30 ou 40 kilomètres ne sont pas des sous-courses. Ils peuvent être extrêmement exigeants selon le dénivelé, le terrain, l’altitude et la vitesse à laquelle ils sont parcourus.
Un trail de 29 km et 1 570 mètres de dénivelé positif n’est pas une promenade. Et même lorsqu’un coureur ne possède pas le niveau d’un professionnel, cela ne le rend pas ridicule.
Les petites et moyennes distances occupent une place essentielle dans la pratique. Elles permettent de découvrir le trail, de progresser, de courir vite, de limiter le temps d’entraînement ou simplement de choisir un format compatible avec sa vie personnelle.
Elles font aussi vivre les organisations, les clubs, les bénévoles et une grande partie de l’économie du trail.
Présenter implicitement le VTT électrique comme la solution destinée à ceux qui ne seraient pas assez forts pour courir revient à reproduire une hiérarchie assez méprisante entre les pratiquants.
Quand un champion ne parle pas à armes égales
Théo Detienne n’est pas un internaute anonyme parmi d’autres.
Il est un athlète reconnu, suivi par une importante communauté et identifié comme l’une des figures du trail français. Son commentaire bénéficie donc immédiatement d’une visibilité et d’une autorité particulières.
La parole du professionnel est davantage reprise, aimée et soutenue. Celle de la personne visée risque, elle, de devenir le support d’une blague collective.
Cela ne prouve pas que Théo Detienne a consciemment voulu humilier Loïc Lemoine.
Mais sa notoriété amplifie mécaniquement la moquerie, qu’il l’ait voulu ou non.
C’est aussi ce qui rend son commentaire plus dur qu’une simple plaisanterie échangée entre deux amis.
Un commentaire profondément condescendant
Il faut appeler les choses par leur nom : le commentaire est condescendant.
Il réduit une blessure à un manque d’entraînement. Il transforme une explication en prétexte à moquerie. Il laisse entendre qu’un coureur engagé sur 29 kilomètres ne serait pas vraiment légitime s’il souffre au 19e.
Et surtout, il n’apporte rien au débat. Il ne protège pas la santé des coureurs. Il n’informe pas sur le Doliprane. Il ne rappelle aucune règle. Il ne cherche pas à comprendre ce qui s’est passé. Il fabrique simplement une punchline.
Dans ce contexte précis, Théo Detienne donne effectivement l’image d’un homme odieux. Non pas parce que nous connaîtrions sa personnalité privée, mais parce que son intervention publique produit exactement cet effet.
Ce que ce commentaire dit de sa communication
On ne peut pas déduire toute la personnalité d’un homme à partir d’un seul message Instagram. En revanche, ce commentaire révèle plusieurs limites dans la communication publique de Théo Detienne.
Il privilégie la formule qui fait rire à l’explication. Il accepte que son humour s’exerce aux dépens d’une personne identifiable. Il semble également compter sur son personnage provocateur pour rendre toute critique presque impossible. Ses soutiens pourront toujours répondre qu’il s’agit de second degré. Mais le second degré ne constitue pas une immunité permanente.
Une plaisanterie peut être volontairement excessive et rester blessante. Elle peut aussi produire une véritable impression de mépris, même lorsque son auteur affirme jouer un rôle.
À force d’incarner un champion arrogant, le risque est de ne plus savoir où s’arrête le personnage et où commence la communication réelle.
La nuance nécessaire : nous jugeons un commentaire, pas un homme
Rien ne permet non plus de dire qu’il a prémédité une humiliation publique ou cherché à lancer sa communauté contre Loïc Lemoine.
Il a peut-être voulu faire une plaisanterie. Il a peut-être réagi trop vite. Il a peut-être simplement poursuivi le ton satirique de la page sous laquelle il commentait.
L’intention exacte nous échappe. Mais l’intention ne suffit pas toujours à effacer l’effet produit.
On peut donc reconnaître qu’il joue probablement un personnage, tout en constatant que, cette fois, ce personnage a surtout servi à rabaisser un autre coureur.
En résumé, Loïc Lemoine peut être critiqué pour avoir couru avec une tendinite et pris un Doliprane afin de poursuivre son effort. Mais il n’était pas dopé.
Il a terminé deuxième d’un trail de 29 km particulièrement exigeant et il a pris le temps d’expliquer publiquement sa décision.
Théo Detienne, de son côté, n’a apporté aucune réponse au fond du débat. Son commentaire déforme les propos de Loïc Lemoine, ridiculise son niveau supposé et transforme une question de santé en démonstration de supériorité sportive.
Cela ne permet pas de conclure que Théo Detienne est réellement un homme odieux.
Cela permet en revanche d’écrire que son commentaire est odieux, que sa notoriété en amplifie l’effet et qu’à force de jouer ce personnage, il finit logiquement par en donner l’image.
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