sources préférées Google
Un article de Marianne accuse la « population Instagram » et des influenceurs comme Inoxtag de contribuer à la destruction des écosystèmes par la surfréquentation des espaces naturels.
Le problème existe. Mais faire de la jeunesse connectée la grande responsable du désastre écologique relève d’un renversement assez spectaculaire.
Dans ma vidéo, je reviens sur ce procès fait aux influenceurs. Autant je critique régulièrement leur manque d’authenticité, leurs placements de produits et leur manière de transformer la montagne en décor publicitaire, autant il faut savoir rester juste : Inoxtag, Clemquicourt et leur génération n’ont pas construit le modèle qui a ravagé la planète.
🎥 Mon analyse en vidéo : pourquoi je défends Inoxtag et Clemquicourt
L’article de Marianne

Oui, les réseaux sociaux peuvent abîmer certains sites naturels
Il ne faut pas nier le problème décrit par Marianne.
Lorsqu’un canyon, un sommet ou un sentier apparaît dans une vidéo vue plusieurs millions de fois, sa fréquentation peut exploser. Des lieux jusque-là relativement confidentiels deviennent des destinations à la mode, parfois sans infrastructures ni réglementation adaptées.
Dans le canyoning comme dans le trail, cette concentration soudaine peut avoir des conséquences : piétinement, érosion, déchets, stationnement anarchique, bruit et dérangement de la faune.
Les créateurs de contenu doivent donc réfléchir avant de géolocaliser précisément un lieu fragile. Leur audience leur donne une responsabilité réelle.
Mais cette responsabilité locale ne doit pas servir à réécrire toute l’histoire écologique des dernières décennies.
Non, la génération Instagram n’a pas inventé la destruction de la planète
Inoxtag est né en 2002. Il est arrivé dans un monde déjà profondément transformé.
Quand sa génération a commencé à utiliser Instagram, les autoroutes existaient depuis longtemps, les centres commerciaux avaient déjà dévoré les périphéries, l’étalement urbain avait rendu des millions de personnes dépendantes de la voiture et l’aviation de masse était devenue banale.
Les jeunes n’ont pas inventé les villas surdimensionnées, les piscines privées, les résidences secondaires, les voyages en avion à répétition ou le modèle du « toujours plus ».
Ils en ont hérité.
Présenter aujourd’hui quelques influenceurs comme ceux qui auraient « bousillé la nature » permet surtout d’oublier que le dérèglement climatique et l’effondrement de la biodiversité ont commencé bien avant TikTok, YouTube et Instagram.
Les Trente Glorieuses ont construit le modèle que les jeunes subissent aujourd’hui
La génération issue des Trente Glorieuses a grandi dans une époque où la consommation était associée au progrès.
Acheter une voiture, construire une maison toujours plus grande, installer une piscine, partir plus loin en vacances et consommer davantage étaient présentés comme des signes de réussite.
Il ne s’agit pas d’accuser individuellement toutes les personnes nées après-guerre. Beaucoup ont également subi ce système et certaines se battent depuis longtemps pour l’environnement.
Mais collectivement, ce sont bien les décennies de croissance, d’artificialisation et de consommation massive qui ont créé la situation actuelle.
Les jeunes influenceurs ne sont pas innocents. Ils reproduisent parfois ce modèle et l’accélèrent grâce aux réseaux sociaux. Mais ils n’en sont pas les architectes.
Les influenceurs sont des coupables beaucoup plus pratiques
Pourquoi cibler Inoxtag ? Parce qu’il est visible.
Ses vidéos sont publiques. Ses voyages sont filmés. Ses déplacements, ses activités et ses partenariats sont exposés à des millions de personnes.
À l’inverse, la grande maison chauffée, la piscine remplie en été, les deux voitures du foyer ou les vols pris chaque année restent souvent invisibles. Ils appartiennent à la vie privée et ne produisent pas d’images virales.
Un influenceur devient donc un coupable idéal. On peut montrer son visage, reprendre une vidéo et lui attribuer une responsabilité directe.
C’est beaucoup plus simple que de remettre en question un modèle économique et social dont plusieurs générations ont profité.
Une story dans un canyon ne pèse pas comme cinquante années de consommation
C’est sérieux.
Mais elle ne peut pas être mise sur le même plan que plusieurs décennies d’émissions liées aux transports, au logement, à l’industrie et à la consommation de masse.
Le canyoning, le trail et la randonnée peuvent fragiliser certains espaces. Pourtant, la crise climatique ne vient pas principalement de jeunes qui courent, marchent ou se filment en montagne.
Elle vient d’un système qui a organisé la dépendance aux énergies fossiles et rendu la surconsommation normale.
Réduire le problème à la « population Instagram » permet d’éviter cette réalité beaucoup plus inconfortable.
Les influenceurs doivent changer, mais les donneurs de leçons aussi
Défendre Inoxtag ou Clemquicourt ne signifie pas leur donner raison sur tout.
Ils doivent prendre en compte leur pouvoir d’influence, éviter de transformer certains lieux fragiles en attractions et rappeler les règles de protection de la nature. Ils peuvent aussi montrer qu’une aventure réussie ne nécessite pas toujours un voyage lointain, un équipement neuf ou une mise en scène spectaculaire.
Mais les générations plus âgées doivent également accepter de regarder leurs propres habitudes.
L’écologie ne peut pas être une leçon adressée uniquement à ceux qui arrivent après.
Le trail reproduit exactement cette contradiction
Dans le trail, nous observons le même mécanisme. Les jeunes coureurs sont accusés de suivre les modes, de surfréquenter certains sentiers et de transformer la montagne en terrain de contenu.
Mais les stations, les routes, les parkings, les remontées mécaniques et les grands événements internationaux n’ont pas été créés par Instagram.
Le trail moderne a hérité d’une montagne déjà aménagée, marchandisée et transformée en destination touristique. Les influenceurs accélèrent parfois cette consommation des paysages. Ils doivent l’assumer.
Mais ils ne peuvent pas devenir les seuls responsables d’un système qu’ils n’ont pas bâti.
Pour une fois, je vais donc défendre nos influenceurs
Autant je peux être sévère lorsqu’ils nous vendent n’importe quoi, cachent leurs partenariats ou confondent aventure et publicité, autant l’article de Marianne va trop loin.
Dire que la « population Instagram » a bousillé la nature revient à faire porter aux plus jeunes une responsabilité historique qui n’est pas la leur. Ils héritent d’un monde où les glaciers fondent, où les canicules se multiplient, où les forêts brûlent et où la biodiversité s’effondre.
Et ceux qui ont bénéficié pendant des décennies du modèle ayant produit cette situation ne peuvent pas aujourd’hui se contenter de pointer du doigt une vidéo de canyoning.
Les influenceurs doivent se remettre en question. Évidemment.
Mais les générations qui ont connu l’abondance, les grandes maisons, les piscines, la voiture reine et les voyages sans limites doivent le faire aussi.
La jeunesse ne doit pas être exonérée. Mais elle ne doit surtout pas servir de bouc émissaire à ceux qui ont construit le monde qu’elle essaie désormais d’habiter.
Lire aussi
- L’ascension de l’Everest : un privilège réservé à ceux qui peuvent se permettre de dépenser plus de 50 000 euros, comme Inoxtag
- Inoxtag nous remercie
- Inoxtag sur l’Everest : comment va réagir Kilian Jornet au succès commercial du documentaire
Vous pouvez contacter Axelle Anne par MP sur FB ou regarder ses vidéos YouTube.
u-Trail est un média indépendant. Depuis 2012, nous parlons de trail librement, sans aucun sponsor.
🏃 Produire une information libre et accessible à tous a un coût.
⚖️ Certains de nos articles entraînent aussi des pressions ou des procédures juridiques.
❤️ Votre soutien nous aide à nous défendre et à préserver notre liberté éditoriale.





